À l'été 1391, une vague d'émeutes partie de Séville embrasa l'Espagne juive. De ville en ville — Cordoue, Tolède, Valence, Barcelone — les juiveries furent pillées, leurs habitants tués ou contraints au baptême. En quelques semaines, le judaïsme ibérique, le plus brillant d'Europe, vacilla. Beaucoup choisirent l'exil plutôt que la conversion et prirent la route du sud.
La mémoire familiale place parmi eux Israël Aln'kaoua, auteur du Menorat ha-Maor, ce « chandelier de lumière » qui rassemble la sagesse morale d'une époque. Il aurait péri dans la tourmente de Tolède. Son fils Ephraïm, dit-on, emporta l'héritage de la maison : des livres, et ce manuscrit qu'il fallait sauver autant que sa propre vie.
La route ne menait pas n'importe où. Tlemcen, capitale du royaume zayyanide, était alors une cité savante, carrefour des caravanes sahariennes et des navires méditerranéens. Une communauté juive y vivait déjà ; l'arrivée des réfugiés de Sefarad allait la transformer en l'un des grands foyers d'étude du Maghreb.
Ce que 1391 détruisit en Espagne, l'exil le replanta sur l'autre rive. Le manuscrit sauvé n'était pas qu'un objet : il était le fil par lequel une tradition se continuait. C'est cette continuité — la mémoire d'une fuite et l'histoire d'une renaissance — que Zakhor tient ensemble dans son registre.