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Zakhor
1894 – 1980 · Bulawayo, Rhodésie

Le premier journal

Une ville d’Afrique australe naît en 1894. Son premier journal est dirigé par un Juif, le premier enfant blanc qui y naît est juif, et la congrégation se fonde en août.

ÉtabliRhodésieBulawayoPionniersDépart

Bulawayo est occupée par la British South Africa Company de Cecil Rhodes en 1893, sur l’emplacement de la capitale du royaume ndébélé qu’elle vient de détruire.

Des Juifs figurent parmi les tout premiers colons. Le premier journal de la ville, le Matabele Times and Mining Journal, paraît en mars 1894 sous la direction de William Francis Wallenstein, juif. Le premier enfant blanc né à Bulawayo, en avril 1894, est juif également.

La Bulawayo Hebrew Congregation est constituée le 12 août 1894, quelques mois après la fondation de la ville.

Une communauté de commerçants

Ils sont quatre-vingt-quatorze en 1895, trois cents en 1900 — soit environ trois quarts de tous les Juifs de Rhodésie.

Ils viennent pour beaucoup de Lituanie, souvent via l’Afrique du Sud, et tiennent le commerce de détail, l’approvisionnement des mines, le transport.

La première pierre de la synagogue est posée en 1897. Un ministre du culte, Moses Isaac Cohen, arrive de Londres en 1900.

Ce qu’il faut dire du contexte

Cette communauté s’établit dans une colonie de peuplement fondée par la conquête, et ses membres en sont les bénéficiaires au même titre que les autres colons blancs.

Raconter son histoire sans le dire serait la fausser. Les Juifs de Rhodésie ont vécu du côté favorisé d’un ordre racial, et une partie d’entre eux l’a soutenu.

Une autre partie s’y est opposée, parfois durement — plusieurs figures de l’opposition libérale rhodésienne étaient juives. Les deux sont vrais.

L’apogée et la chute

La communauté culmine à plus de trois mille personnes à la fin des années 1960 : école primaire juive, synagogue réformée en plus de l’orthodoxe, club sportif, organisations de jeunesse.

La déclaration unilatérale d’indépendance de 1965 et la guerre civile qui suit déclenchent le départ.

L’accession à l’indépendance du Zimbabwe en 1980 ne l’arrête pas ; la crise économique et politique des années 1990 et 2000 achève le mouvement.

Ce qui reste

Il subsiste au Zimbabwe quelques dizaines de Juifs, pour la plupart âgés, et deux synagogues à Bulawayo et Harare.

Une maison de retraite communautaire fonctionne encore, soutenue en grande partie par les anciens de Rhodésie établis en Afrique du Sud, en Israël et en Angleterre.

Une communauté née le même mois que sa ville l’aura accompagnée pendant un siècle exactement, et s’en sera retirée avec l’ordre qui l’avait rendue possible.