En 1928, un décret soviétique désigne une zone de l’Extrême-Orient, sur l’Amour, pour l’installation des travailleurs juifs.
En 1934, la Région autonome juive y est officiellement établie, à environ huit mille kilomètres de Moscou, sur le Transsibérien.
Sa langue officielle est le yiddish.
Ce que le projet répond
Il s’agit d’offrir aux Juifs soviétiques un territoire national laïque et socialiste, et de couper court aux aspirations sionistes.
Il s’agit aussi de fixer des populations dans une zone frontalière peu peuplée, face au Japon — le motif stratégique n’a jamais été caché.
Et de transformer des commerçants et des artisans en agriculteurs et en ouvriers, ce qui est la doctrine soviétique sur la question juive.
Le terrain
La taïga, les marécages, les moustiques, les hivers à moins quarante. Rien n’était préparé pour recevoir les arrivants.
La plupart des années, environ la MOITIÉ des nouveaux colons trouvaient un moyen de repartir, en réunissant l’argent du voyage.
La population juive de la région culmine à quarante-six ou cinquante mille personnes à la fin des années 1940 — soit environ un quart des habitants. Elle n’a jamais été majoritaire chez elle.
Les purges
À partir de 1937, les grandes purges frappent Birobidjan : dirigeants de la région, écrivains yiddish, responsables du parti.
Après 1948, la campagne contre le cosmopolitisme achève ce qui restait : les écoles yiddish ferment, la bibliothèque est brûlée, les livres en hébreu et en yiddish détruits, les responsables arrêtés.
Le territoire subsiste, vidé de ce qui le justifiait.
Ce qui en reste
La Région autonome juive existe toujours dans la Fédération de Russie. Les panneaux de la gare de Birobidjan sont en russe et en yiddish.
La population juive y est aujourd’hui de l’ordre de un pour cent.
Un État a offert une terre, une langue officielle et un statut — tout ce qu’un mouvement national réclame — et cela n’a pas suffi. On y va pour ce qu’on y cherche, non pour ce qu’on vous y donne.