Avant le peuple
Genèse 1–11
Onze chapitres pour poser un monde, une faute, un déluge et une dispersion.
Le récit ne commence pas par les Juifs. Il commence par le monde, et il met onze chapitres à descendre de l'univers entier à une seule famille. Cet entonnoir est délibéré : ce qui va suivre, l'histoire d'un petit peuple entre deux empires, est d'abord replacé dans l'histoire de tous.
Un jardin, un interdit, une transgression, et l'homme sort — non pas maudit mais mortel, et responsable. Le premier meurtre est fratricide, et Dieu demande à Caïn où est son frère : la question restera. Les générations s'accumulent en listes de noms, ces engendrements qui deviendront la charpente de tout le livre et le modèle de toute généalogie juive. Puis la violence sature la terre, et le déluge l'efface. Noé sauve un échantillon du vivant, et l'alliance qui suit, scellée par un arc dans les nuages, ne concerne pas un peuple élu : elle concerne tout ce qui respire.
Reste Babel. Les hommes bâtissent une tour d'une seule langue et d'un seul projet ; les langues se brouillent et l'humanité se répand. La « table des nations » qui précède range les peuples connus en descendances, comme si la diversité était un ordre plutôt qu'un accident. C'est sur cette dispersion — et non contre elle — que l'histoire particulière va s'ouvrir.