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Zakhor
Second Temple300-201 av. J.-C.

IIIe siècle av. J.-C.

Septante et hellénisation

Résumé

Les Lagides d'Égypte puis les Séleucides de Syrie se disputent la Judée. À Alexandrie, les soixante-dix sages traduisent la Torah en grec — la Septante — inaugurant le dialogue judéo-hellénique.

Événements marquants

  • c. 301 av.Ptolémée Iᵉʳ Sôter annexe la Judée à son royaume lagide d'Égypte.
  • c. 280 av.Tradition : traduction de la Torah en grec par soixante-dix sages juifs à Alexandrie.
  • c. 250 av.Alexandrie devient la plus grande communauté juive du monde hellénistique.
  • 200 av.Antiochos III le Grand (Séleucide) bat l'Égypte à Panion ; la Judée passe sous contrôle séleucide.
  • c. 180 av.Ben Sira compose le Siracide à Jérusalem, dernière œuvre sapientielle juive classique.

Le siècle en récit

Le IIIᵉ siècle avant notre ère est celui de l'hellénisation. Après la mort d'Alexandre (323), ses généraux (les *diadoques*) se disputent l'empire. La Judée se retrouve à la frontière entre deux grands royaumes hellénistiques : celui des Lagides en Égypte, celui des Séleucides en Syrie. Le siècle s'ouvre sous tutelle lagide et se ferme sous tutelle séleucide. Entre les deux, le judaïsme découvre et se mesure à la culture grecque.

Ptolémée Iᵉʳ Sôter, général d'Alexandre devenu pharaon d'Égypte, prend Jérusalem en 301 av. J.-C. — un samedi, selon le récit flavien, profitant de l'inaction rituelle des Juifs. Il déporte 100 000 Juifs en Égypte, dont beaucoup s'installent à Alexandrie, la toute nouvelle capitale qu'Alexandre avait fondée au bord du Nil. Alexandrie devient rapidement la plus grande ville juive du monde. Deux des cinq quartiers de la ville sont attribués aux Juifs. Ils y vivent en relative autonomie sous l'autorité d'un *éthnarque* juif, développent une littérature en grec (Ézéchiel le Tragique, Aristobule, Pseudo-Phocylide), et construisent une grande synagogue dite « alexandrine ». Philon d'Alexandrie, deux siècles plus tard, en décrira encore le faste.

L'événement culturel majeur du siècle est la traduction de la Torah en grec — la *Septante* (LXX). Selon la *Lettre d'Aristée* (œuvre probablement fictive mais instructive sur la tradition), le roi Ptolémée II Philadelphe (285-246) aurait voulu enrichir la célèbre Bibliothèque d'Alexandrie avec tous les grands textes du monde. Il aurait fait venir de Jérusalem soixante-douze sages — six de chacune des douze tribus — logés dans des cellules séparées sur l'île de Pharos. Chacun aurait traduit la Torah indépendamment, et les soixante-douze versions se seraient révélées identiques — miracle que la tradition interprète comme sceau divin d'authenticité.

La Septante est une révolution. Pour la première fois, le patrimoine sacré d'un peuple oriental devient accessible dans la langue dominante de l'Antiquité. Elle ouvre le judaïsme au monde hellénistique et, trois siècles plus tard, elle sera la Bible de référence des premiers chrétiens. Elle présente aussi des différences avec le texte hébreu massorétique : livres plus longs (Esther, Daniel), livres supplémentaires (Tobie, Judith, Sagesse, Siracide, Maccabées), ordre différent. Ces différences textuelles alimenteront mille ans de controverses théologiques.

À Jérusalem, la vie continue. Le grand prêtre Simon le Juste est célébré par Ben Sira dans un panégyrique lyrique (Siracide 50). Les archives du Tobiade, grande famille juive qui fait prospérer ses domaines en Transjordanie, attestent d'une aristocratie juive intégrée au système ptolémaïque. L'hébreu reste la langue liturgique, mais l'araméen domine le quotidien et le grec pénètre chez les élites.

En 200 av. J.-C., Antiochos III le Grand, roi séleucide, bat Ptolémée V à Panion (près des sources du Jourdain). La Judée passe sous contrôle séleucide. Au début, rien ne change : Antiochos confirme les privilèges juifs, subventionne le Temple. Mais la pression fiscale de l'empire séleucide, accablé par les guerres contre Rome, va se faire sentir. Antiochos IV Épiphane, cinquante ans plus tard, déclenchera la crise qui fera basculer le judaïsme dans la révolte maccabéenne et dans l'indépendance hasmonéenne — au siècle suivant.

Le IIIᵉ siècle aura été celui de la première grande rencontre entre le monothéisme hébreu et la philosophie grecque. Cette rencontre — féconde, ambivalente, parfois tragique — structure encore aujourd'hui le dialogue de la raison et de la foi.

Personnalités du siècle (13)

Antigone de Sokho

c. 250 av. J.-C.

Sage de la Grande Assemblée, disciple de Simon le Juste. Son enseignement « Ne soyez pas comme des serviteurs qui servent le maître en vue d'une récompense » (Avot 1:3) pose le fondement de l'éthique désintéressée dans le judaïsme.

Antigonus de Soko

Datation incertaine : IIIe siècle av. J.-C. (hypothèse) — d'après Antigonus de Sokho, disciple de Simon le Juste, première moitié IIIe siècle av. J.-C.

Antiochus Ii

Datation incertaine : IIIe siècle av. J.-C. (hypothèse) — d'après Antiochus II Théos, roi de Syrie 261-246 av. J.-C., mentionné Daniel

Archimède

Siècle corrigé à la relecture : 3e siècle av. J.-C. — Archimède né 287 avant J.-C., mathématicien grec antique

Ben Sira (Jésus fils de Sirach)

c. 200 av. J.-C.

Sage de Jérusalem, auteur du Siracide (Ecclésiastique), recueil de sagesse composé en hébreu vers 180 av. J.-C. Bien qu'exclu du canon juif, des fragments hébreux furent retrouvés dans la Gueniza du Caire et à Qumrân, attestant de son importance dans le judaïsme du Second Temple.

Démétrius

Datation incertaine : IIIe siècle av. J.-C. (hypothèse) — d'après Chroniqueur grec: tiers siècle av. J.-C.; cité par Polyhistor (80-40 av. J.-C.) et Eusèbe

Joseph ben Tobiah

Datation incertaine : entre le IIIe siècle av. J.-C. et le IIe siècle av. J.-C. (hypothèse) — d'après Fermier revenues égyptiennes 220-198 av.J.-C.; période lagide établie, Ptolémée IV.

Manéthon

Datation incertaine : entre le IVe siècle av. J.-C. et le IIIe siècle av. J.-C. (hypothèse) — d'après Prêtre égyptien vivant sous les deux premiers Ptolémées, histoire écrite après 271 av. J.-C.

Ptolémée Ier

Datation incertaine : entre le IVe siècle av. J.-C. et le IIIe siècle av. J.-C. (hypothèse) — d'après Ptolémée I Soter, satrapie 322-307, roi 305-285, Égypte hellénistique.

Ptolémée II Philadelphe

309-246 av. J.-C.

Pharaon d'Égypte qui, selon la tradition (Lettre d'Aristée), commanda la traduction de la Torah en grec (Septante) par 72 sages juifs à Alexandrie. Cette traduction est l'une des entreprises intellectuelles les plus importantes de l'Antiquité.

Ptolémée Ii.

Siècle corrigé à la relecture : 3e siècle av. J.-C. — Ptolémée II Égypte 285-247 avant l'ère commune

Ptolémée Iii.

Datation incertaine : IIIe siècle av. J.-C. (hypothèse) — d'après Ptolémée III Évergète, roi 247-222, période hellénistique tardive.

Simon le Juste

c. 310-270 av. J.-C.

Grand Prêtre de Jérusalem, l'un des derniers membres de la Grande Assemblée. Le Talmud (Avot 1:2) rapporte son enseignement : « Le monde repose sur trois choses : la Torah, le culte et les actes de bonté. » Ben Sira (Siracide 50) fait de lui un portrait grandiose.