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Zakhor
1922 – 1948 · Izmir (Smyrne)

Le feu

Vingt-cinq mille Juifs vivaient à Smyrne dans une ville de quatre cent mille âmes. L’incendie de 1922 n’a pas brûlé leur quartier — et pourtant ils sont partis.

מבוססIzmirOttomanRomaniotesDépart

Smyrne était l’un des grands ports du Levant et l’une des villes les plus mêlées du monde — Grecs, Turcs, Arméniens, Levantins, Juifs.

La présence juive y est double. Une strate romaniote, grécophone, remonte à l’époque byzantine ; la synagogue Etz Hayim en garde la mémoire. Puis les Séfarades chassés d’Espagne et du Portugal entre 1492 et 1497, accueillis par les Ottomans, qui deviennent la composante majoritaire.

Avant la catastrophe, Izmir compte environ vingt-cinq mille Juifs sur quatre cent mille habitants.

Une ville en synagogues

La Juderia d’Izmir avait une forme urbaine propre : les kortejos, cours communes autour desquelles s’ouvraient les logements de plusieurs familles, avec un puits et un espace partagé.

Des dizaines de synagogues y ont été bâties ; il en reste aujourd’hui une dizaine dans l’ancienne Juderia et deux dans la nouvelle. Certaines sont contiguës, ouvrant sur la même ruelle.

C’est de cette ville qu’est parti Sabbataï Tsevi en 1665.

Septembre 1922

La guerre gréco-turque s’achève par la reprise de Smyrne par les forces de Mustafa Kemal. Un incendie détruit une grande partie de la ville en septembre 1922.

Les quartiers grec et arménien sont anéantis ; les quartiers turc et juif sont pour l’essentiel épargnés.

Les Grecs sont expulsés par l’échange de populations de 1923, les Arméniens ont fui ou péri. La ville la plus cosmopolite de l’Égée devient turque.

Pourquoi ils sont partis quand même

C’est le point intéressant de ce dossier, et il ne tient pas au feu.

L’économie de Smyrne reposait sur le commerce international, les maisons de négoce, les intermédiaires entre l’arrière-pays et l’Europe — activités où les Juifs étaient nombreux. La République turque instaure une économie nationale, où les minorités perdent leur place fonctionnelle.

S’y ajoutent l’impôt sur la fortune de 1942, qui frappe très lourdement les non-musulmans, puis la création d’Israël. Entre 1922 et 1948, la communauté d’Izmir se vide.

Ce qu’il en reste

Il subsiste à Izmir une communauté de quelques centaines de personnes, et un ensemble de synagogues historiques dont plusieurs font l’objet d’un programme de restauration soutenu par des fondations internationales.

Le projet vise à faire de la Juderia un quartier de patrimoine visitable.

C’est la même question qu’au Maroc, et elle se pose partout de la même façon : on restaure des bâtiments dans des villes où la communauté qui les a bâtis n’habite plus.