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Zakhor
1898 – 1930 · Harbin, Mandchourie

La ville du chemin de fer

Le tsar accorde aux Juifs qui iront peupler la Mandchourie un statut meilleur que celui qu’ils ont chez lui. Ils y bâtissent une ville en vingt ans.

מבוססHarbinChineChemin de ferEmpire russe

Harbin est fondée en 1898 comme nœud ferroviaire, à la jonction du Transsibérien et du chemin de fer de l’Est chinois, dont la Russie vient d’obtenir la concession.

La même année, des familles juives russes s’y installent avec l’accord officiel du gouvernement tsariste, pressé de peupler la région.

Elles y reçoivent un statut meilleur que celui des Juifs de Russie — hors de la zone de résidence, hors des quotas, avec le droit de commercer.

Une exception calculée

Le fait mérite d’être posé nettement. L’Empire qui expulsait les artisans juifs de Moscou en 1891 et tolérait les pogroms accordait au même moment, à deux mille kilomètres de là, des conditions avantageuses à ceux qui accepteraient d’aller peupler une steppe.

Ce n’était pas une contradiction pour l’administration : c’était deux politiques répondant à deux besoins.

Beaucoup sont partis pour cette raison exactement — non par goût de la Mandchourie, mais parce que c’était le seul endroit de l’Empire où l’on pouvait vivre sans permission.

Vingt mille personnes

La communauté compte environ huit mille personnes en 1908, et culmine à plus de vingt mille dans les années 1920, grossie par les réfugiés de la révolution et de la guerre civile.

Elle bâtit une première synagogue à partir de 1907, rue de l’Artillerie ; il y en aura quatre. Elle ouvre des écoles, un hôpital, une maison de retraite, des banques, une chambre de commerce, des journaux en russe et en yiddish.

Harbin devient une ville russe en territoire chinois, dont les Juifs sont une composante centrale de la vie économique et culturelle.

Ce qui l’a défaite

L’occupation japonaise de la Mandchourie en 1931 change tout : rackets, enlèvements, montée de groupes fascistes russes émigrés — c’est le contexte de l’affaire Kaspé en 1933.

La communauté se déplace vers Shanghaï, puis émigre — Israël, Australie, États-Unis.

L’arrivée des Soviétiques en 1945 puis la révolution chinoise achèvent le mouvement. La dernière Juive de Harbin, Hanna Agre, est morte en 1985.

Ce qui reste

La grande synagogue a été restaurée et transformée en salle de concert ; l’ancienne synagogue principale abrite un musée consacré à l’histoire juive de la ville.

Le cimetière juif de Huangshan, l’un des plus grands d’Extrême-Orient, est entretenu.

Une ville née d’une voie ferrée, peuplée par une exception administrative, et dont le patrimoine juif est aujourd’hui un argument touristique chinois.