Le 18 octobre 1818, le Temple israélite de Hambourg, rue Poolstraße, est inauguré.
C’est la première communauté réformée permanente et le premier rite réformé durable.
On y prêche en allemand. On y chante en chœur. Il y a un orgue.
Ce qui heurte
L’orgue d’abord : jouer d’un instrument le shabbat est interdit, et l’objet est associé à l’église.
L’allemand ensuite : le rituel de 1819 met en regard un hébreu abrégé et une traduction allemande.
Et surtout le contenu : les prières demandant le retour à Sion, la reconstruction du Temple et le rétablissement des sacrifices sont retirées ou récrites au profit d’un messianisme universel.
Ce que ce dernier point engage
Retirer le retour à Sion, c’est déclarer que l’Allemagne est la patrie et non l’exil.
C’est une thèse politique avant d’être liturgique, et les réformateurs la revendiquaient : on ne peut pas demander la citoyenneté allemande le lundi et prier pour partir le samedi.
Leurs adversaires y voyaient l’abandon de ce qui avait tenu le judaïsme dix-huit siècles.
Le livre de 1819
Le tribunal rabbinique de Hambourg publie Elé Divré ha-Berit — Voici les paroles de l’alliance —, recueil des réponses de vingt-deux des principales autorités rabbiniques d’Europe.
On y trouve le Hatam Sofer de Presbourg, Akiva Eiger, Mordekhaï Benet, les rabbins de Prague, celui de Lissa.
Le verdict est unanime : les réformes reposent sur une lecture spécieuse de la halakha et constituent une menace schismatique pour l’unité du peuple juif.
Ce qui en est sorti
Ni excommunication effective, ni retour en arrière. Les deux camps ont continué, et le judaïsme allemand s’est durablement divisé.
C’est de cette querelle que sortent les courants qu’on connaît : réformé, néo-orthodoxe — la formule de Samson Raphael Hirsch est une réponse directe —, puis conservateur, avec Breslau en 1854.
Le Temple de Hambourg a été fermé et sa communauté anéantie en 1938-1939. Le bâtiment de la Poolstraße existe encore, en ruine partielle, au fond d’une cour.