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Zakhor
1845 – 1855 · Berlin

La poésie retrouvée

Un rabbin de Berlin traduit en allemand les poètes hébreux d’Espagne, que presque plus personne ne lisait. Il rend à un public entier huit siècles de poésie.

מבוססMichael SachsPoésieAl-AndalusTraduction

Michael Sachs, né en 1808, docteur de l’université de Berlin en 1836, est appelé à Berlin en 1844 comme rabbin-assesseur et prédicateur, choisi par les modérés de la communauté contre les réformateurs radicaux.

Il publie en 1845 Die religiöse Poesie der Juden in Spanien — La poésie religieuse des Juifs en Espagne.

Ce qui avait été perdu

La poésie hébraïque d’al-Andalus — Ibn Gabirol, Juda Halévi, Moïse ibn Ezra, Ibn Ghayyat — était l’un des sommets de la littérature juive.

Une part avait survécu dans les rituels de prière, chantée sans qu’on sache toujours de qui elle était. Le reste dormait dans des manuscrits.

L’Allemagne juive du XIXᵉ siècle, qui se cherchait une généalogie culturelle respectable, n’en savait presque rien.

Ce que Sachs fait

Il édite, traduit en allemand, commente. Sa première partie rassemble des poèmes d’Ibn Gabirol, d’Ibn Abitur, d’Ibn Ghayyat, de Bahya, de Juda Halévi, de Halfon, d’Ibn Ezra.

Il traduit en vers, en cherchant à rendre la métrique — ce que personne n’avait tenté.

Il collabore avec Leopold Zunz à une nouvelle traduction de la Bible, et publie en 1855 un Mahzor en neuf volumes où les hymnes médiévaux sont rendus en vers allemands.

La coïncidence de 1845 et 1846

Il faut mettre ces deux dates côte à côte. En 1845, Sachs rend au public les poèmes d’Ibn Gabirol. En 1846, Salomon Munk découvre à Paris que le philosophe Avicebron des scolastiques est le même homme.

Deux moitiés d’un auteur, séparées depuis huit siècles, sont recollées à un an d’intervalle par deux savants qui ne travaillaient pas ensemble.

C’est ce que la Wissenschaft des Judentums a fait de mieux : appliquer des méthodes savantes à un patrimoine que ses propres héritiers avaient cessé de lire.

Ce que le livre a produit

Il a nourri la génération suivante, jusqu’à Heine qui a écrit sur Juda Halévi.

Il a fourni au judaïsme allemand une chose dont il avait besoin : un passé prestigieux qui ne soit ni le Talmud ni le ghetto, mais une poésie de cour comparable à ce que ses voisins admiraient chez les troubadours.

Sachs meurt en 1864. Les poèmes qu’il a traduits sont aujourd’hui édités, chantés et étudiés partout — et l’on oublie qu’il a fallu que quelqu’un aille les rechercher.