Katowice
אזור: Silésie (Pologne)
רישום הצטלבות · נאמן, לא בעלים
פורסם ב־12 בספטמבר 2026
Localité de Pologne où un cimetière juif est catalogué : Cimetière juif de Katowice. 944 sépultures sont inscrites au registre ; il est consultable ci-dessous. Relevé par : Fundacja Dokumentacji Cmentarzy Żydowskich w Polsce. Cette notice est établie sur le seul catalogue des cimetières : elle ne dit rien de l'histoire de la communauté, de sa fondation ni de son étendue — un relevé de cimetière n'en sait rien.
בית העלמין של מקום זה
פנקס כל בית עלמין — השמות שתועדו, החלקות, צילומי המצבות — נפתח מעמודו שלו.
Introduction
Il existe des communautés juives dont l'histoire se perd dans l'épaisseur médiévale, et d'autres qui naissent presque sous nos yeux, avec les hauts fourneaux, les gares de triage et les rues tracées au cordeau. Katowice — Kattowitz sous la Prusse — appartient à la seconde espèce. Lorsque le village obtient ses droits urbains en 1865, la présence juive y est déjà ancienne mais minuscule : un aubergiste, quelques fermiers d'usines, des marchands de bois. Un demi-siècle plus tard, la ville compte parmi les capitales industrielles de la Haute-Silésie, et ses Juifs — négociants, architectes, avocats, banquiers — en ont édifié une part considérable, au sens le plus littéral du terme, puisqu'ils en ont bâti les immeubles.
La notice qui a servi de point de départ à ce livre ne dit presque rien de tout cela : elle enregistre un cimetière et un chiffre, 944 sépultures relevées par la Fondation pour la documentation des cimetières juifs de Pologne. C'est peu, et c'est déjà beaucoup : un catalogue de pierres tombales ne connaît ni les fondations d'une communauté, ni son étendue, ni ses querelles, ni sa destruction. Le présent ouvrage tente de restituer ce que la nécropole ignore — l'histoire d'une kehila née d'un chemin de fer, devenue en 1884 le lieu où le mouvement des Amants de Sion tint sa première assemblée internationale, anéantie en 1939-1943, et dont subsiste aujourd'hui une centaine de membres et un mur de brique sur la rue Kozielska.
גרסאות (1)
- v1 · נוכחית · 12 בספט׳ 2026
Chapitre 1 : L'aubergiste de Bogucice et la ville qui n'existait pas encore (1702-1865)
Les premières traces sont minces et locales. La tradition historiographique silésienne mentionne, dès les premières années du XVIII<sup>e</sup> siècle, un tenancier juif d'auberge établi près du cours de la Roździanka, à l'emplacement approximatif de l'actuelle place du Marché ; son nom n'a pas été conservé [Ślązag, 2024]. Les registres paroissiaux de Bogucice, village aujourd'hui intégré à la ville, livrent pour 1733 la première mention explicite de Juifs résidant sur le territoire de Katowice [Virtual Shtetl, Musée POLIN]. À la fin du XVIII<sup>e</sup> siècle, des Juifs prennent en ferme les forges de Bogucice ; l'expulsion décrétée en 1781 dans les localités voisines est rapportée en 1787 [Encyclopaedia Judaica].
Ce que l'on observe ici relève d'un processus général : l'entrée des communautés d'Europe centrale dans la légalité administrative des États modernes, qui accorde des droits en échange d'une conformité linguistique et culturelle. Le passage du « Juif » à l'« israélite » décrit par Simon Schwarzfuchs pour l'Occident trouve en Haute-Silésie prussienne une variante germanique nette : l'édit de tolérance, puis l'émancipation prussienne, ouvrent la mobilité à qui adopte la langue allemande et, souvent, un nom allemand [Schwarzfuchs, 1989]. Les Juifs de Kattowitz seront, pendant trois générations, des Juifs allemands.
Le tournant est ferroviaire. L'achèvement, en 1846, d'une liaison directe avec l'Allemagne fait basculer le bourg dans l'économie du charbon et de l'acier, et amène une immigration juive venue de l'ouest [Beit Hatfutsot, Synagogues360]. Les chiffres disent l'échelle : douze Juifs recensés en 1840, cent deux en 1855 [Encyclopaedia Judaica]. Ce sont ces quelques dizaines de familles qui, à partir de 1850, tiennent office dans des maisons privées et des appartements loués, et qui, en 1847, s'agrègent provisoirement à la communauté voisine de Mysłowice pour disposer d'un bain rituel et d'un lieu de sépulture [Virtual Shtetl, Musée POLIN].
גרסאות (1)
- v1 · נוכחית · 12 בספט׳ 2026
Chapitre 2 : 1866-1869 — la Synagogen-Gemeinde, la mikvé et le champ de la rue Kozielska
L'autonomie communautaire arrive avec le statut urbain. Katowice devient ville en 1865 ; une communauté indépendante s'organise en 1866, après qu'une première synagogue eut été édifiée en 1862 à l'angle des actuelles rues 3 Maja et Słowackiego [Encyclopaedia Judaica]. L'édifice, de style néo-roman, est l'œuvre du maître maçon Ignatz Grünfeld : vingt mètres sur dix, trois cent vingt places, agrandi en 1883 sur un projet de Carl Häusler qui lui donne une façade néo-mauresque et porte sa capacité au-delà de cinq cents fidèles [Ślązag, 2025 ; Gazeta Uniwersytecka UŚ].
En 1867 s'ouvre la mikvé ; en 1868, la communauté achète à un paysan nommé Josef Ludnofski trois arpents de terre pour quatre cent quatre-vingts thalers, à l'ouest de la route de Mikołów — l'actuelle rue Kozielska [Zabytek.pl ; Wikipédia polonaise]. Le dossier administratif conservé est d'une précision révélatrice : le conseiller royal de santé de Bytom, Hugon Heer, donne son accord par lettre du 14 avril 1868, estimant que la ville se développerait plutôt vers le nord et le nord-est et n'atteindrait pas ce terrain [Zabytek.pl]. Il se trompait à moitié : le cimetière est aujourd'hui en plein centre. La consécration a lieu le 9 septembre 1869 [Gazeta Uniwersytecka UŚ]. Le premier inhumé est un enfant de quatre ans, Carl Münzer [Gość Niedzielny, Katowice].
L'histoire de la communauté se lit dès lors dans ses institutions autant que dans ses chiffres : six cent vingt-quatre âmes en 1867, quand la ville reçoit ses droits urbains, deux mille deux cent seize en 1899, deux mille neuf cent soixante-dix-neuf en 1910 [Encyclopaedia Judaica]. Le rabbin Jacob Cohn, qui publie en 1900 une histoire de sa propre communauté, donne des relevés voisins : huit cent douze personnes en 1870, seize cents en 1895 [Cohn, 1900]. À partir de 1891 et pendant plus d'une décennie, une part du budget communautaire est affectée aux Juifs fuyant l'Empire russe, pour lesquels le nœud ferroviaire de Katowice constitue le premier refuge [Livre du souvenir de Katowice, 1996].
גרסאות (1)
- v1 · נוכחית · 12 בספט׳ 2026
Chapitre 3 : Novembre 1884 — Kattowitz, première assemblée des Amants de Sion
L'événement qui donne à cette ville industrielle une place dans l'histoire juive mondiale tient en six jours. Du 6 au 11 novembre 1884 s'y réunissent les délégués des sociétés Hovevei Zion, les Amants de Sion, nées dans le sillage des pogroms russes de 1881 [Wikipédia polonaise, Konferencja Katowicka]. Le choix du lieu n'est pas sentimental : Katowice est prussienne et proche de la frontière russe, ce qui permet aux militants venus de l'Empire des tsars d'y accéder sans danger [Wikipédia polonaise]. La date initialement retenue, le 27 octobre 1884, devait coïncider avec le centenaire de la naissance de Moses Montefiore [Encyclopaedia Judaica, « Kattowitz Conference »].
Trente-deux délégués selon certaines sources, trente-quatre ou trente-six selon d'autres, dont vingt-deux venus de Russie [Encyclopaedia Judaica ; Jewish Currents]. Leon Pinsker, auteur d'Autoémancipation, préside ; le rabbin Samuel Mohilever est président d'honneur ; Alexandre Zederbaum, directeur de Ha-Melitz, vice-président ; Shaul Pinhas Rabbinowitz assure le secrétariat hébreu [Encyclopaedia Judaica]. Les débats portent sur les instruments financiers du rachat de la terre en Palestine et aboutissent à la création de deux comités, l'un à Varsovie, l'autre à Odessa [Jewish Currents ; Britannica].
Treize ans avant Bâle, cette assemblée constitue la première réunion publique du mouvement national juif. Elle est aussi le lieu d'une tension qui traversera tout le siècle suivant : le rabbin Mohilever y incarne une piété orthodoxe qui s'engage dans l'entreprise, tandis que d'autres autorités rabbiniques y verront la préfiguration d'une sécularisation redoutée — débat que Yakov Rabkin a retracé sur la longue durée [Rabkin, 2004]. Détail troublant pour l'historien : l'adresse exacte du bâtiment reste inconnue. L'hypothèse longtemps répétée de l'hôtel Kaiserhof, rue Stawowa, est intenable, l'établissement n'existant pas encore en 1884 et la loge Concordia ne s'y étant installée que plus tard [Ślązag ; Wikipédia polonaise]. Pour le cent vingtième anniversaire, en 2004, les autorités municipales et régionales ont apposé une plaque commémorative sur le siège d'alors de la communauté juive, au 13 de la rue Młyńska [Wikipédia polonaise].
גרסאות (1)
- v1 · נוכחית · 12 בספט׳ 2026
Chapitre 4 : Les bâtisseurs — Grünfeld, Goldstein, Schalscha et la Grande Synagogue de 1900
Vers 1871, le notable municipal Richard Holtze écrivait déjà que Katowice devait beaucoup à l'esprit d'entreprise de ses habitants juifs [Ślązag, 2024]. La formule est datée mais les faits sont là. L'entreprise Ignatz Grünfeld Baugeschäft conçoit et construit des dizaines d'immeubles de la ville et lui fournit des quantités massives de briques ; son fondateur siège au conseil municipal [Ślązag, 2024]. D'autres entreprises juives du bâtiment — Perl, Trap, Riesenfeld, les Schalscha, les Goldstein — remplissent les rues Pocztowa, Staromiejska, Mariacka, 3 Maja [Gazeta Uniwersytecka UŚ]. Les frères Abraham et Josef Goldstein, arrivés comme négociants en bois depuis l'Empire russe, font construire vers 1872 une villa néo-Renaissance sur l'actuelle place Wolności, aujourd'hui « palais des Industriels » ; ils liquident leurs affaires en 1892-1893 et partent pour Breslau, après l'incendie de leur dépôt de bois [Śląskie.travel ; wKatowicach.eu].
Le monument de cette réussite est la Grande Synagogue. En 1890, une pétition signée par cent soixante-quinze membres dénonce la surpopulation dangereuse de l'ancien édifice et l'obligation de tenir des offices supplémentaires dans des hôtels [Ślązag, 2025]. Sur trois projets soumis, la commission retient celui de Max Grünfeld, fils du constructeur de la première synagogue ; le rabbin Salomon Wiener pose la première pierre en 1896, le chantier débute à l'automne 1898 [Polskie Radio, 2021]. L'inauguration a lieu en 1900, le jour de Roch ha-Chana — le 12 octobre selon Ślązag et Polskie Radio, le 12 septembre selon le livre du souvenir [Ślązag, 2025 ; Livre du souvenir de Katowice, 1996]. L'édifice, mêlant néogothique, néo-Renaissance et mauresque sous une grande coupole octogonale, pouvait accueillir environ mille deux cents personnes et fut l'une des plus vastes maisons de prière de l'Allemagne d'alors ; l'ensemble, jardin compris, coûta cinq cent mille marks [Ślązag, 2025].
Cette architecture dit une intégration voulue : une communauté qui se pense allemande, libérale, urbaine, et qui bâtit son temple sur le modèle de Berlin et de Bochum. Elle dit aussi ses fractures internes, car aux anciens venus d'Allemagne s'ajoutent des Ostjuden dont la religiosité et le mode de vie diffèrent, tension avivée par le rôle de plaque tournante migratoire que joue la gare de Kattowitz [Alemannia Judaica / Jüdische Gemeinden, notice Kattowitz].
גרסאות (1)
- v1 · נוכחית · 12 בספט׳ 2026
Chapitre 5 : Sous le drapeau polonais — la communauté de Silésie autonome (1922-1939)
Le rattachement de Katowice à la Pologne, en 1922, place la communauté dans une situation inédite : allemande de langue et de culture, elle doit se penser polonaise de citoyenneté. L'organisation communautaire se développe pourtant remarquablement sous la direction de Bruno Altmann, à sa tête à partir de 1919, fils de Leopold Altmann, l'un des dirigeants de la première heure [Livre du souvenir de Katowice, 1996]. Les archives communautaires conservent la trace des conflits d'autorité : en 1932-1933, le voïvode refuse d'entériner les résultats électoraux, l'administration démissionne, et une direction est nommée d'office avec Altmann pour président et Eliasz Abrahamer pour vice-président, la querelle portant notamment sur la question des deux rabbins [Bulletin officiel de la communauté, cité par le Livre du souvenir, 1996].
Car la communauté est alors desservie par deux figures complémentaires : Kalman Chameides et Mordechaï Vogelmann, en fonction depuis 1928 [Encyclopaedia Judaica]. La vie associative est dense : une société de jeunesse sioniste fondée en 1922 tient conférences, bibliothèque et cours d'hébreu ; on y récite Bialik, on y joue des saynètes hébraïques [Bulletin communautaire, 1932-1935, cité par le Livre du souvenir]. Une école élémentaire mixte est créée en 1935 à l'initiative du rabbin Chameides et du conseiller Zmigrod, enseignant toutes les matières en hébreu [Livre du souvenir de Katowice, 1996]. Un nouveau centre communautaire est inauguré en 1937 [Encyclopaedia Judaica]. Vladimir Jabotinsky vient y parler en allemand devant une salle comble [témoignage publié dans le Livre du souvenir]. Katowice n'est pas une place bundiste — l'histoire du mouvement ouvrier juif se joue davantage à Varsovie, Łódź et Vilna [Minczeles, 1995] — mais la ville envoie ses délégués aux congrès sionistes et abrite des cercles révisionnistes.
Les années 1930 apportent l'étranglement. Les corporations artisanales polonaises introduisent des clauses « aryennes » — les coiffeurs en 1937, les tailleurs en 1938 — et en excluent les Juifs [Encyclopaedia Judaica]. L'émigration s'accélère : de neuf mille membres environ en 1932, la communauté tombe à huit mille cinq cent quatre-vingt-sept personnes en 1939, soit 6,3 % de la population municipale, selon l'Encyclopaedia Judaica ; d'autres estimations, reprises par la presse universitaire de Silésie, avancent pour 1939 une douzaine de milliers de Juifs, réfugiés compris [Gazeta Uniwersytecka UŚ]. La ville aura formé quelques esprits remarquables : Arnold Zweig y fit ses études secondaires et y publia son premier poème, dans la Kattowitzer Zeitung, en 1909 [Livre du souvenir de Katowice, 1996].
גרסאות (1)
- v1 · נוכחית · 12 בספט׳ 2026
Chapitre 6 : 8 septembre 1939 — l'incendie, les ghettos de Zagłębie, Auschwitz
La destruction fut immédiate et symbolique. Le 8 septembre 1939, l'Einsatzgruppe zur besonderen Verwendung met le feu à la Grande Synagogue ; c'est l'une des toutes premières actions allemandes après la prise de la ville [Wikipédia, crimes de guerre allemands lors de l'invasion de la Pologne ; Défense de Katowice]. L'incendie de synagogues devint à ce point systématique en Silésie et en Petite-Pologne que Himmler dut ordonner, dès le 9 septembre, d'épargner au moins celles de Cracovie, Łódź et Varsovie [Wikipédia, crimes de guerre allemands]. Les ruines furent rasées ; en février 1940, l'administration allemande fit retirer l'édifice des plans et des cartes de la ville, afin d'effacer jusqu'à la mémoire topographique de son existence [Whitemad, d'après la Bibliothèque numérique de Silésie].
Le sort des habitants suivit. Dès le début de 1940, les Juifs de Katowice furent déportés vers les ghettos de Sosnowiec et de Będzin et vers des camps de travail forcé [Whitemad]. Le ghetto de Środula, à Sosnowiec, fut bouclé le 10 mars 1943 ; le 16 août 1943, la quasi-totalité de ses habitants fut envoyée à Auschwitz, les derniers milliers en décembre 1943 et janvier 1944 [Encyclopedia.com, notice Sosnowiec ; Wikipédia, ghetto de Sosnowiec]. Le cimetière de la rue Kozielska fut dévasté ; les Allemands y firent transporter les corps des défenseurs de Katowice tombés en septembre 1939 [Wikipédia polonaise, cimetière juif de Katowice].
La proximité d'Auschwitz, à une soixantaine de kilomètres, allait faire de cette région un des hauts lieux de la mémoire européenne, et l'histoire de sa commémoration — d'abord nationale et polonaise, puis progressivement attentive à la spécificité juive — a été étudiée par Jonathan Huener [Huener, 2003] et, pour les premières années d'après-guerre, par Zofia Woycicka [Woycicka, 2014]. Les Juifs de Katowice y furent longtemps un chapitre implicite.
גרסאות (1)
- v1 · נוכחית · 12 בספט׳ 2026
Chapitre 7 : Kongregacja, Stalinogród, renaissance — et les 944 pierres
Après 1945, près de deux mille Juifs s'installent à Katowice : survivants venus d'autres régions de Pologne ou rentrés d'URSS. Un Comité juif pour la Haute-Silésie se constitue, et nombre d'organisations d'avant-guerre sont restaurées — brièvement, car le pouvoir communiste entend contrôler la minorité [Walerjański, Katowickie synagogi]. En 1946, une Congrégation de confession mosaïque remplace la communauté d'avant-guerre, subordonnée à la centrale de Varsovie ; elle n'en est pas l'ayant droit juridique et ne possède ni les biens ni les archives antérieurs [Walerjański]. En 1950 s'ouvre une section locale de la Société socioculturelle des Juifs de Pologne, elle aussi instrument d'encadrement [Walerjański]. Entre 1953 et 1956, la ville elle-même change de nom et s'appelle Stalinogród — mutation toponymique qui s'ajoute à la série Kattowitz / Katowice, et que les catalogues mémoriels enregistrent encore comme variante de lieu [USHMM, notice du livre du souvenir]. L'aide matérielle venue des organisations juives américaines, dont le Joint, structura ces années de reconstruction en Europe [Hobson Faure, 2013]. La campagne antisémite de mars 1968 vida ce qui restait : treize mille Juifs environ quittèrent la Pologne [Rocznik, UKSW].
La communauté actuelle est née en 1993 de la transformation de la Congrégation en Gmina Wyznaniowa Żydowska, membre de l'Union des communautés juives de Pologne ; elle comptait cent quarante membres en 2021 et cent vingt en 2024 [Wikipédia polonaise]. En mars 2010, ses bureaux et sa maison de prière ont quitté la rue Młyńska pour le 16 de la rue 3 Maja, où la salle porte le nom de Chaskel Besser [Wikipédia polonaise ; Katowice.dlawas.info]. Shlomo Kučera, puis, de 2010 à 2015, Yehoshua Ellis, y ont exercé le rabbinat [Wikipédia polonaise]. La place vide où s'élevait la Grande Synagogue porte, depuis une résolution du conseil municipal du 8 octobre 1990, le nom de place de la Synagogue ; un monument aux Juifs de Katowice assassinés entre 1939 et 1945 y a été érigé en juillet 1988, complété par un obélisque mentionné en 1993 [Whitemad ; Gazeta Uniwersytecka UŚ].
Reste le cimetière — et c'est ici que le catalogue et l'histoire se répondent. Le relevé de la Fundacja Dokumentacji Cmentarzy Żydowskich w Polsce enregistre 944 sépultures. Les autorités patrimoniales polonaises et les guides régionaux parlent, eux, d'environ mille quatre cents stèles conservées sur 1,1 hectare, d'autres sources retenant le chiffre de 947 ou 949 [Wikipédia polonaise ; Śląskie.travel ; Gość Niedzielny]. L'écart n'est pas une contradiction : il sépare ce qui est lisible et transcrit de ce qui subsiste matériellement, effacé, enfoui, illisible. Yechiel Weizman a montré combien ces lieux polonais, ni tout à fait détruits ni tout à fait entretenus, forment un patrimoine « non réglé », objet de gestions successives et contradictoires [Weizman, 2022] ; Omer Bartov a décrit pour la Galicie voisine ce que devient un cimetière quand plus personne ne sait lire ses inscriptions [Bartov, 2007] ; Geneviève Zubrzycki a analysé le retour contemporain du référent juif dans l'espace public polonais, dont la restauration du kirkout de Kozielska par la fondation Or Chaim, sous vidéosurveillance, est une manifestation concrète [Zubrzycki, 2022] [ref:8 ; Gazeta Uniwersytecka UŚ]. Le terrain, agrandi en 1927 puis en 1945, demeure un lieu de sépulture en activité pour la communauté d'aujourd'hui [Gość Niedzielny]. On y lit encore les noms des Goldstein, des Schalscha, des Grünfeld, des Panofsky, et celui du rabbin Jacob Cohn [Gazeta Uniwersytecka UŚ].
גרסאות (1)
- v1 · נוכחית · 12 בספט׳ 2026
Les grandes figures
Rabbin Jacob Cohn (1843-1916) — Figure centrale de la communauté pendant quarante-quatre ans, à partir de 1872, il incarna l'ancrage dans la culture allemande joint à la fidélité à la tradition. Historien de sa propre kehila, il publia en 1900 chez l'imprimeur Julius Herlitz, à Kattowitz, une Geschichte der Synagogen-Gemeinde Kattowitz O.-S., source de première main sur la démographie, les finances et les institutions communautaires. Il mourut le 23 avril 1916 et fut enterré au cimetière de la rue Kozielska, où sa tombe est encore identifiable [Cohn, 1900 ; Ślązag, 2025].
Rabbin Salomon Wiener (dates inconnues) — Rabbin de Katowice à la fin du XIX<sup>e</sup> siècle, il posa en 1896 la première pierre de la Grande Synagogue, au terme d'un long processus ouvert par la pétition de 1890 des fidèles dénonçant l'exiguïté de l'ancien édifice. Son nom reste attaché au moment où la communauté, forte de plus de deux mille âmes, décida de se doter d'un monument à la mesure de sa prospérité. Les sources consultées ne conservent ni ses dates ni le détail de son ministère [Polskie Radio, 2021].
Rabbin David Braunschweiger (dates inconnues) — Successeur de Jacob Cohn, il n'exerça que peu de temps à Katowice, dans les années qui suivirent 1916, période de transition entre la communauté allemande d'avant-guerre et la communauté polonaise de l'entre-deux-guerres. Les chroniques locales le mentionnent brièvement, entre la longue magistrature de Cohn et l'arrivée, en 1928, du tandem Chameides-Vogelmann. Son rôle demeure mal documenté dans les sources accessibles [Ślązag, 2025].
Rabbin Kalman Chameides (1902-1943) — Né le 5 avril 1902 à Szczerzec, en Galicie orientale, formé au séminaire rabbinique de Vienne tout en étudiant la philosophie et la philologie classique à l'université, il fut le dernier guide spirituel de la communauté de Katowice, où il servit de 1928 à 1939. Éditeur du bulletin communautaire — cent dix-huit numéros conservés pour 1932-1936 —, président de la section locale des Amis de l'Université hébraïque, il initia en 1935 la création de l'école élémentaire en hébreu. Nommé en 1937 conseiller pour les affaires juives auprès des tribunaux municipaux, il périt en 1943. Son fils, le docteur Leon Chameides, sauvé pendant la guerre, a édité et publié ses essais [Livre du souvenir de Katowice, 1996 ; Encyclopaedia Judaica ; On the Edge of the Abyss, 2012].
Rabbin Mordechaï Vogelmann (Fogelman) (1898-1984) — Né à Przemyślany, en Galicie orientale, dans une famille orthodoxe de lignée rabbinique, il exerça à Katowice aux côtés de Chameides à partir de 1928. Arrivé en Palestine en mars 1940 avec son épouse Bella et leur fille Naomi, il devint rabbin de Kiryat Motzkin, près de Haïfa, charge qu'il occupa quarante-quatre ans. Son recueil de responsa, Beit Mordechai, développe une halakha de portée théorique tournée vers le renouveau national juif. Le couple recueillit et éleva le neveu rescapé de la rebbetzin, Israel Meir Lau [Livre du souvenir de Katowice, 1996 ; notice académique sur Beit Mordechai].
Bruno Altmann (dates inconnues) — Président de la communauté de Katowice à partir de 1919, fils de Leopold Altmann, l'un de ses premiers dirigeants, il pilota l'adaptation de la kehila au passage sous souveraineté polonaise. Sous sa direction furent créés l'école hébraïque de 1935 et le centre communautaire de 1937. Reconduit d'office par le voïvode en 1932 au terme d'un conflit institutionnel, il resta jusqu'à la veille de la guerre la figure administrative dominante. Un témoignage rapporte que son commerce, comme celui de son père, fermait tous les jours de fête juive [Livre du souvenir de Katowice, 1996].
Ignatz Grünfeld (dates inconnues) — Maître maçon et entrepreneur, il conçut en 1861-1862 la première synagogue en dur de Katowice et bâtit, avec la firme portant son nom, des dizaines d'immeubles de la jeune ville, à laquelle il fournit aussi d'immenses quantités de briques. Membre du conseil municipal, il appartint à ce groupe d'entrepreneurs juifs qui façonnèrent matériellement le centre de Kattowitz. Sa famille repose au cimetière de la rue Kozielska [Ślązag, 2024 ; Gazeta Uniwersytecka UŚ].
Max Grünfeld (dates inconnues) — Fils du précédent, architecte au sein de l'entreprise familiale, il remporta en 1896 le concours pour la Grande Synagogue de Katowice, retenue parmi trois projets. Son édifice, achevé en 1900, associait néogothique, néo-Renaissance et mauresque sous une coupole portée par un tambour octogonal, et offrait environ mille deux cents places. Brûlé le 8 septembre 1939, il n'en reste ni pierre ni plan visible : seule une place et un monument en gardent la trace [Polskie Radio, 2021 ; Ślązag, 2025].
Abraham et Josef Goldstein (dates inconnues) — Frères, négociants en bois venus de l'Empire russe, ils prospérèrent en approvisionnant les concerns miniers silésiens, exploitant scieries et dépôts, et achetant des terrains pour y bâtir des immeubles de rapport. Vers 1872, ils firent élever sur l'actuelle place Wolności une villa néo-Renaissance, aujourd'hui palais des Industriels. En 1892-1893, après l'incendie de leur dépôt de bois, ils liquidèrent leurs affaires et gagnèrent Breslau [Śląskie.travel ; wKatowicach.eu].
Leon Pinsker (1821-1891) — Médecin d'Odessa, auteur en 1882 de l'Autoémancipation, il présida à Katowice, du 6 au 11 novembre 1884, la première conférence internationale des Amants de Sion. Il y plaida pour le retour des Juifs au travail de la terre et obtint la création de comités permanents à Varsovie et à Odessa. C'est par lui que le nom de cette ville industrielle silésienne est entré dans la chronologie du mouvement national juif, treize ans avant le congrès de Bâle [Encyclopaedia Judaica ; Britannica].
Rabbin Samuel Mohilever (1824-1898) — Rabbin de Białystok, il fut élu président d'honneur de la conférence de Katowice en 1884 et devint l'une des figures majeures du sionisme religieux naissant. Son engagement auprès du baron Edmond de Rothschild contribua au financement des premières colonies de Palestine. Sa présence à Katowice donna à l'assemblée une caution rabbinique qui en atténua, sans les supprimer, les résistances orthodoxes [Wikipédia, Hovevei Zion ; Encyclopaedia Judaica].
Arthur Kochmann (1864-1943) — Avocat à Gleiwitz, conseiller municipal pendant trois décennies et délégué du Parti démocrate allemand au parlement prussien en 1919, il épousa Selma, fille du rabbin Jacob Cohn de Katowice. Longtemps protégé par des relations familiales — sa petite-fille avait épousé un diplomate italien proche du régime fasciste —, il fut arrêté par la Gestapo en décembre 1943, aux environs de son soixante-dix-neuvième anniversaire, et déporté à Auschwitz. Il passe pour le dernier Juif officiellement déporté de Gleiwitz, peut-être de Haute-Silésie [A. Porzecanski, Gliwice ; Yad Vashem ; Ślązag, 2025].
Rabbin Chaskel Besser (1923-2010) — Né Chaskiel Koszycki à Katowice, dans une famille attachée à la dynastie hassidique de Radomsk, il quitta la Pologne en 1939 et rejoignit les siens à Tel-Aviv, avant de s'établir aux États-Unis en 1949. Rabbin d'une congrégation de Manhattan à partir de 1964, il devint président pour la Pologne de la Fondation Ronald S. Lauder et l'un des artisans du renouveau juif polonais après 1989, recrutant notamment Michael Schudrich. La maison de prière de Katowice, rue 3 Maja, porte son nom [Wikipédia ; JTA, 2010 ; Lubavitch.com].
Arnold Zweig (1887-1968) — Né à Głogów, il fit ses études secondaires au lycée scientifique de Kattowitz et publia son premier poème dans la Kattowitzer Zeitung en 1909. Écrivain, pacifiste et socialiste, marqué par le recensement des Juifs dans l'armée allemande en 1916, il devint l'un des grands romanciers de langue allemande du siècle. Le livre du souvenir de Katowice le compte parmi les enfants intellectuels de la ville, au titre de ses années silésiennes [Livre du souvenir de Katowice, 1996 ; Wikipédia].
Włodzimierz Kac (dates inconnues) — Président de la Gmina Wyznaniowa Żydowska de Katowice au début du XXI<sup>e</sup> siècle, il a présidé à l'installation de la communauté rue 3 Maja en 2010 et participé aux commémorations universitaires de la conférence de 1884. Son action s'inscrit dans le travail de conservation d'un patrimoine devenu minoritaire : cimetière de la rue Kozielska, filiale de Gliwice, mémoire de la place de la Synagogue [Gazeta Uniwersytecka UŚ ; Wikipédia polonaise].
גרסאות (1)
- v1 · נוכחית · 12 בספט׳ 2026
Conclusion
L'histoire juive de Katowice tient en un siècle et demi et se laisse lire comme une accélération suivie d'une amputation. En 1840, douze Juifs ; en 1932, environ neuf mille ; en 1943, plus aucun. Entre ces bornes, une communauté qui bâtit littéralement sa ville, qui se donne une synagogue de mille deux cents places, une école hébraïque, un bulletin, des écoles, une presse, des associations sionistes, et qui, l'espace de six jours de novembre 1884, accueille l'assemblée qui inaugure l'action collective du mouvement national juif moderne.
De cet ensemble, il demeure trois choses matérielles : une place vide portant le nom de la synagogue disparue, une maison de prière discrète au 16 de la rue 3 Maja, et un cimetière ceint de brique où reposent les fondateurs. La notice de catalogue qui a motivé ce livre en dénombre 944 sépultures ; le terrain en porterait jusqu'à mille quatre cents. Ce désaccord chiffré est peut-être la plus juste des conclusions : ce qui a été relevé, transcrit, indexé ne recouvre jamais tout à fait ce qui est là, et ce qui est là ne recouvre qu'une fraction infime de ce qui a vécu. Le travail de l'historien consiste à tenir les deux ensemble — le registre et l'absence — sans confondre le compte avec la mémoire.
גרסאות (1)
- v1 · נוכחית · 12 בספט׳ 2026
המשיכו בקריאת הספר הגדול הזה
התחברו או צרו חשבון חינם כדי לקרוא את הספר הגדול בשלמותו — וגלו, עקבו והעשירו את הלינאגות הרלוונטיות עבורכם.
אימייל אחד, הקשה אחת. ללא סיסמה; אפשר לצאת בכל רגע.
„Katowice” הוא חלק מהסיפור שלכם?
צרו מרחב חברים כדי לעקוב אחר המשפחות שקרובות לליבכם, לקבל עדכון על גילויים חדשים ולתרום — ללא סיסמה.
אימייל אחד, הקשה אחת. ללא סיסמה; אפשר לצאת בכל רגע.
ימי הספר הזה
לספר זה עדיין אין יום זיכרון. המקורות המתעדים את Katowice נותנים שנים ומאות שנים, לעולם לא יום; אנו לא משדכים אותו.
תאריך המוכר לכם — הזכרון, הילולה, יום השנה של עזיבה? תנו לו את יומו
מקורות ומשאבים
- Yechiel Weizman, Unsettled Heritage (2022)
- Omer Bartov, Erased: Vanishing Traces of Jewish Galicia in Present-Day Ukraine (2007)
- Henri Minczeles, Histoire générale du Bund. Un mouvement révolutionnaire juif (1995)
- Simon Schwarzfuchs, Du Juif à l'israélite. Histoire d'une mutation, 1770-1870 (1989)
- Zofia Woycicka, Arrested Mourning (2014)
- Laura Hobson Faure, Un plan Marshall juif (2013)
- Yakov M. Rabkin, Au nom de la Torah : une histoire de l'opposition juive au sionisme (2004)
- Jonathan Huener, Auschwitz, Poland, and the Politics of Commemoration, 1945-1979 (2003)
🔗 ציטוט / קישור לדף זה
העתיקו אחד מהפורמטים כדי לצטט דף זה או לקשר אליו.
קישור
https://zakhor.ai/he/grands-livres/lieux/katowiceHTML
<a href="https://zakhor.ai/he/grands-livres/lieux/katowice">Katowice — Zakhor</a>ציטוט
Katowice — Zakhor, https://zakhor.ai/he/grands-livres/lieux/katowice