TYRNAU ou TERNAVA (hongrois, Nagy-Szombath)
Ville manufacturière de Hongrie occidentale. Elle fut le théâtre de deux martyres de Juifs : le premier, en 1494, quand quatorze hommes et deux femmes donnèrent leur vie innocente, ainsi que le rapporte une élégie manuscrite de la communauté de Cracovie ; le second, quand la vengeance et la haine des citoyens de Tyrnau furent suscitées contre les Juifs à l'époque où les incursions des Turcs terrorisaient la Hongrie. L'incendie des Juifs à [Pösing](/articles/12303-posing) en 1529 fut suivi d'actes semblables dans les communautés près de Tyrnau. Néanmoins, cette dernière ville ne réussit à se débarrasser des Juifs dans ses limites que dix ans plus tard. En 1536, un enfant âgé de trois ans de Tyrnau fut trouvé mort, sur quoi les citoyens, qui intriguaient contre les Juifs, les accusèrent d'avoir assassiné l'enfant. Le roi Ferdinand Ier tenta en vain de pacifier les citoyens en colère : les Juifs soupçonnés furent exécutés ; et à la demande des autorités de la ville, Ferdinand bannit (19 février 1539) à jamais les autres (ce décret fut confirmé par Léopold Ier en 1686). Les Juifs furent strictement interdits de pénétrer dans la ville ou dans le territoire lui appartenant ; et ceux qui même involontairement violaient l'ordre étaient sévèrement punis.
En 1717, quand un sujet du comte Kaunitz fut puni, le comte, souhaitant mettre fin une fois pour toutes à ces procédés de la ville, fit tous ses efforts pour obtenir l'annulation de la charte de Ferdinand Ier ; mais il ne réussit que dans la mesure où il amena l'exécution d'un accord entre la ville de Tyrnau et les Juifs, ces derniers étant représentés par Simeon Michel, un ancêtre du poète allemand Heinrich Heine. Selon cet accord, les Juifs renoncèrent à tous les droits qui auraient pu être exercés soit par eux-mêmes soit par leurs propriétaires contre la ville en raison de leur ancien emprisonnement, tandis que la ville promit de permettre aux Juifs de traverser Tyrnau moyennant le paiement d'un certain péage. Bien que l'accord fût censé être conclu pour l'éternité, Marie-Thérèse l'annula, et les Juifs furent de nouveau exclus de Tyrnau.
Le roi Joseph II les autorisa à s'établir dans la ville (31 mars 1783) ; et à partir de ce moment, la communauté juive autrefois célèbre de Tyrnau recommença à prospérer. [Voir Isaac Tyrnau](/articles/8224-isaac-tyrnau).