כפר סבא
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פֿאַרעפֿנטלעכט דעם 19טן יוני 2026
ville israélienne

PikiWiki Israel 61141 kfar saba - weizman street
ראובן שלמי · CC BY 2.5 · Wikimedia Commons

Children in a summer camp in Kfar Saba
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KfarSaba
Idoc07 · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Panorama Kfar Saba town square
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<a href="https://zakhor.ai/yi/grands-livres/lieux/kfar-saba">Kfar Saba — Zakhor</a>Citation
Kfar Saba — Zakhor, https://zakhor.ai/yi/grands-livres/lieux/kfar-sabaAu cœur de la plaine côtière israélienne, dans la région du Sharon, s'étend une ville dont le nom porte une double mémoire : celle d'une antiquité juive attestée par les textes rabbiniques, et celle d'une renaissance pionnière au seuil du XXᵉ siècle. Kfar Saba est mentionnée dans le Talmud à plusieurs reprises et fut une cité importante à l'époque du Second Temple. Entre ces deux jalons — la bourgade évoquée par les sages et la municipalité moderne — s'étend un long silence documentaire que seuls comblent la toponymie et l'archéologie.
La singularité de Kfar Saba tient précisément à cette continuité du nom. La Kefar Sava moderne, première implantation juive du Sharon méridional, fut fondée en 1903 — six ans avant Tel-Aviv — à côté du village arabe de Kafr Sābā, qui avait conservé le nom antique. Ce livre se propose de suivre le fil de cette mémoire transmise et de l'archive établie, depuis les fortifications hasmonéennes jusqu'à la ville high-tech contemporaine. Le projet relève autant de l'histoire que de la mémoire : la première s'appuie sur le sol, les actes de vente et les chroniques municipales ; la seconde se nourrit du Talmud et de la tradition orale du Sharon. Notre démarche consiste à les confronter honnêtement, en signalant à chaque étape la nature de la source.
La toponymie est ici le premier des documents. Le nom « Kfar Saba » — littéralement « le village du grand-père » ou « du vieillard » en hébreu — a traversé deux millénaires en se maintenant, presque inchangé, dans la bouche des habitants arabes du lieu sous la forme « Kafr Sābā ». C'est cette persistance qui a permis aux fondateurs modernes de revendiquer une filiation directe avec la cité talmudique.
Selon la tradition rabbinique et les études qui en découlent, Kfar Saba est mentionnée dans le Talmud à plusieurs reprises et fut une ville importante à l'époque du Second Temple ; on sait que le roi Alexandre Jannée y construisit un réseau de fortifications s'étendant jusqu'à la côte, afin de repousser une invasion venue du nord. Cette association de la localité à la dynastie hasmonéenne situe l'antique Kfar Saba dans le dispositif défensif du royaume juif des IIᵉ–Iᵉʳ siècles avant l'ère commune, lorsque la plaine du Sharon constituait un glacis stratégique entre la Judée et les puissances septentrionales.
Le site antique n'a toutefois pas coïncidé exactement avec la ville actuelle. L'ancienne Kfar Saba est associée au Tel Khirbet Sabieh, près du quartier de Ge'ulim. Cette dissociation entre le tertre archéologique et l'agglomération moderne, fréquente dans le paysage israélien, invite à la prudence : la continuité du nom n'implique pas la continuité du lieu exact d'habitat. Nous sommes ici à l'intersection de la mémoire et de l'archive — le Talmud transmet le souvenir d'une cité, le tell en livre les indices matériels, et le nom assure la jonction. Le statut de cette section demeure « transmis » : l'essentiel de notre savoir sur l'antiquité de Kfar Saba procède de textes religieux et de la tradition, que la recherche archéologique localise sans en restituer le détail.
La renaissance de Kfar Saba s'inscrit dans le grand mouvement de colonisation agricole juive qui transforma la plaine côtière à l'aube du XXᵉ siècle. Les terres furent acquises avant même que la colonie ne fût peuplée : la nouvelle localité fut établie en 1903 sur des terres achetées en 1892. L'initiative était étroitement liée à la première colonie agricole moderne du pays. En 1903, les terres furent vendues à des agriculteurs de Petah Tikva, à raison de huit francs le dounam ; l'idée était que ces terres seraient destinées aux enfants des agriculteurs de Petah Tikva.
Le geste fondateur s'incarna dans une construction emblématique. Les premiers colons plantèrent des amandiers, des oliviers et quelques eucalyptus pour drainer les marais. De nombreux obstacles furent dressés sur le chemin des colons par les autorités turques ottomanes. La symbolique de cette fondation est restée gravée dans les emblèmes de la ville : au sommet du sceau figure l'année de fondation de la ville, soit l'année où le Khan fut bâti — 1903 — et l'année hébraïque correspondante, 5663 (תרס״ג).
Les détails de cette installation pionnière confirment la lenteur et la précarité de l'entreprise sous régime ottoman. Le Khan local fut construit en 1906 et, à côté de lui, se trouvaient le premier puits ainsi que des eucalyptus plantés ; ce n'est qu'en 1912 que les fondateurs obtinrent les permis de construire des maisons en pierre. Cette section relève pleinement de l'histoire établie : actes de vente, dates de construction et registres administratifs en fixent la chronologie avec une certitude que l'antiquité, elle, ne permet pas.
La fragile colonie ne traversa pas indemne la Première Guerre mondiale. Au moment où le Sharon devint une zone de front entre les forces ottomanes et l'armée britannique avançant vers le nord, Kfar Saba paya un lourd tribut. La colonie fut détruite par l'armée ottomane durant la Première Guerre mondiale.
Cet épisode, attesté par les sources municipales, marque une rupture brutale dans le développement encore embryonnaire de la localité. Les maisons de pierre, péniblement autorisées en 1912, et les plantations d'amandiers et d'oliviers furent emportées par la tourmente militaire. La position géographique de la colonie, sur la plaine côtière entre Tel-Aviv et la Méditerranée, en faisait un point exposé aux mouvements de troupes. La destruction de la guerre constitua ainsi une seconde fondation à venir : il fallut, dans l'entre-deux-guerres, reconstruire presque entièrement ce qui avait été bâti.
Cette section, brève par nécessité documentaire, demeure « établie » : l'événement de la destruction figure dans les chroniques officielles de la ville, même si l'historiographie locale reste discrète sur le détail des combats. Elle illustre la vulnérabilité des premières implantations juives face aux aléas de la géopolitique impériale, et explique pourquoi le véritable essor de Kfar Saba ne s'amorça qu'après 1918, sous un nouveau régime politique.
L'instauration du Mandat britannique sur la Palestine ouvrit pour Kfar Saba une ère de reconstruction et de croissance. La ville renaissante voisinait avec son homonyme arabe, situation dont les sources contemporaines conservent la trace topographique précise. Le village arabe se dressait sur un terrain plat de la plaine côtière ; la route Jaffa–Tulkarem passait à 2,5 km à l'est, et la ligne de chemin de fer Haïfa–Lydda courait à 1,5 km à l'est, formant la limite entre les terres de Kafr Saba et de Qalqilya.
Le voisinage des deux entités, juive et arabe, portant le même nom, constitue l'un des traits les plus singuliers de l'histoire locale. Une route secondaire reliait le village à la ville de Qalqilya, à 3 km au nord-ouest. La colonie juive, quant à elle, se développait au sud-ouest du village arabe. La ville de Kefar Sava, qui avait été fondée en 1903 et comptait une population de plus de 5 000 habitants en 1948, se trouvait au sud-ouest du village à la veille de la guerre.
Ce chapitre relève de l'intersection, parce qu'il met en présence deux mémoires concurrentes — celle de la colonie juive en plein essor et celle du village arabe portant le nom antique — que les archives de la période mandataire documentent l'une et l'autre. Le statut « probable » reconnaît que la cohabitation, les échanges et les tensions de cette période sont attestés dans leurs grandes lignes, mais que leur trame quotidienne demeure largement reconstituée à partir d'indices fragmentaires.
La guerre de 1948 et la création de l'État d'Israël transformèrent radicalement le paysage. La colonie juive, déjà solidement établie, entama une expansion rapide qui devait l'absorber dans une agglomération continue. Comptant plus de 5 000 habitants en 1948, Kefar Sava, avec une population d'environ 45 000 habitants par la suite, s'est étendue jusqu'à recouvrir une grande partie du territoire du village arabe.
La croissance ne s'est jamais démentie. Kfar Saba est la ville centrale de la région du Sharon ; elle couvre 14 kilomètres carrés et comptait une population de 90 000 habitants, chiffre que d'autres relevés portent plus haut encore : aujourd'hui, Kfar Saba compte plus de 100 000 habitants, et de nombreuses jeunes familles contribuent à la croissance régulière de la population.
L'économie de la ville s'est profondément modernisée. Située à 15 kilomètres de Tel-Aviv et de la Méditerranée, Kfar Saba dispose d'un réseau de transport commode et jouit d'une économie solide, particulièrement dans les industries de haute technologie ; TEVA Pharmaceutical Industries Ltd., l'une des plus grandes entreprises du secteur, y est implantée. La ville a par ailleurs tissé des liens internationaux : la ville jumelle israélienne de Wiesbaden est une ville jeune, où de nombreuses jeunes familles contribuent à une croissance démographique régulière. Ce chapitre, fondé sur des données administratives, démographiques et économiques de référence, relève sans réserve de l'histoire établie.
L'histoire de Kfar Saba se laisse lire comme un palimpseste, où chaque âge a réinscrit son nom sur le précédent sans jamais l'effacer. De la cité hasmonéenne évoquée par le Talmud au tertre archéologique de Khirbet Sabieh, du village arabe gardien du toponyme antique à la colonie pionnière de 1903, de la destruction ottomane de la Grande Guerre à la métropole high-tech du Sharon, le nom a fait office de fil conducteur. La Kefar Sava moderne fut la première implantation juive du Sharon méridional, et cette primauté géographique se double d'une profondeur historique rare dans le paysage israélien.
Le « grand-père » que désigne peut-être le nom veille ainsi sur une continuité qui n'est pas de pierre, mais de mémoire et de mots. La part de l'établi — les actes de vente, les dates de fondation, les recensements — y dialogue constamment avec la part du transmis — la tradition talmudique, le souvenir du roi Jannée, la persistance du toponyme. C'est dans cette tension féconde entre l'archive et la mémoire que réside, en définitive, l'identité singulière de Kfar Saba.