BRANDEBOURG
Province de Prusse. Dans les documents du treizième siècle, les Juifs sont mentionnés comme vivant dans la marche de Brandebourg et y exerçant le commerce. À Belitz, ils furent accusés d'avoir désacré l'hostie en 1243 ; une accusation similaire provoqua une persécution à Pritzwalk en 1287. En 1294, le magistrat de Francfort-sur-l'Oder émit un accord entre les boulangers et les Juifs de cette ville. Tant de Juifs vivaient à Stendal vers 1297 qu'un règlement spécial pour les Juifs fut promulgué. Les Juifs de Spandau sont mentionnés pour la première fois en 1307, dans un règlement concernant l'abattage émis par le margrave Herrmann ; et les Juifs sont mentionnés de manière similaire à Brandebourg et Eberswalde en 1315. En 1320, la margrave Agnès transféra à Berlin et Cologne ses droits sur les Juifs de ces villes, et la même année les ducs de Poméranie firent de même concernant Prenzlau. L'impôt des Juifs fut réglementé à Neu-Ruppin en 1323.
Établissements anciens.
Les Juifs de la marche jouissaient d'une grande faveur, et leur nombre augmenta considérablement sous le règne des margraves bavarois, particulièrement sous Ludwig (1323-51). Ce dernier délivra des lettres de protection aux Juifs de Havelberg, Arneburg, Pritzwalk, Seehausen, Werben et Kyritz en 1334, à ceux de Salzwedel en 1344, et à ceux de Perleberg en 1345. En 1346, il accorda aux boulangers de Strausberg certains privilèges concernant l'abattage parmi les Juifs. En 1348, le margrave investit un citoyen de Luckau des Juifs de Guben, et engagea les Juifs de Luckau auprès de lui pour 150 marks d'argent. En 1349, les Juifs de Berlin, Stendal, Angermüunde et Spandau furent gravement persécutés par les Flagellants, parmi les victimes desquels se trouvaient les rabbins Joseph et Salomon, fils du Rabbi Jacob. Les Juifs furent expulsés de Königsberg en 1351. Le margrave Ludwig engagea les Juifs de Müncheberg auprès de la ville en 1353 ; en 1356, il permit à la ville de Mittelwalde de recevoir quatre Juifs ; le margrave Otto permit à la ville de Rathenow d'en garder deux en 1371. Une rue des Juifs est mentionnée à Stendal dès 1369 ; Jobst de Moravie présenta le site de l'ancienne école des Juifs à Salzwedel à l'hôpital Georgeshospital de cette ville en 1401.
Sous les Hohenzollern.
Les privilèges que le margrave Ludwig avait accordés furent confirmés en 1420 par Friedrich I., le premier prince de la maison de Hohenzollern, à Brandebourg. Les conditions changèrent sous ses successeurs. En 1446, tous les Juifs de la marche furent soudainement emprisonnés sur l'ordre de l'électeur Friedrich II., et leurs biens furent confisqués. En 1509, trente-huit Juifs de Spandau, Brandebourg et Stendal furent accusés d'avoir acheté une hostie à un voleur de Bernau, et furent brûlés à Berlin ; le reste fut expulsé du pays. L'électeur Joachim II. admit à nouveau plusieurs Juifs en contrepartie de 400 marks, et de 3 000 marks d'argent versés annuellement aux monnaies de Berlin et Stendal respectivement pour la protection. Il favorisa particulièrement le Juif [Lippold](/articles/10017-lippold) ; mais son successeur fit exécuter Lippold sous le prétexte d'avoir empoisonné l'électeur, et expulsa à nouveau les Juifs. En 1671, cinquante familles juives, qui figuraient parmi les émigrés de Wiener-Neustadt, reçurent la permission de résider dans la marche pendant une période de vingt ans du grand électeur Friedrich Wilhelm. Elles furent exemptées de l'impôt de capitation contre le paiement de 400 thalers en 1684. En 1685, elles comptaient quatre-vingt-six familles ; il y en avait 116 en 1690 ; et en 1692, elles avaient augmenté à 177. En 1714, le roi Friedrich I. émit de nouveaux règlements pour ses Juifs protégés, qui avaient à cette époque obtenu une résidence permanente.
Au commencement du dix-huitième siècle (1703), ils furent beaucoup harcelés sous l'accusation d'avoir insulté le fondateur de la religion chrétienne dans leurs prières. Le Règlement général pour les Juifs (« General Juden-Reglement ») de l'année 1750 contenait une clause stipulant que tout Juif protégé devrait prêter le serment d'allégeance. En 1765, la question d'une augmentation du paiement pour la protection fut considérée. Vers la fin de la Guerre de Sept Ans, et par la suite, un certain nombre de Juifs influents et riches reçurent, sans frais, les mêmes droits que les marchands chrétiens, en raison de leurs services à l'État. Frédéric le Grand usa arbitrairement des Juifs pour ses fins. En 1779, les Juifs vivant dans la marche se chiffraient à 5 782, dont 3 409 venaient de Berlin. En 1899, ils se chiffraient à 18 394. [Voir aussi Berlin](/articles/3083-berlin) ; [Prusse](/articles/12405-prussia).