בצרה
געגנט: Mésopotamie & Orient
רעגיסטער איבערשנײַד · באַהיטער, נישט באַזיצער
פֿאַרעפֿנטלעכט דעם 19טן יוני 2026
Grand port juif du sud de l'Irak, lié au commerce de l'océan Indien.

Basra-Shatt-Al-Arab
Aziz1005 · CC BY-SA 2.5 · Wikimedia Commons

Saif in BasraAas
Saif Al7sain · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Al Basrah Oil Terminal (ABOT)
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الشيخ احمد العدوان الگايدي التميمي
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<a href="https://zakhor.ai/yi/grands-livres/lieux/bassora">Bassora — Zakhor</a>Citation
Bassora — Zakhor, https://zakhor.ai/yi/grands-livres/lieux/bassoraBassora — al-Baṣra en arabe, Baṣra dans les sources hébraïques et judéo-arabes — occupe une place singulière dans la géographie du monde juif. Située à l'extrémité sud de la Mésopotamie, à proximité du confluent du Tigre et de l'Euphrate (le Chatt-el-Arab) et au seuil du golfe Persique, la cité fut, pendant plus d'un millénaire, l'un des points de jonction entre la vieille Babylonie talmudique et les routes maritimes de l'océan Indien. La notice qui ouvre cet ouvrage la décrit comme un « grand port juif du sud de l'Irak, lié au commerce de l'océan Indien » : cette formule, juste dans son principe, mérite d'être déployée et nuancée.
Car Bassora ne fut jamais, à la différence de Bagdad, le siège des grandes académies rabbiniques qui firent la gloire du judaïsme babylonien. Sa vocation fut autre : elle fut un seuil, une porte, un point d'embarquement. C'est de là, ou par là, que des marchands juifs de langue arabe gagnèrent l'Inde à partir du XVIIIe siècle, donnant naissance à la diaspora dite « baghdadie » qui essaima à Surate, Bombay et Calcutta. Arabic-speaking Jews came to India as traders in the wake of the Portuguese, Dutch and British, and these « Baghdadis » — especially the Sassoons of Bombay and the Ezras of Calcutta — eventually established manufacturing enterprises. Le présent volume retrace cette histoire : de la Babylonie géonique aux réseaux commerciaux modernes, du port ottoman à la disparition presque totale de la communauté au milieu du XXe siècle.
L'Irak fut, pendant l'Antiquité tardive et le haut Moyen Âge, le cœur du judaïsme mondial. C'est sur le sol mésopotamien que fut compilé le Talmud de Babylone, et c'est là que siégèrent, après les amoraïm, les autorités religieuses appelées geonim. Les geonim dirigèrent les célèbres académies de Soura et de Poumbedita ; le terme désigne les directeurs des académies talmudiques de Babylonie, qui constituèrent l'autorité religieuse acceptée d'une grande partie du peuple juif durant le haut Moyen Âge. Bassora, fondée par les Arabes en 638, n'abrita pas l'une de ces grandes institutions, mais elle se trouvait dans l'orbite culturelle et économique du même monde juif babylonien.
Sa situation géographique en fit très tôt un avant-port. Aux époques abbasside puis ottomane, Bassora servait de débouché maritime à Bagdad et à toute la basse Mésopotamie. Les marchands juifs y trouvaient un point d'articulation entre le commerce terrestre — caravanes vers la Syrie, l'Anatolie et l'Iran — et le négoce maritime vers le golfe et au-delà. L'Irak conserva, longtemps après le déclin des académies, une vie juive continue et dense ; la communauté juive d'Irak compte parmi les plus anciennes du monde, sa présence remontant à l'Antiquité. Dans cet ensemble, Bassora fut moins un centre d'autorité religieuse qu'un poste avancé, tourné vers le large.
Sous domination ottomane, à partir du XVIe siècle, Bassora devint un vilayet et un port de commerce stratégique, disputé entre l'Empire ottoman et la Perse safavide pour le contrôle de l'accès au golfe. La communauté juive y vivait au sein d'une société plurielle — Arabes sunnites et chiites, chrétiens, marchands persans et indiens — où le négoce était l'activité dominante. Les juifs de Bassora, comme ceux de Bagdad, parlaient un dialecte judéo-arabe propre et entretenaient des liens étroits de famille et d'affaires avec la communauté de la capitale.
C'est précisément la fonction portuaire de Bassora qui lui donna son rôle historique. La ville était l'une des étapes obligées entre la Mésopotamie intérieure et les ports du golfe Persique tels que Bouchehr (Bushire). On en trouve un écho dans l'histoire familiale des Sassoon, la plus illustre dynastie issue de ce monde : le patriarche Sheikh Sason ben Salih devint le nasi — le chef — de la communauté juive de Bagdad, puis, en butte aux soupçons du pouvoir, fuit Bagdad pour Bassora, avant de gagner le port de Bouchehr sur le golfe Persique. Bassora apparaît ici dans son rôle exact : non pas point d'origine, mais relais sur la route du golfe et de l'Inde.
Le tournant majeur de l'histoire de Bassora juive se joue à la fin du XVIIIe siècle, lorsque des marchands juifs de Mésopotamie et de Perse commencèrent à gagner l'Inde. À la fin du XVIIIe siècle, des juifs des pays arabes et d'Iran arrivèrent en Inde ; collectivement appelés « juifs baghdadis », la plupart venaient effectivement de Bagdad, mais on comptait parmi eux des juifs venus de Syrie, d'Iran, du Yémen et d'autres lieux d'Irak. Bassora, port d'embarquement vers le golfe et l'océan Indien, fut l'un des points de passage de cette migration.
Les motifs en étaient doubles. Les Baghdadis vinrent en Inde en raison de persécutions religieuses dans leurs pays d'origine, mais aussi pour des raisons commerciales. Ce furent souvent des marchands déjà établis : la plupart des Baghdadis étaient de grands marchands et hommes d'affaires avant leur arrivée en Inde, et ils s'installèrent dans les principales villes commerçantes du pays, d'abord à Surate, puis à Bombay et à Calcutta à mesure que l'importance commerciale s'y déplaçait. L'élan fut soutenu par la présence britannique : encouragés par les Britanniques à se rendre en Inde pour étendre le commerce vers l'est, ils formèrent une vaste diaspora commerciale s'étendant de l'Europe à l'Asie ; en Inde, les Baghdadis s'établirent d'abord à Surate, puis à Calcutta et Bombay. Ainsi Bassora devint, par sa position, l'une des charnières d'un réseau marchand transocéanique reliant la Mésopotamie au sous-continent indien.
La figure emblématique de ce monde fut David Sassoon, dont le destin illustre la trajectoire reliant Bagdad, Bassora, le golfe et l'Inde. Issu d'une famille notable de Bagdad, contraint à l'exil par les troubles politiques, il refit fortune dans le commerce avant de s'établir à Bombay. David Sassoon fut considéré comme le plus prospère des marchands juifs baghdadis de la diaspora ; lui et sa famille façonnèrent à eux seuls la communauté juive de Bombay, édifiant la synagogue Magen David en 1861 — laquelle abritait un foyer et une école talmudique — ainsi que des hôpitaux, et employant de nombreux juifs ottomans dans sa vaste industrie textile.
Le modèle se répéta ailleurs sur le réseau. À Calcutta, d'autres dynasties prirent le relais : la communauté de Calcutta, dirigée par Moses Dwek ha-Cohen, fut elle aussi un centre d'industrie et reposa sur quelques familles très fortunées, notamment les Ezras et les Elias, qui finançaient écoles, emplois et organisation du culte. Ces familles conservèrent une double identité culturelle, fidèles à leurs origines mésopotamiennes tout en adoptant les usages de l'Empire britannique : la communauté juive baghdadie d'Inde fut unique ; ses membres demeuraient attachés aux traditions et coutumes irakiennes ou syriennes tout en embrassant un mode de vie et une éducation anglais. Bassora, comme port et comme lieu d'origine de certaines de ces familles, demeurait l'un des nœuds géographiques de la mémoire et des affaires de cette diaspora.
Au cœur du monde juif irakien, Bassora partageait avec Bagdad un patrimoine commun : la langue judéo-arabe, la liturgie séfarade-orientale et un tissu serré d'institutions communautaires — synagogues, écoles, tribunaux rabbiniques, sociétés de bienfaisance. La diaspora qui en était issue fut prolifique sur le plan culturel. Au XIXe siècle, les Baghdadis lancèrent des journaux en judéo-arabe, suivis de périodiques en langue anglaise des années 1930 aux années 1950. Cette production témoigne d'une vie intellectuelle dynamique, à cheval entre l'Orient et l'ordre colonial britannique.
L'éducation occupa une place centrale dans la reproduction de la communauté. Les grandes familles fondèrent des établissements où l'enseignement religieux se combinait à l'instruction moderne : l'école gratuite Jacob Sassoon, créée à Bombay au tournant du siècle, offrait un enseignement en anglais et en hébreu aux enfants baghdadis et garantissait presque l'embauche de ses diplômés — voire de ses élèves abandonnant les études — dans les firmes textiles Sassoon. À Bassora même, comme dans toute la communauté irakienne, l'attachement à la tradition orthodoxe demeurait fort, et les liens familiaux assuraient la circulation des hommes, des capitaux et des savoirs entre la cité-port et les comptoirs de l'océan Indien.
L'histoire de la Bassora juive se referme au milieu du XXe siècle, avec l'ensemble du judaïsme irakien. La communauté avait connu une longue continuité, mais les bouleversements politiques de la première moitié du siècle — montée du nationalisme arabe, conflit israélo-arabe, mesures discriminatoires et violences — précipitèrent son départ. La quasi-totalité de la communauté juive d'Irak émigra, l'essentiel de cette population gagnant Israël au début des années 1950.
Bassora, port qui avait jadis vu embarquer les marchands vers l'Inde, vit ainsi partir ses derniers juifs. Le grand mouvement d'émigration vida en quelques années une présence plurimillénaire ; l'une des plus anciennes communautés juives du monde, dont les racines remontaient à l'Antiquité, disparut presque entièrement lors de cette migration de masse. Ce qui subsiste aujourd'hui de la Bassora juive relève surtout de la mémoire et de l'archive : les noms de familles dispersées de Bombay à Londres, les synagogues d'Inde fondées par des descendants de marchands mésopotamiens, et les fonds documentaires conservés dans les institutions juives. La cité-port demeure, dans l'histoire du monde juif, le symbole d'un seuil franchi — celui qui mena du vieux foyer babylonien aux rivages de l'océan Indien.
L'histoire juive de Bassora ne se laisse pas réduire à celle d'une grande académie ou d'un centre rabbinique : elle est l'histoire d'un seuil. Située à la frontière de la Babylonie talmudique et de l'océan Indien, la cité fut un point d'articulation entre le commerce caravanier de la Mésopotamie et le négoce maritime du golfe Persique. C'est par cette porte que passa, à la fin du XVIIIe et au XIXe siècle, la migration des marchands juifs de langue arabe vers l'Inde, donnant naissance à la diaspora baghdadie et à des dynasties comme les Sassoon, dont l'influence s'étendit de Bombay et Calcutta jusqu'à Londres.
La notice initiale — « grand port juif du sud de l'Irak, lié au commerce de l'océan Indien » — se trouve ainsi confirmée dans son fond, à condition d'en préciser le sens : Bassora fut moins un foyer de savoir qu'un nœud d'échanges, un relais sur les routes des hommes et des marchandises. Avec l'exode du milieu du XXe siècle, cette présence s'éteignit presque entièrement, laissant derrière elle une mémoire diasporique et un riche corpus d'archives. Restituer cette histoire, c'est rappeler que le judaïsme irakien fut, jusqu'à son dernier siècle, un monde ouvert sur les mers.