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Zakhor
1949 – 1950 · Du Yémen à Aden, d'Aden à Lod

Sur des ailes d'aigles

Des familles marchent des semaines à travers le Yémen jusqu'à un camp d'Aden. Beaucoup n'avaient jamais vu d'avion, et le nom donné à l'opération vient d'un verset.

EstablecidoYémenAdenPont aérienAlya

La communauté juive du Yémen est l'une des plus anciennes et des plus isolées du monde — présente depuis l'Antiquité, avec sa propre tradition de prononciation de l'hébreu, ses manuscrits, ses orfèvres.

Après le plan de partage des Nations unies en 1947, des violences éclatent contre les Juifs d'Aden : environ quatre-vingt-deux morts. La situation devient intenable dans tout le pays.

Le camp de Hashed

L'imam du Yémen finit par autoriser le départ des Juifs. La Grande-Bretagne accepte l'ouverture d'un camp de transit à Aden, colonie britannique, où ils pourront se rassembler avant d'être transportés.

C'est le camp de Hashed. Il faut y venir : des familles entières traversent le pays à pied, parfois des semaines de marche depuis Sanaa ou depuis les villages du nord, en abandonnant tout.

Beaucoup arrivent épuisés, malades, affamés. Des milliers meurent au camp ou en chemin — c'est la part de cette histoire qu'on omet le plus souvent.

Le pont aérien

De la mi-1949 à septembre 1950, des avions américains et britanniques effectuent plus de trois cent quatre-vingts vols entre Aden et Israël, souvent tenus secrets. Le Joint — l'American Jewish Joint Distribution Committee — planifie, organise et finance.

Environ quarante-neuf mille personnes sont transportées. On surcharge les appareils bien au-delà des normes ; des enfants voyagent sur les genoux.

L'opération s'est d'abord appelée Tapis magique dans la presse. Son nom hébreu est Kenafei Nesharim — sur des ailes d'aigles —, tiré du verset de l'Exode : « Je vous ai portés sur des ailes d'aigles et amenés vers moi. »

Une légende, et ce qu'elle recouvre

On raconte que ces passagers, n'ayant jamais vu d'avion, sont montés sans crainte parce qu'ils reconnaissaient le verset qui leur avait été lu.

L'anecdote est belle et invérifiable ; elle circule dans toutes les versions de l'histoire. Ce qui est établi, c'est que le verset a servi à nommer l'opération et à expliquer aux familles ce qui allait leur arriver.

Il faut aussi dire ce que la légende recouvre : des gens qui ont abandonné leurs maisons, leurs livres, leurs cimetières, et qui n'ont emporté que ce qu'ils portaient.

L'arrivée

Comme pour les Juifs d'Irak deux ans plus tard, l'accueil fut rude — camps de toile, maladies, et une administration qui ne savait pas quoi faire d'une population rurale, très religieuse, parlant l'arabe.

S'y ajoute une blessure propre à cette communauté : l'affaire dite des enfants yéménites disparus, des centaines de nourrissons déclarés morts à l'hôpital dont les familles n'ont jamais vu les corps. Trois commissions d'enquête ont conclu à des décès réels dans la grande majorité des cas ; les familles continuent de contester, et le dossier n'est pas clos.

La rubrique ne tranche pas ce que trois commissions et cinquante ans de contentieux n'ont pas tranché. Elle note qu'un sauvetage réel et une blessure durable tiennent ensemble dans la même histoire.