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Zakhor
1648 – 1649 · Nemyriv, Toultchyn, Ukraine

Vingt sivan

Des Cosaques approchent en déployant des drapeaux polonais. On leur ouvre les portes. Le compte des morts n’a jamais pu être arrêté.

可能UkraineMassacresChiffresMémoire

En 1648, le soulèvement cosaque de Bohdan Khmelnytsky se dresse contre la domination polonaise en Ukraine.

Les Juifs y sont pris entre deux feux, et pour une raison précise : beaucoup tenaient en fermage les domaines de la noblesse polonaise, moulins, tavernes et péages. Ils étaient le visage visible d’un pouvoir lointain.

Cela n’explique pas ce qui a suivi. Cela explique pourquoi ils étaient les premiers atteints.

Nemyriv

Le 20 sivan 5408 — juin 1648 —, les Cosaques approchent de Nemyriv en déployant des drapeaux polonais.

Les habitants, croyant à des secours, ouvrent les portes de la ville.

Six mille Juifs y auraient été tués ou noyés. Toultchyn, Polonne, Ostroh, Zaslav et des dizaines d’autres villes suivent.

Le problème des chiffres

Les estimations vont de cent mille à cinq cent mille morts selon les sources, et plus de trois cents communautés détruites.

Ces nombres viennent pour l’essentiel des chroniques hébraïques de l’époque, dont le Yeven Metzoula de Nathan Hannover, écrites dans un genre de lamentation qui ne compte pas comme un registre.

L’historiographie récente les révise fortement à la baisse — la population juive totale de la région ne pouvait guère les soutenir. Le registre du probable s’impose donc sur l’ampleur, jamais sur le fait.

Ce que la mémoire en a fait

Le 20 sivan est devenu jour de jeûne dans les communautés polonaises, et l’est resté jusqu’au XXᵉ siècle.

Les listes de martyrs, les selihot composées pour l’occasion, les livres de mémoire communautaires : tout un appareil de commémoration s’est bâti sur ces années.

C’est l’événement qui a fait entrer 1648 dans le calendrier juif — au même titre que le 9 av, et par les mêmes moyens.

Ce qui a suivi

Le centre de gravité du judaïsme européen se déplace. Des dizaines de milliers de survivants gagnent l’ouest, l’Allemagne, Amsterdam ; d’autres sont vendus comme captifs et rachetés par les communautés d’Orient.

Dix-huit ans après, Shabbetaï Tsevi trouve en Pologne et en Ukraine ses partisans les plus ardents. Le lien entre le désastre et l’attente messianique a été soutenu par Graetz et discuté depuis ; il est plausible et non démontré.

Khmelnytsky est, en Ukraine, un héros national et une figure de la libération. Les deux mémoires coexistent sans se toucher, et ce récit ne prétend pas les concilier.