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Zakhor
本项目之书

Zakhor.ai 项目

机器时代的犹太家系记忆

18 chapitres128,674 mots~284 pages200 figures convoquées

一部十八章的随笔,讲述这个项目试图做什么、冒着什么风险、承担了什么——写于语料库诞生六周之后,出自一个尚不知能否成功的团体之手。

这不是平台的介绍,而是一次省察。书中如实给出数字,指出可以向它提出的最严厉反驳,并召来二百位犹太教的伟大人物——从亚伯拉罕到耶鲁沙尔米——其中许多人并不赞同。为本项目命名的耶鲁沙尔米,以一个问题而非一句祝福结束全书。

书中没有一个数字是编造的:所引数字取自生产数据库,采集于2026年7月29日和8月2日。没有任何引语是编造后归于真实作者的。凡出处不确之处,正文均予说明。

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PDF · 152 × 229 mm

书籍开本 152 × 229 毫米,可直接付印装订。

Markdown · CC BY-SA

完整手稿,Markdown 格式,可引用、可再利用。

本书内容
  1. 01PréfaceCe que je n'ai pas su demander à temps
  2. 02IntroductionMille quatre cent seize (1 416) livres et seize (16) contributions
  3. 03GenèseD'un PDF de famille à un corpus
  4. 04ObjectifsCe que nous essayons de faire, et dans quel ordre
  5. 05Le projet politiqueUne souveraineté documentaire
  6. 06Le projet historiqueÉcrire l'histoire sans historiens ?
  7. 07Le projet mémorielLe registre et la voix
  8. 08Le projet populaireUne archive que le peuple écrit
  9. 09L'arche de Noé du XXIᵉ siècleCe qu'on emporte, ce qu'on laisse
  10. 10Morphologie des lignéesCe que six mille quatre cent quarante (6 440) histoires ont en commun, et ce qu'elles refusent de partager
  11. 11La machinerieCe qui tourne pendant qu'on dort, et ce que cela coûterait en hommes
  12. 12Comment qualifier la réussiteContre les métriques qui mentent
  13. 13Si la collecte est richeCe qu'on pourra faire du matériau — et ce qu'il ne faudra jamais en faire
  14. 14Le futur du projetCent ans, cinq cents ans, mille, deux mille, dix mille
  15. 15Si l'outil avait existéQuatre uchronies, et ce qu'elles coûtent
  16. 16Regards croisésDeux cents (200) figures du judaïsme examinent le projet
  17. 17ConclusionLe livre qui n'est pas fini
  18. 18Bibliographie raisonnée
四段选摘

按原文照录,以原书语言呈现;删节处以 […] 标明。

Ce que je n'ai pas su demander à tempsPréface

Il y a une question que je n'ai pas posée à temps. Elle tenait en cinq mots, elle aurait pris une minute, et il aurait suffi d'un après-midi, d'un dimanche, d'un de ces déjeuners qui s'étirent et où l'on ne sait plus quoi dire de plus. Le nom entier d'une aïeule — celui d'avant le mariage, avec la ville où elle était née et l'année, si quelqu'un la savait encore. J'ai pensé le demander. J'ai pensé qu'il serait toujours temps.

Il n'a pas été toujours temps. C'est même remarquable, la vitesse à laquelle il cesse d'être temps. Une génération s'en va et emporte, sans le savoir, ce qu'elle croyait évident. Personne ne meurt en pensant qu'il détient une archive. On meurt en pensant qu'on a raconté cent fois cette histoire et que tout le monde la connaît. Or personne ne la connaît. Nous écoutions distraitement, nous étions jeunes, nous avions autre chose à faire, et nous étions certains que les vieux dureraient.

Ce livre est né de cette faute-là. Pas d'une intuition d'entrepreneur, pas d'une analyse de marché, pas d'un projet de recherche : d'une faute d'inattention, très ordinaire, que des millions de gens commettent chaque année dans toutes les familles du monde, et qui, dans une famille juive, se paie un peu plus cher parce qu'il y a déjà eu tant de choses perdues avant nous.

[…] J'ai découvert, en cherchant, trois choses que je ne soupçonnais pas. La première, c'est que l'essentiel de la mémoire juive n'est nulle part. Nous avons pris l'habitude de penser que le judaïsme est une civilisation d'archives, ce qui est vrai pour ses textes et radicalement faux pour ses gens. Nous avons le Talmud dans son intégralité et nous n'avons pas le nom du grand-père de la plupart d'entre nous. Les grandes familles rabbiniques sont documentées sur vingt générations ; les colporteurs, les tailleurs, les femmes surtout, ont disparu sans trace. Ce déséquilibre n'est pas un accident : l'archive conserve ce qui écrit, et ce qui écrit est ce qui a du pouvoir. Une histoire faite des seules sources disponibles est une histoire des puissants, même quand ils étaient pauvres.

Le troisième délugeIntroduction

Il y a une raison de hâte, et elle n'est pas seulement démographique.

La première raison, connue, est que la génération qui a vu le XXᵉ siècle s'en va. La deuxième, également connue, est que les archives familiales sortent des maisons au moment des successions, et que ce qui n'a pas de valeur marchande ne survit pas à un déménagement.

La troisième est neuve. Nous entrons dans une période où une photographie, une lettre manuscrite, un enregistrement de voix pourront être fabriqués sans qu'aucun examen ordinaire ne permette de les distinguer d'un original. La conséquence n'est pas que de faux documents circuleront — il en a toujours circulé. Elle est que les vrais perdront leur crédibilité, rétroactivement, tous ensemble. Le soupçon ne s'applique pas seulement aux documents à venir : il contamine ceux qui existent déjà, parce qu'il ne porte plus sur tel objet mais sur la possibilité même de l'objet.

Dans un tel monde, la valeur d'un document ne réside plus dans le document. Elle réside dans sa chaîne de garde : qui l'a déposé, quand, d'où il venait, qui l'a examiné, ce qu'on en a dit, à quel moment on a changé d'avis et pourquoi. Le versionnement intégral, l'attribution, la datation, le refus d'effacer — qui ressemblaient hier à des scrupules d'archiviste — deviennent la seule chose qui distingue un souvenir d'une hallucination.

C'est l'argument le plus fort du projet, et il ne lui appartient pas en propre : il vaut pour toute mémoire, de tout peuple, dans les décennies qui viennent. Il se trouve seulement que les Juifs ont quelques siècles d'avance dans la pratique consistant à conserver des textes en notant qui les a transmis, et de qui celui-là les tenait.

Venise, septembre 1943Morphologie des lignées

La famille Jona, de Venise. La notice tient en deux lignes et donne une date de fin : 1943. Giuseppe Jona était président de la communauté juive de Venise. En septembre 1943, les autorités allemandes lui demandèrent la liste des Juifs de la ville. Il détruisit les registres et se donna la mort.

Il n'y a rien à ajouter. On peut seulement noter ce que ce geste fait à un projet comme le nôtre, qui est fondé sur le principe du non-effacement : le seul acte qui ait sauvé des vies juives à Venise en septembre 1943 fut la destruction d'une base de données. Un registre de communauté est un instrument de transmission ; il est aussi, entre certaines mains, un instrument de mort. Giuseppe Jona a choisi entre la mémoire et les vivants, et il a choisi les vivants, en sachant qu'il détruisait la mémoire — la sienne comprise, puisque nous ne savons de sa famille que ce que cette phrase en dit.

C'est la seule objection à ce projet à laquelle nous n'avons pas de réponse. Nous avons des chiffrements, des exports, des licences ouvertes, des sauvegardes réparties. Nous n'avons rien contre l'usage qu'un État pourrait faire, un jour, d'une liste bien tenue de familles juives, de leurs lieux et de leurs descendants. Le corpus ne contient aucune donnée sur les personnes vivantes qu'elles n'y aient déposée elles-mêmes, et c'est la seule protection réelle : ne pas savoir. Ce n'est pas une réponse. C'est une prudence.

Dolgonos, ou le long nezMorphologie des lignées

Le corpus en garde de beaux spécimens. Dolgonos, attesté dans la région de Kiev, sobriquet slave signifiant « long nez ». Harkavy, du slave garkavy, « celui qui grasseye » — nom porté par l'orientaliste Abraham Harkavy et par le lexicographe Alexander Harkavy, ce qui veut dire qu'une famille surnommée d'après un défaut d'élocution a donné deux hommes qui ont passé leur vie dans les mots. Alhoul, du Constantinois : « l'homme qui louche ». Bohbot, du berbère : « l'homme au gros ventre ». Didi, du berbère encore : « petite blessure », et par extension « celui qui a peur du moindre mal » — un patronyme qui signifie douillet. […] Il y a dans le corpus plus de familles nommées d'après leur petite taille que d'après une vertu.

Les noms de métier ont leur propre poésie involontaire. Beigel : « bretzel ». Puterman : « homme du beurre ». Zuckerbrot : « pain de sucre ». Belfer : « assistant du maître d'école », c'est-à-dire l'homme qui portait les enfants sur son dos jusqu'au heder les matins de boue. Szwajcer : « le Suisse », employé pour désigner un concierge, si bien que des familles polonaises se sont appelées « Suisse » pendant deux siècles sans que personne n'ait jamais vu les Alpes.

[…] Reste la question la plus intéressante, et elle nous concerne. Pourquoi les livres de ce corpus ne sont-ils jamais drôles ? Mille quatre-vingt-quinze Grands Livres de lignée, cinq millions de mots, et pas une plaisanterie. Ce n'est pas seulement que la machine qui les écrit n'a pas d'humour : un modèle de langue sait très bien produire du comique quand on le lui demande. C'est que le comique juif est un art du point de vue — il suppose quelqu'un qui a le droit de se moquer, parce qu'il est dedans. On ne peut pas rire d'une famille qu'on ne connaît pas ; on ne peut pas rire à sa place. […]

On ne mesure pas la vitalité d'une archive au nombre de ses pages : on la mesure à sa capacité de contenir une blague de famille.

本书目前仅有法文版。它向本站十三种语言的翻译将遵循与“大书”相同的规则:任何已发表的文本都不应只以一种语言可读。

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