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Zakhor
1503 – 1972 · Lutsk, Volhynie

La kenessa

Cent vingt-six Caraïtes pour mille sept cent dix-neuf rabbanites : une minorité dans la minorité, qui a tenu quatre siècles en Volhynie.

已确立CaraïtesVolhynieMinoritéArchives

Les Caraïtes ne reconnaissent que l’Écriture, et rejettent la loi orale — le Talmud et ses développements. Le schisme remonte au VIIIᵉ siècle en Mésopotamie.

Des communautés caraïtes se sont installées en Lituanie, en Volhynie et en Ruthénie rouge, venues de Crimée. Celle de Lutsk est l’une des plus anciennes d’Europe orientale.

Deux communautés dans une ville

Rabbanites et Caraïtes sont rétablis à Lutsk en 1503, après les expulsions du grand-duché de Lituanie.

Le dénombrement de 1765 donne mille sept cent dix-neuf rabbanites et cent vingt-six Caraïtes, en comptant ceux des villages voisins.

Le rapport est d’environ un à quatorze. Les Caraïtes de Lutsk sont donc une minorité à l’intérieur d’une minorité, et ils ont tenu quatre siècles à cette échelle.

Le bâtiment

Leur lieu de culte s’appelle une kenessa. Celle de Lutsk est bâtie en 1814 ; elle passait pour la plus ancienne d’Ukraine et fut le centre de la vie caraïte en Volhynie.

Elle a brûlé en 1972.

Ni la guerre ni l’occupation ne l’avaient emportée : un incendie de temps de paix, vingt-sept ans après.

Ce qui reste, et pourquoi c’est précieux

Les archives de Lutsk conservent un registre des naissances, décès et mariages de 1871 à 1947, et les listes de recensement de 1834 et 1858 avec noms et âges.

La collection Józef Sulimowicz réunit environ deux cents manuscrits et documents caraïtes de Lutsk.

Pour une population de quelques dizaines de familles, c’est une documentation dense — assez pour reconstituer une démographie et des lignées entières, ce qu’on ne peut presque jamais faire à cette échelle.

Une question qui n’est pas close

Le statut des Caraïtes d’Europe orientale a été âprement discuté au XIXᵉ et au XXᵉ siècle : sont-ils une branche du judaïsme, ou un peuple distinct de langue turque ?

La question n’était pas académique. Elle a décidé de qui vivait : les autorités allemandes ont, après examen, classé les Caraïtes hors de la définition raciale appliquée aux Juifs, et la plupart des communautés caraïtes ont survécu là où les communautés rabbanites voisines étaient anéanties.

Ce que cette décision doit à l’érudition, à la stratégie des intéressés et au hasard bureaucratique fait encore l’objet de travaux. La rubrique note le fait et n’en tire pas de leçon.