צנעא
地区: Diaspora orientale & extrême-orientale
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发布于 2026年6月19日
Cœur du judaïsme yéménite et de sa tradition manuscrite.

Sanaa 1946
Naval Intelligence Division · Public domain · Wikimedia Commons

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Mohamed Hashem Muzayed · CC BY 4.0 · Wikimedia Commons

Sanaa, Yemen (7)
Hasso Hohmann · CC BY 4.0 · Wikimedia Commons

San'a03 flickr
ai@ce · CC BY 2.0 · Wikimedia Commons
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Sanaa — Zakhor, https://zakhor.ai/zh/grands-livres/lieux/sanaaAu cœur des hautes terres du Yémen, à plus de deux mille deux cents mètres d'altitude, la ville de Sanaa a longtemps abrité l'une des communautés juives les plus anciennes, les plus continues et les plus savantes du monde. Sa notice tient en une phrase — « cœur du judaïsme yéménite et de sa tradition manuscrite » — mais derrière cette concision se déploie une histoire de plus de deux millénaires, faite d'enracinement, de savoir religieux, de résilience face à l'adversité, et finalement d'un exode quasi total au milieu du XXe siècle.
La présence juive dans la péninsule Arabique précède de loin l'islam. Les Juifs qui vivaient dans la péninsule Arabique avant la période romaine se concentraient principalement dans deux régions — le Yémen et le Hedjaz (l'actuel nord-ouest de l'Arabie saoudite). Sanaa, capitale naturelle des plateaux yéménites, devint avec le temps le centre de gravité de cette judéité méridionale. À la fois ville sainte de l'islam zaydite et foyer d'une minorité juive tenace, Sanaa incarne la rencontre — souvent féconde, parfois violente — entre deux mondes qui partagèrent pendant des siècles le même espace urbain.
Le présent ouvrage retrace cette histoire selon une trame chronologique et thématique, depuis les traces les plus anciennes d'une présence israélite dans la région jusqu'à l'effacement physique de la communauté lors des grands airlifts de 1949-1950. Une attention particulière est portée à ce qui fait la singularité de Sanaa dans l'imaginaire juif : sa prodigieuse tradition manuscrite, ses copistes, ses massorètes, et la transmission ininterrompue d'un rite et d'une langue liturgique propres.
也门犹太人存在的久远历史,既有考古发现为证,亦有传统记忆为凭。据研究萨那犹太人聚居区的学者所编目录,在距城市550米高处的Jabal Nuqūm山顶,据称发现了公元前589年的犹太铭文,以及一座会堂与两处礼仪浴池的遗迹。尽管此类遗迹的断代至今仍有争议,却见证了这一社群所宣称的深厚历史根基。
这段古老历史中最具标志性的事件,是当时统治阿拉伯半岛南部的Himyar王国皈依犹太教。Himyar王国位于今也门境内,其皈依犹太教一事,或许是香料贸易战争中的一步政治棋局。该王国建立于公元前110年,延续至公元570年。时至今日,它最常被称为"犹太王国",盖因在某一时期,犹太教曾是其主导信仰。
也门犹太传统为这段起源披上了传奇的叙事外衣。关于Himyar国王与犹太人之间,流传着一段引人入胜的故事。史料记载了最后一位皈依犹太教的Himyar国王Yūsuf Asʾar Yathʾar,即更为人知的Dhū Nuwās。据说,圣贤之士从Tiberiade专程来到Himyar,为此人Joseph Dhu Nuwas主持皈依,此举被认为赋予其皈依更为厚重的分量。然而历史学家态度审慎:皈依并非全面彻底,国中异教徒与犹太人并存;其皈依究竟出于真诚信仰抑或政治算计,亦仍有争议。这种宗教归属与政治谋略之间的张力——以及更广泛意义上社群记忆与学术审慎判断之间的张力——贯穿了整个起源问题的讨论。Himyar的覆灭以Najran基督徒遭受迫害及埃塞俄比亚势力介入为标志,终结了这段王朝历史,却在身后留下了一个根深蒂固的犹太人群体,萨那此后将成为这一群体长久的中心。
Avec l'avènement de l'islam au VIIe siècle, les Juifs du Yémen entrèrent dans le statut de dhimmis, protégés mais soumis à des restrictions. Sanaa, devenue ville musulmane majeure, conserva pourtant en son sein une minorité juive active et lettrée. Les sources arabes médiévales en gardent la trace précise. Le chroniqueur yéménite Aḥmad al-Rāzī (mort vers 1068) indique que trente-cinq des 1 040 maisons de Sanaa en 991 étaient occupées par des Juifs. Cette donnée, rare pour l'époque, atteste la continuité d'une présence urbaine intégrée au tissu de la cité.
Le centre de cette vie communautaire était la synagogue. La synagogue constituait le centre spirituel de la vie juive de la ville, lieu d'étude autant que de prière. Autour d'elle se structurait une société de marchands, d'artisans — notamment des orfèvres dont la réputation traversait la région — et de savants versés dans la halakha et la transmission scripturaire.
L'épisode intellectuel le plus célèbre de la période médiévale est l'échange entre la communauté yéménite et Moïse Maïmonide, le plus grand maître juif de son temps. L'Épître au Yémen, probablement une compilation de plusieurs responsa plus courts, fut écrite par Maïmonide vers 1172 en réponse à une demande de Jacob ben Netanʾel al-Fayyūmi, alors chef de la communauté juive du Yémen. L'Épître au Yémen, Iggeret Teiman, naquit en raison d'une persécution religieuse et d'une hérésie dans le Yémen du XIIe siècle. Cette correspondance — destinée à raffermir une communauté ébranlée par les conversions forcées et l'apparition d'un faux messie — scella un lien spirituel durable entre les Juifs du Yémen et la grande tradition rabbinique. En signe de reconnaissance, les Yéménites intégrèrent le nom de Maïmonide dans la prière du Kaddish, usage qui demeura propre à leur rite.
À l'époque moderne, la vie juive de Sanaa se concentra dans un quartier distinct, le Qāʿ al-Yahūd (« le quartier des Juifs »), situé à l'ouest de la vieille ville fortifiée. Ce quartier, aujourd'hui largement documenté par les archives et les fonds photographiques, constituait un monde en soi. Le quartier juif (Qaʿ al-Yahud) de Sanaa abritait synagogues, écoles religieuses et ateliers, et fonctionnait selon une organisation communautaire autonome dans les limites imposées par le pouvoir imamique zaydite.
La documentation visuelle du quartier est précieuse. Une mission néerlandaise menée par G. Flieringa et C. Adriaanse en 1934 a laissé un témoignage iconographique remarquable, recensant le quartier juif lors de la visite de G. Flieringa et C. Adriaanse en 1934, les maisons juives, des portraits comme celui d'Israel Suberi, des garçons juifs, et un manuscrit hébreu acquis par Adriaanse. Ces clichés et acquisitions, conservés en Europe, offrent une fenêtre rare sur l'architecture, le costume et la vie matérielle d'une communauté qui allait bientôt disparaître de son lieu d'origine.
Le quartier était le théâtre d'une intense activité religieuse et professionnelle. Les Juifs de Sanaa, soumis à des métiers réservés, excellaient dans l'orfèvrerie, le travail du métal, la couture et le commerce. Cette spécialisation artisanale, loin d'être une simple contrainte, donna naissance à un savoir-faire d'exception, notamment dans la filigrane d'argent, dont les pièces sont aujourd'hui recherchées dans les musées. La vie était rythmée par les fêtes, les rites de passage et l'étude, dans un cadre où la pression du statut de dhimmi — port obligatoire de vêtements distinctifs, interdiction de surplomber les maisons musulmanes — coexistait avec une vie spirituelle d'une richesse remarquable.
Si Sanaa mérite le titre de « cœur de la tradition manuscrite » du judaïsme yéménite, c'est en raison de la fidélité exceptionnelle de ses copistes à la transmission du texte biblique et de la richesse de ses scriptoria. Les Juifs du Yémen conservèrent un système massorétique d'une grande précision, ainsi que des traditions de vocalisation et de cantillation tenues pour particulièrement archaïques et conservatrices.
L'ampleur de ce patrimoine est attestée par les collections constituées à l'époque contemporaine. Une figure centrale de cette sauvegarde fut Yehuda Levi Nahum. Yehuda Levi Nahum (1915-1998) naquit à Sanaa, au Yémen, et, à l'âge de 14 ans en 1929, gagna la terre d'Israël, où il vécut d'abord à Jérusalem, puis plus tard à Tel-Aviv. Sa passion donna naissance à un ensemble documentaire de premier ordre. Cette collection est animée par la passion dévorante d'un seul homme pour son héritage.
Ce fonds illustre la valeur universelle des manuscrits issus de la sphère yéménite. La Bibliothèque nationale d'Israël a acquis la plus grande collection au monde de manuscrits juifs yéménites, comprenant notamment une copie rare de Maïmonide en judéo-yéménite. Ces documents — bibles vocalisées, traités talmudiques, recueils de poésie liturgique, copies du Mishneh Torah de Maïmonide en traduction judéo-arabe — constituent une source irremplaçable pour l'histoire textuelle du judaïsme. Au-delà de leur intérêt scientifique, ils témoignent d'une civilisation du livre : dans les foyers de Sanaa, la copie, la lecture et la mémorisation du texte sacré formaient le socle de l'identité. La langue de transmission, le judéo-arabe yéménite, et la pratique partagée de la lecture du Targum araméen lors des offices, achèvent de faire de Sanaa un conservatoire vivant des formes les plus anciennes de la tradition juive.
1948年以色列建国打破了阿拉伯世界犹太社区延续数百年的平衡。1948年以色列建国后,生活在中东和北非阿拉伯语国家的约百万犹太人面临着全新的处境,往往充满敌意与不安全感。也门也不例外,其犹太社区几乎全体选择了离开。
这一历史性事件的核心,是一场规模空前的空运行动,在集体记忆中以"飞毯行动"之名流传——On Wings of Eagles,"在鹰翼之上",典出先知书中的经文。飞毯行动于1949年11月8日启动,是一项重大的空中桥梁行动,旨在将超过4万名也门犹太人迁往以色列——这个新建立的国家正面临着巨大的地区挑战。当地政权批准了这次大规模离境。也门伊玛目准予犹太人移民;尽管以色列在独立战争结束时已满目疮痍、几近破产,其首任总理David Ben-Gourion仍下令立即迅速地实施"聚集"。
关于这场流亡的数字,各方来源略有出入,但总体量级相当可观。飞毯行动期间,约4.9万名也门犹太人——其中大多为儿童——从也门、亚丁、吉布提、厄立特里亚和沙特阿拉伯乘飞机抵达以色列。这场流亡宣告了延续千年的Sanaa犹太存在的终结。Qāʿ al-Yahūd人去楼空;会堂归于沉寂;金银匠的作坊相继关闭。留守者不久便寥寥无几,这座城市就此失去了它作为犹太家园长达两千年的生命。
Privée de sa communauté, Sanaa n'en demeure pas moins, dans la conscience juive, un nom chargé de prestige et de nostalgie. L'héritage yéménite s'est transplanté en Israël, où les descendants des Juifs de Sanaa ont perpétué leur rite distinct, leur liturgie, leurs mélodies et leur cuisine. Le rite Baladi, fidèle aux usages anciens et à l'autorité de Maïmonide, continue d'être pratiqué dans les synagogues yéménites de la diaspora israélienne, témoignant de la vitalité d'une tradition arrachée à son sol.
La dimension la plus durable de cet héritage est le patrimoine écrit. Les manuscrits sauvegardés — dont la collection rassemblée par Yehuda Levi Nahum, devenue partie intégrante des fonds de la Bibliothèque nationale d'Israël — perpétuent la mémoire scripturaire de la ville. Un trésor de manuscrits éclaire l'histoire des Juifs au Yémen, et c'est par ces objets de parchemin et d'encre que Sanaa parle encore. La documentation photographique européenne, telle celle de la mission néerlandaise de 1934, complète ce tableau en restituant les visages et les pierres d'un quartier désormais disparu.
Ainsi se rejoignent la mémoire et l'archive : la tradition transmet le souvenir d'un foyer prestigieux, et les documents conservés en confirment la réalité matérielle et intellectuelle. Sanaa appartient désormais à l'histoire — celle d'une cité où, pendant deux millénaires, une minorité fidèle copia, pria et transmit, faisant de ses ruelles un haut lieu du judaïsme universel.
L'histoire juive de Sanaa dessine une trajectoire complète : des origines antiques liées au royaume de Himyar, attestées par des inscriptions et enveloppées de récits, jusqu'à l'exode quasi total de 1949-1950 ; en passant par la vie médiévale documentée par les chroniqueurs arabes, le dialogue avec Maïmonide, et l'épanouissement d'une civilisation du manuscrit. Tout au long de ces siècles, la communauté de Sanaa conjugua l'enracinement local et la fidélité à une tradition juive universelle, conservant des formes liturgiques et textuelles que la recherche tient aujourd'hui pour parmi les plus anciennes.
La singularité de Sanaa tient à cette double nature : ville sainte de l'islam zaydite et capitale spirituelle d'une minorité juive savante. Cette coexistence, faite de protection statutaire et de restrictions, de proximité et de distance, permit la survie d'un foyer juif là où d'autres s'éteignirent. Lorsque l'opération aérienne de 1949 transporta des dizaines de milliers de Juifs yéménites vers Israël, ce fut la fin d'une présence millénaire, mais non la disparition de son héritage : transplantée, la tradition de Sanaa continue de vivre dans le rite, la langue et surtout les manuscrits que ses fils emportèrent ou que des collectionneurs sauvegardèrent. Sanaa demeure, à ce titre, le cœur historique du judaïsme yéménite, un nom où la mémoire et l'archive se confirment mutuellement.