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Zakhor
novembre 1956 – 1957 · Le Caire, Alexandrie, Suez

Le second exode

Une communauté présente en Égypte depuis l’Antiquité en sort en quatorze mois. Beaucoup n’avaient aucune nationalité à faire valoir.

VastgesteldÉgypteSuezApatridieExpulsion

La présence juive en Égypte remonte à l’Antiquité — Éléphantine, Alexandrie, la gueniza du Caire. Au XXᵉ siècle, la communauté compte encore plusieurs dizaines de milliers de personnes, très présentes dans le commerce, les professions libérales et la vie culturelle du Caire et d’Alexandrie.

Le 29 octobre 1956, Israël attaque le Sinaï ; la France et le Royaume-Uni interviennent pour reprendre le canal de Suez, que Nasser venait de nationaliser.

Ce qui suit immédiatement

Le gouvernement égyptien engage contre les Juifs une série de mesures : internements, séquestres de biens, retraits de nationalité, ordres d’expulsion.

Environ un millier de personnes sont arrêtées ou emprisonnées ; cinq cents sont expulsées formellement.

Fin novembre, les ordres d’expulsion sont étendus aux Juifs apatrides comme à ceux de nationalité égyptienne. Les autorités visent, selon leurs propres termes, les Juifs de toutes nationalités.

Le problème de l’apatridie

C’est le point qu’on omet le plus souvent, et il est décisif.

Beaucoup de Juifs d’Égypte n’avaient pas la nationalité égyptienne. Sous les Ottomans puis sous le protectorat britannique, la population avait vécu sous des statuts personnels et des protections consulaires ; la loi de nationalité de 1929, puis celle de 1950, avaient laissé des dizaines de milliers de personnes sans passeport d’aucun État.

Expulsées, elles n’avaient aucun pays à qui l’on pût les remettre. Elles sont parties avec un laissez-passer portant la mention aller sans retour.

Le compte

Entre novembre 1956 et la fin de 1957, vingt-trois à vingt-cinq mille Juifs quittent l’Égypte.

Les biens sont mis sous séquestre. On emportait une valise et une somme dérisoire.

Ils se dispersent en France, en Italie, au Brésil, aux États-Unis, en Israël. Une part importante s’établit à Paris, où les communautés d’Égypte restent identifiables jusqu’à aujourd’hui.

Ce que 1956 ferme

L’émigration avait commencé après 1948 ; 1956 la rend massive et irréversible. Une nouvelle vague suivra en 1967.

Il ne reste aujourd’hui en Égypte qu’une poignée de personnes, et un patrimoine — synagogues, cimetières, la Ben Ezra du Caire — dont l’entretien fait périodiquement l’objet de programmes officiels.

Deux mille cinq cents ans de présence, close en quatorze mois. C’est le même mouvement qu’en Irak cinq ans plus tôt, avec une différence : ici, beaucoup n’avaient même pas une nationalité à perdre.