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Zakhor
décembre 1938 – mai 1940 · Berlin, Harwich

Deux cents enfants

Le 2 décembre 1938, un bateau accoste en Angleterre avec deux cents enfants d’un orphelinat de Berlin. Les parents n’avaient pas le droit de venir.

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Après le pogrom de novembre 1938, le gouvernement britannique autorise l’entrée de mineurs de moins de dix-sept ans venus du Reich, comme réfugiés.

Le 2 décembre 1938, le premier convoi accoste à Harwich : environ deux cents enfants d’un orphelinat juif de Berlin, détruit pendant la Nuit de cristal.

De décembre 1938 à mai 1940, environ dix mille enfants seront mis à l’abri par ce dispositif.

La condition

Les parents ou tuteurs ne pouvaient pas accompagner les enfants.

C’est la clause qui décide de tout. Elle a rendu l’opération politiquement acceptable en Grande-Bretagne : on n’accueillait pas des familles, donc pas des concurrents sur le marché du travail.

Et elle a fait de chaque départ une séparation définitive. La plupart de ces enfants n’ont jamais revu leurs parents, assassinés pendant la Shoah.

Ce que les parents ont fait

Ils ont inscrit leurs enfants, préparé une valise, cousu un numéro sur un manteau, accompagné jusqu’au quai, et souri.

Beaucoup de récits d’anciens Kinder rapportent la même chose : les parents faisaient bonne figure sur le quai pour que l’enfant monte sans pleurer.

C’est ce geste-là qu’il faut retenir, et il n’a pas de nom dans aucune langue.

Ce qui les attendait

Des familles d’accueil, des foyers, des fermes. Certaines familles étaient chaleureuses, d’autres exploitaient, quelques-unes ont cherché à convertir.

À dix-sept ans, beaucoup ont été mobilisés ou envoyés au travail. Certains, ressortissants du Reich, ont été internés en 1940 comme ennemis étrangers.

Ils ont grandi anglais, ont perdu l’allemand, et un grand nombre n’ont su qu’après la guerre ce qu’il était advenu des leurs.

Ce qu’on en dit, et comment

Le Kindertransport figure au bilan britannique comme un acte d’humanité, et il en est un : dix mille enfants ont vécu.

Il est aussi la mesure de ce qui n’a pas été fait. Le même pays a refusé d’assouplir ses quotas pour les adultes, et maintenu le Livre blanc qui fermait la Palestine.

Sauver les enfants seuls, c’est la forme minimale du secours — celle qui ne coûte rien à celui qui l’accorde, et tout à celui qui la reçoit.