Naar de inhoud
Zakhor
1939 – 1969 · Hambourg, Stuttgart, Caracas

Des dessins sans papier

Architecte à Hambourg, réfugiée au Venezuela, elle passe la moitié de sa vie à autre chose. Puis elle tend des fils d'acier dans une salle et invente une sculpture qui n'a pas de masse.

VastgesteldGegoExilVenezuelaSculpture

Gertrud Louise Goldschmidt naît à Hambourg le 1ᵉʳ août 1912, dans une famille juive. Elle part étudier l'architecture à Stuttgart auprès de Paul Bonatz et obtient en 1938 un diplôme d'architecte et d'ingénieur.

En 1939, elle fuit l'Allemagne. Elle arrive au Venezuela, où elle travaille d'abord comme architecte, puis comme designer.

Elle prendra le nom de Gego — contraction de Gertrud Goldschmidt.

Commencer tard

Elle ne se met à l'art avec intensité qu'au milieu des années 1950, passé quarante ans : gravure, sculpture, dessin.

Le Venezuela des années 1950 et 1960 est un foyer d'art cinétique et géométrique — Soto, Cruz-Diez, Otero — porté par la richesse pétrolière et par une commande publique abondante. Gego y travaille sans appartenir à ce mouvement.

Reticulárea

En 1969, elle installe au Museo de Bellas Artes de Caracas une œuvre faite de fils d'acier inoxydable fins, noués en réseaux irréguliers, tendus à travers toute une salle.

Elle l'appelle Reticulárea. Le visiteur n'est pas devant : il entre dedans.

L'objet n'a pas de centre, pas de face, pas de masse. Il module l'espace au lieu de l'occuper. Gego appelait ses œuvres des dessins sans papier.

Ce que son métier y fait

On ne peut pas séparer cela de sa formation. Une ingénieure sait ce qu'est une structure, comment une charge se répartit, ce qu'un nœud transmet.

Ce qu'elle fabrique n'est pas une forme mais un système de relations — des lignes qui ne tiennent que les unes par les autres, et dont aucune n'est plus importante que sa voisine.

Il faut résister à la tentation d'y lire une allégorie de l'exil. Gego ne l'a jamais formulée ainsi, et elle parlait de sa pratique en termes de ligne, d'espace et de tension.

Retrouvée

Gego meurt à Caracas en 1994. Son œuvre reste longtemps peu connue hors du Venezuela.

Depuis les années 2000, elle est entrée dans les collections et les rétrospectives des grands musées — Guggenheim, Museum of Modern Art, Royal Academy.

Une architecte allemande de 1938, dont l'Allemagne n'a rien voulu, a fait au Venezuela une œuvre que le monde a mis soixante ans à regarder. Elle avait cinquante-sept ans quand elle a tendu ses premiers fils.