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Zakhor
1986 – 2010 · Prinz-Albrecht-Straße, Berlin

Le terrain vague

L’adresse la plus redoutée d’Europe était devenue un terrain vague où l’on garait des voitures. Des habitants ont creusé eux-mêmes pour prouver ce qu’il y avait dessous.

VastgesteldBerlinGestapoMémoireFouille

Au 8 de la Prinz-Albrecht-Straße se trouvaient le siège de la Gestapo et sa prison intérieure. Autour, dans les mêmes rues, la SS, le SD et l’office central de sécurité du Reich.

C’est de ce quadrilatère qu’a été administrée la terreur nazie — les ordres, les fichiers, les convois.

Bombardés puis démolis dans les années 1950, les bâtiments ont disparu. Le terrain, coupé en deux par le Mur, est resté nu pendant trente ans.

Un parking et une piste de motos

Dans les années 1970 et 1980, on y déversait des gravats, on y garait des voitures, une piste de motocross y avait été aménagée. Aucune plaque.

Ce n’était pas un oubli : c’était une décision de ne pas marquer. Berlin-Ouest hésitait à faire de ce lieu un monument, de crainte qu’il ne devienne un lieu de pèlerinage d’un autre genre.

Des historiens et des associations réclamaient depuis des années qu’on s’en occupe.

1986

Le terrain doit être réaménagé. Des citoyens et des historiens y organisent des fouilles — en partie symboliques au départ, avec des pelles.

Ils mettent au jour des pans importants des caves de la Prinz-Albrecht-Straße 8, y compris ceux de la prison intérieure.

L’argument devient matériel : il ne s’agit plus d’un souvenir mais de murs qu’on peut toucher. La campagne pour conserver le site l’emporte.

1987, puis 2010

En 1987, pour le sept cent cinquantième anniversaire de Berlin, une exposition temporaire est installée sur le terrain. L’affluence est telle qu’elle devient permanente.

Il faudra pourtant vingt-trois ans de plus, deux concours d’architecture, un chantier abandonné et démoli, pour qu’un centre de documentation ouvre.

Il est inauguré le 7 mai 2010 — soixante-cinq ans jour pour jour après la capitulation allemande.

Ce que le lieu montre

Le parti retenu est l’inverse de celui de Libeskind à quelques kilomètres de là : ici, pas d’architecture expressive. Un bâtiment sobre, et surtout le terrain lui-même, les caves dégagées, un pan de Mur.

L’exposition ne montre pas les victimes mais les auteurs — les bureaux, les organigrammes, les photographies de fonctionnaires en réunion.

C’est la particularité de ce site en Allemagne : un lieu de mémoire consacré non à ce qui a été subi mais à ce qui a été décidé, et à l’adresse d’où ça l’a été.