דלגו לתוכן
Zakhor
vers 200 · Beit She'arim et Sepphoris

Mettre par écrit

Une loi transmise de bouche à oreille pendant des siècles, et qu'il était interdit d'écrire. Vers 200, on l'écrit — parce qu'on craint de l'oublier.

מבוססMishnaJudah haNasiTransmissionGalilée

Judah ha-Nassi — Rabbi, tout court, dans la littérature — vit approximativement de 135 à 217. Il est nassi, patriarche, chef de la communauté juive de Palestine romaine, et il dispose auprès de Rome d'un statut qui lui donne des moyens.

Il déplace sa cour de Beit She'arim à Sepphoris, en Galilée, où il passe au moins dix-sept ans.

C'est sous sa direction que se fait, vers 200, la rédaction de la Mishna.

Une loi qu'on n'écrivait pas

Le judaïsme rabbinique tenait pour donnée au Sinaï une seconde Loi, orale, transmise de maître à disciple. Orale, elle devait le rester : la mettre par écrit, c'était la figer et brouiller la frontière avec l'Écriture.

Ce qui change la donne est la situation. Deux révoltes écrasées, le Temple détruit depuis cent trente ans, les écoles dispersées, les maîtres tués sous Hadrien.

Le Talmud explique le geste par cette crainte : la persécution et le temps risquaient de faire perdre le détail des traditions. On écrit parce qu'on n'est plus sûr de pouvoir se souvenir.

Ce qu'est le résultat

La Mishna compte six ordres et soixante-trois traités : semences, fêtes, femmes, dommages, choses saintes, puretés.

Ce n'est pas un code. Elle rapporte les avis divergents, souvent sans trancher, en nommant qui a dit quoi. On y lit couramment : « Rabbi X dit… mais les sages disent… »

Cette forme est une décision, et elle est décisive : on conserve le désaccord au lieu de l'effacer. Tout ce qui suit — le Talmud, qui est un commentaire de la Mishna — n'existe que parce que le désaccord avait été gardé.

Ce qu'écrire a coûté

Fixer un texte, c'est exclure ce qu'on n'y met pas. Des traditions parallèles restent dehors — on les appelle baraitot, « extérieures » — et le Talmud passera son temps à les confronter à la Mishna.

Beaucoup de ce qui circulait s'est perdu. On ne sait pas ce qu'on ne sait plus.

Et le paradoxe demeure entier : la Loi orale existe désormais sous forme écrite, et on continue de l'appeler orale. Le nom garde le souvenir de ce qu'elle était.

Le tournant

Il vaut la peine de mesurer la place de ce moment. Sans la Mishna, il n'y a ni Talmud de Babylone ni Talmud de Jérusalem, donc pas de droit rabbinique constitué, donc pas de forme durable pour un peuple sans Temple ni territoire.

Ce qui s'est joué à Sepphoris vers 200 est ce qui a rendu transportable une religion qui reposait jusque-là sur un lieu.

Judah ha-Nassi a été enterré à Beit She'arim, dont les catacombes ont été fouillées en 1936 — l'autre bout de cette histoire.