En 1856 paraît à Lyck, en Prusse-Orientale, le premier hebdomadaire de langue hébraïque : Ha-Maggid.
Son fondateur est Eliezer Lipman Silbermann. David Gordon en devient plus tard la figure principale.
Il paraîtra jusqu’en 1903.
Pourquoi Lyck
Lyck est une bourgade sans importance, à quelques kilomètres de la frontière de l’Empire russe.
Le public visé est le judaïsme russe — la majorité des lecteurs en viennent —, mais imprimer en Russie signifie passer sous la censure impériale.
On imprime donc en Prusse et l’on fait passer la frontière au journal. Toute la presse hébraïque naissante joue de cette géographie.
Ce que le journal invente
L’hébreu n’était pas une langue de journal. Il servait à prier, à étudier, à écrire des responsa et de la poésie savante.
Silbermann est le premier à consacrer une place réelle à l’information et au commentaire de l’actualité EN HÉBREU.
Il faut donc forger le vocabulaire : les mots pour dire un ministère, un chemin de fer, une élection, un traité. Le journal fabrique la langue en même temps qu’il l’emploie.
Ce que cela produit
Un lectorat dispersé de la Lituanie au Maroc découvre qu’il lit les mêmes nouvelles, dans la même langue, la même semaine.
Ha-Maggid a été, de 1856 à 1886, le plus important périodique hébreu du monde.
Et il devient, sous Gordon, l’un des premiers organes du nationalisme juif — bien avant le mot sionisme, bien avant Pinsker et Herzl.
Ce qui se joue vraiment
On dit couramment que l’hébreu moderne est né avec Ben-Yehuda à Jérusalem, à partir de 1881.
La langue ÉCRITE moderne est née vingt-cinq ans plus tôt, dans des rédactions de Prusse-Orientale et de Galicie, chez des gens qui devaient nommer chaque semaine des choses que la Bible ignore.
Ben-Yehuda a fait parler l’hébreu. Les journaux l’avaient déjà fait écrire au présent.