Shimon ben Tsemah Duran avait à peine trente ans quand les émeutes de 1391 atteignirent Majorque. Médecin de formation, talmudiste de vocation, il vit sa communauté se disloquer et choisit, comme tant d'autres, la rive africaine. Il s'établit à Alger, où vivaient déjà des maîtres venus d'Espagne.
Le Maghreb juif de l'époque manquait d'autorités capables de trancher les questions que l'exil multipliait : mariages rompus, conversions forcées, héritages dispersés, contrats à honorer d'un rivage à l'autre. Duran, bientôt connu sous l'acronyme Rashbatz, devint cette autorité. Pendant un demi-siècle, depuis Alger, il répondit.
Ses décisions, rassemblées dans le recueil de responsa qu'on appelle le Tashbetz, firent jurisprudence bien au-delà de l'Algérie. Il y traite de tout : la liturgie, le commerce, la médecine, la place des réfugiés dans une communauté d'accueil. C'est un portrait du judaïsme méditerranéen pris dans la longue onde de choc de 1391.
À sa mort, en 1444, Duran laissait une dynastie de juges et un cadre juridique qui tiendrait des générations. L'Espagne avait perdu un médecin ; le Maghreb avait gagné un législateur.