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Zakhor
1954 – 1958 · Jérusalem

Un procès en diffamation

Un hôtelier accuse un fonctionnaire d’avoir collaboré. Le procès qu’on lui intente devient le procès de sa victime, puis celui d’un pays.

מבוססKastnerHongrieProcèsJugement

Rezső Kasztner dirigeait à Budapest, en 1944, le comité d’aide et de sauvetage juif. Il a négocié avec Eichmann.

De ces négociations est sorti un train : mille six cent quatre-vingt-cinq personnes parties de Budapest en juin 1944 et arrivées en Suisse, contre de l’argent et des marchandises.

Après la guerre, il s’installe en Israël et devient porte-parole d’un ministère, proche du Mapaï au pouvoir.

Le pamphlet

Malchiel Gruenwald, hôtelier à Jérusalem, qui a perdu cinquante-deux membres de sa famille à Auschwitz, publie un bulletin ronéotypé accusant Kasztner d’avoir collaboré avec les nazis.

L’État, pour défendre son fonctionnaire, poursuit Gruenwald en diffamation. C’est donc l’État qui est demandeur.

Les audiences se tiennent du 1ᵉʳ janvier à octobre 1954 devant le tribunal de district de Jérusalem, présidé par le juge Benjamin Halevi.

Le renversement

L’avocat de Gruenwald, Shmuel Tamir, retourne le procès : ce n’est plus son client qu’on juge, c’est Kasztner, et à travers lui la conduite des dirigeants sionistes pendant la guerre.

Le 22 juin 1955, Halevi rend son jugement. Il tient Kasztner pour avoir collaboré et relaxe Gruenwald sur l’essentiel des chefs.

Sa formule est restée : Kasztner a vendu son âme au diable.

Ce que la formule tranchait

La question réelle était celle-ci : négocier avec l’assassin pour sauver quelques-uns, est-ce sauver ou est-ce servir ?

Kasztner savait ce qui attendait les déportés — il avait le rapport Vrba-Wetzler — et il n’a pas averti les communautés de province. Il a témoigné après guerre en faveur d’officiers SS.

Il a aussi fait sortir mille six cent quatre-vingt-cinq personnes vivantes, ce que personne d’autre en Hongrie n’a obtenu. Les deux propositions sont vraies, et une phrase de jugement ne pouvait pas les tenir ensemble.

La suite

Le gouvernement fait appel. Le 4 mars 1957, avant l’arrêt, Kasztner est abattu devant chez lui par trois jeunes gens.

En janvier 1958, la Cour suprême, à cinq juges, casse l’essentiel du jugement, estimant que la juridiction inférieure avait gravement erré. Elle disculpe Kasztner de la collaboration, tout en maintenant la critique de son témoignage en faveur d’un officier SS.

L’homme était mort depuis dix mois. Le juge Halevi, lui, présidera trois ans plus tard le procès Eichmann.