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Zakhor
1944 – aujourd’hui · Budapest

La gare de Józsefváros

On a bâti un musée de la Shoah dans la gare d’où partaient les convois. Il est terminé depuis des années, et personne n’y est jamais entré.

מבוססHongrieShoahMuséeHistoire publique

Entre le 15 mai et le 9 juillet 1944, environ quatre cent trente-sept mille Juifs de Hongrie sont déportés, pour l’essentiel vers Auschwitz-Birkenau.

L’opération est conduite en huit semaines par l’administration et la gendarmerie hongroises, sous la direction d’un détachement allemand réduit. C’est la déportation la plus rapide de toute la Shoah.

La gare de Józsefváros, à Budapest, est l’un des points de départ.

Le projet

En 2012, le gouvernement hongrois charge l’historienne Mária Schmidt d’établir un musée de la Shoah dans cette gare désaffectée.

Il s’appellera la Maison du Destin — Sorsok Háza. Le coût dépassera trente millions de dollars.

Le bâtiment est achevé. Les tourniquets sont installés, les tables de la cafétéria encore sous plastique, la machine à café jamais mise en service.

Pourquoi il n’ouvre pas

Le projet est contesté depuis l’origine par une grande partie de la communauté juive hongroise et par les historiens de la Shoah.

Le reproche est précis : le musée minimiserait la part de l’État hongrois, de son administration et de sa gendarmerie dans la déportation, pour la reporter sur l’occupant allemand.

En 2019, le gouvernement a proposé la direction à un rabbin étranger pour débloquer la situation. Le scénario muséographique n’a toujours pas fait accord, et le bâtiment reste vide.

Ce que ce vide dit

Un musée qui n’ouvre pas est, en soi, un document. Il montre qu’une société n’est pas parvenue à s’accorder sur ce qu’elle raconterait.

Le désaccord ne porte pas sur les faits — les chiffres et les dates ne sont pas discutés — mais sur l’attribution : qui a fait cela.

C’est exactement la question que huit semaines de 1944 posent à la Hongrie, et le bâtiment fermé est la réponse qu’elle donne pour l’instant.

Ce que la rubrique en retient

Elle ne prend pas parti sur la muséographie d’un pays étranger.

Elle note qu’un lieu de mémoire n’est pas fait par ses murs. Le Musée juif de Thessalonique, la Wiener Holocaust Library, le Leo Baeck Institute existent parce que quelqu’un a d’abord décidé de ce qui serait dit, puis a construit autour.

Ici, on a construit d’abord.