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Zakhor
1868 – 1917 · Boukhara, Samarcande, Ferghana

Le traité

En annexant l’Asie centrale, la Russie accorde par traité aux Juifs de Boukhara le droit de vivre, de commercer et d’acheter chez elle — ce qu’elle refuse aux siens.

מבוססBoukharaAsie centraleEmpire russeStatut

Les Juifs d’Asie centrale forment une communauté ancienne, de langue judéo-tadjike, établie de longue date à Boukhara, Samarcande et dans la vallée du Ferghana.

Sous l’émirat de Boukhara, ils vivent sous un statut de protégés strictement appliqué : quartier assigné, vêtements distinctifs, interdictions professionnelles, impôt de capitation payé en public.

Leur nombre croît au XIXᵉ siècle au point que les autorités musulmanes autorisent l’extension hors du quartier juif, avec la création des faubourgs de Novaya Mahalla et d’Amirabad.

1868

La Russie conquiert Samarcande en avril 1868. Le traité de paix qui suit fait de l’émirat de Boukhara un vassal, tandis que Samarcande et plusieurs villes sont directement annexées au Turkestan russe.

Trois articles de ce traité définissent les droits des Juifs de Boukhara : vivre librement en Russie, y commercer librement, y acquérir des biens immobiliers.

L’administration impériale, dans les premières années, cherche à se concilier ces populations qu’elle tient pour le seul élément loyal parmi les autochtones. Elle ne restreint pas leur autonomie communautaire et se contente d’y ajouter la charge de rabbin officiel.

La contradiction

Il faut poser les deux faits côte à côte. Le même empire qui interdit à ses propres Juifs de résider hors de la zone de résidence, qui expulse les artisans de Moscou en 1891 et laisse faire les pogroms, accorde par traité international à des Juifs d’Asie centrale le droit de vivre et d’acheter partout chez lui.

Ce n’était pas une contradiction pour l’administration : ces Juifs-là étaient des sujets étrangers utiles à une conquête récente, et non des sujets intérieurs à surveiller.

La distinction s’est d’ailleurs resserrée dans les décennies suivantes, à mesure que le Turkestan s’intégrait.

Samarcande

Dans le dernier quart du siècle, Samarcande redevient le centre de la communauté, parce que l’administration russe directe y offre de meilleures conditions que l’émirat.

Les Juifs de Boukhara prospèrent dans le commerce du coton, du thé, des textiles ; certains bâtissent des fortunes considérables et des maisons qui existent encore.

Une partie s’établit à Jérusalem à partir de 1890 et y fonde le quartier boukharien, avec des demeures d’une ampleur inhabituelle dans la ville d’alors.

La suite

La révolution de 1917 puis la soviétisation ferment les écoles religieuses, les synagogues et les frontières. La communauté survit sous le régime, isolée.

Elle a émigré presque entièrement après 1989 — vers Israël, et vers New York, où le quartier de Rego Park abrite aujourd’hui la plus grande communauté boukharienne du monde.

Il reste à Boukhara et à Samarcande quelques dizaines de personnes, des synagogues, et des cimetières.