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Zakhor
1680 · Amsterdam et Dyhernfurth

Le catalogue

Un chantre de synagogue dresse la liste de tous les livres hébreux qu'il peut trouver. Deux mille deux cents titres, et l'invention d'un métier.

מבוססBibliographieImprimerieAmsterdamLivre

Shabbetaï ben Joseph Bass naît en 1641 à Kalisz, en Pologne. Sa famille est massacrée lors des soulèvements de 1655 ; il gagne Prague, où il devient chantre — bass, en allemand, d'où son nom.

Il voyage, s'installe à Amsterdam, alors capitale mondiale du livre hébreu, et y publie en 1680 un ouvrage intitulé Siftei Yeshenim, « les lèvres de ceux qui dorment » — expression du Cantique désignant les auteurs morts qui parlent encore par leurs livres.

Ce que contient le volume

C'est la première bibliographie du livre hébreu écrite par un Juif. Elle recense environ deux mille deux cents titres : à peu près onze cents imprimés et huit cent vingt-cinq manuscrits.

Chaque notice donne le titre, l'auteur, le lieu d'impression, l'année, le format, et un résumé du contenu. Les titres sont rangés par ordre alphabétique.

Il y ajoute une liste d'ouvrages en latin traitant du judaïsme — ce qui suppose qu'il les avait consultés, ou fait consulter.

Pourquoi ce livre manquait

Deux siècles après Gutenberg, la production imprimée hébraïque était devenue considérable et complètement désordonnée : imprimée à Venise, Amsterdam, Cracovie, Constantinople, Prague, sans dépôt, sans catalogue, sans moyen de savoir ce qui existait.

Un savant ne pouvait donc pas savoir si le livre dont il avait besoin avait été imprimé, ni où le chercher. Bass écrit dans sa préface qu'il a entrepris ce travail pour les étudiants — pour qu'ils sachent quoi lire et dans quel ordre.

C'est un ouvrage d'utilité, pas de prestige. Personne n'en tirait de gloire.

Ce que les chrétiens en ont fait

Les hébraïsants chrétiens s'en emparent immédiatement. Ils sont impressionnés par la méthode, la fiabilité et l'utilité de l'ensemble ; des traductions latines et allemandes en sont entreprises par des orientalistes.

C'est de là que sort, de proche en proche, la bibliographie hébraïque savante du XIXᵉ siècle — Wolf, puis Steinschneider, dont les catalogues fondent l'étude moderne du livre juif.

Bass avait ouvert une discipline sans le savoir.

L'imprimeur de Dyhernfurth

En 1688, il obtient un privilège et installe une imprimerie hébraïque à Dyhernfurth, petite ville de Silésie près de Breslau. Elle fonctionnera plus d'un siècle, tenue ensuite par ses descendants.

Il y imprime notamment son propre commentaire de Rachi, le Siftei Hakhamim, qui figure encore aujourd'hui dans la plupart des éditions du Pentateuque avec commentaires.

Un homme aura donc, dans la même vie, catalogué la bibliothèque juive et ajouté un volume à ceux qu'on imprime encore. Il meurt en 1718.