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Zakhor
1678 – 1784 · Amsterdam

La Gazeta

Le premier journal juif du monde paraît à Amsterdam en judéo-espagnol. Il dure dix mois, et il faudra attendre un siècle pour le suivant.

סבירPresseAmsterdamJudéo-espagnolHaskala

Le premier périodique juif connu est la Gazeta de Amsterdam, publiée en judéo-espagnol — la langue des séfarades de la Nação, cette communauté d’anciens conversos revenus au judaïsme aux Pays-Bas.

Les sources divergent sur les dates : on la donne de janvier à novembre 1678, mais d’autres relevés la font paraître par intermittence entre 1672 et 1702. C’est pourquoi ce récit est au registre du probable.

Huit ans plus tard paraît à Amsterdam un second titre, la Kurant, bihebdomadaire en judéo-allemand — c’est-à-dire en yiddish — d’août 1686 à décembre 1687.

Ce que ces journaux contenaient

Pas de vie communautaire ni de débat religieux : des nouvelles commerciales et politiques d’Europe, traduites des gazettes néerlandaises.

C’est logique. Amsterdam était la place financière du monde, et ses marchands juifs avaient besoin de savoir ce qui se passait à Vienne, à Londres et à Constantinople.

Le premier journal juif n’est donc pas un organe d’opinion : c’est un outil de négoce, écrit dans la langue de ses lecteurs.

Un siècle de silence

Puis plus rien pendant près de cent ans.

Ce vide s’explique : un périodique suppose un lectorat dispersé qui partage une langue, un réseau postal, et une raison de lire régulièrement autre chose que des livres d’étude. Ces conditions n’étaient pas réunies.

Ha-Meassef

En 1784, des disciples de Moïse Mendelssohn fondent à Königsberg Ha-Meassef — « le collecteur » —, mensuel en hébreu, organe des maskilim, les tenants des Lumières juives.

C’est lui qui inaugure véritablement la presse hébraïque : poésie, critique, sciences, débats sur l’éducation et la place des Juifs dans la société.

Il paraît en sept volumes, puis s’arrête — et pour une raison qui est presque une plaisanterie de l’histoire : ses lecteurs, gagnés à la culture ambiante comme la revue le souhaitait, cessaient de vouloir lire de l’hébreu. Le journal a été tué par son propre succès.

Ce qui a suivi

Le XIXᵉ siècle voit naître une presse juive massive, dans toutes les langues : allemand, hébreu, yiddish, judéo-espagnol, français, russe, anglais.

Ces journaux sont aujourd’hui l’une des sources les plus riches de l’historien — on y lit des annonces, des faire-part, des polémiques, des comptes de sociétés de secours, tout ce dont aucune archive officielle ne garde trace.

Le Leo Baeck Institute et quelques autres en conservent des collections entières. Elles commencent avec un feuillet commercial en judéo-espagnol.