יוליוס דסאואר
יוליוס דסאואר
אזור: Hongrie
רישום היסטוריה · נאמן, לא בעלים
פורסם ב־2 באוגוסט 2026
רב הונגרי (1832-1883)
Introduction
La figure de Julius Dessauer (1832–1883) appartient à cette génération de rabbins hongrois qui, au cœur du XIXe siècle, vécurent et accompagnèrent la profonde mutation du judaïsme d'Europe centrale. Né en 1832 à Neutra — la ville de Nyitra en hongrois, Nitra en slovaque, aujourd'hui en Slovaquie occidentale — et mort en 1883, il fut l'un de ces ministres du culte et lettrés dont l'œuvre s'inscrit à la croisée de la tradition rabbinique héritée et de l'émancipation civile qui transforma, durant son existence, la condition juive dans le royaume de Hongrie. Son père se nommait Gabriel L. Dessauer. Julius officia comme rabbin à Újpest, faubourg septentrional de Pest destiné à devenir l'un des foyers du judaïsme néologue de la capitale, avant d'y être incorporé. Ces trois données — la ville natale, le père, le poste rabbinique — constituent désormais le noyau biographique établi, que l'on doit à la notice rédigée par Meyer Kayserling pour la Jewish Encyclopedia de 1903 [jewishencyclopedia.com, art. « Dessauer, Julius »].
Reconstituer la vie d'un tel homme exige une prudence méthodique. Les rabbins de moindre renom que les grandes figures du judaïsme allemand ou hongrois — les Hirsch, les Hildesheimer, les Schwab — n'ont pas toujours laissé d'archives abondantes, et leur mémoire se transmet souvent par des notices laconiques de dictionnaires biographiques, par des catalogues de bibliothèques et par les traces matérielles de leurs publications. Le présent ouvrage distingue scrupuleusement ce qui est établi par l'archive, ce qui demeure probable et ce qui relève de la reconstruction contextuelle.
Le cadre dans lequel s'inscrit la vie de Dessauer est, en revanche, parfaitement documenté. Le judaïsme hongrois du XIXe siècle traverse trois processus majeurs : l'émancipation juridique, achevée en 1867 ; la querelle entre orthodoxie, néologie et statu quo, consommée par le Congrès juif de 1868–1869 ; et l'effervescence d'une production rabbinique et savante en hébreu, en allemand et, de plus en plus, en hongrois. C'est sur cette toile de fond que doit se lire l'existence d'un homme né à Neutra en 1832, entré dans le rabbinat, installé à Újpest, et auteur d'une œuvre en langue allemande dont nous connaissons désormais le détail précis.
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Chapitre 1 : Neutra, 1832 — une ville juive entre Moravie et Hongrie
Lorsque Julius Dessauer voit le jour en 1832 à Neutra, la cité est l'une des places les plus importantes du judaïsme du nord-ouest du royaume de Hongrie. Connue en hongrois sous le nom de Nyitra et en latin sous celui de Nitria, la ville est un ancien siège épiscopal et une capitale de comitat perchée à la confluence de deux rivières, à environ cent kilomètres au nord-est de Presbourg (Pozsony, aujourd'hui Bratislava). La communauté juive de Neutra s'y est établie de façon organisée au XVIIIe siècle : à sa fondation institutionnelle en 1750, elle ne comptait que vingt et une familles, mais le recensement royal de 1785–1787 dénombrait déjà 449 âmes, et la progression ne devait pas s'arrêter là.
La législation hongroise de 1840, qui permit aux Juifs de résider où ils le souhaitaient, fit affluer vers Neutra une nouvelle vague de familles en provenance des faubourgs et des bourgades environnantes — notamment de Parovce (Párovce), l'antique annexe juive de la ville où les Israélites avaient longtemps été tolérés sans être admis dans l'enceinte urbaine. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la ville comptait plus de trois mille résidents juifs, soit environ un quart de la population totale. Neutra abritait à la fois des familles d'observance stricte et des familles plus ouvertes à la modernité, les deux sensibilités coexistant sous le même toit communautaire avant que la scission officielle entre orthodoxes et néologues ne survienne, à Nitra, en 1907 seulement.
Le monde rabbinique de la ville au moment de la naissance de Dessauer était dominé par la figure de Yéhézkel Banet (Ezekiel Banet), qui occupa la fonction rabbinique de Nitra de 1836 à 1854, correspondant avec le Hatam Sofer sur des questions de responsa et dirigeant une yeshiva réputée dans tout le royaume. C'est dans cet environnement — une ville de taille moyenne, peuplée d'artisans, de commerçants et de lettrés juifs, placée sous l'autorité intellectuelle d'un rabbin orthodoxe influent, mais traversée par les courants de la modernité — que Julius Dessauer, fils de Gabriel L. Dessauer, grandit et reçut sa première formation.
La présence d'une yeshiva de qualité à Neutra, la proximité de Presbourg et le dynamisme d'un milieu bourgeois juif en plein essor offrirent au jeune Julius un terreau intellectuel exceptionnel. Que sa famille ait appartenu à l'aile conservatrice ou à la frange plus progressiste de cette communauté, cela demeure inconnu ; mais l'orientation ultérieure de son œuvre — tournée vers la vulgarisation et la médiation culturelle, rédigée en allemand et destinée à un public acculturé — suggère une sensibilité au moins partiellement ouverte à la modernité.
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Chapitre 2 : Formation et entrée dans le rabbinat
Né dans une ville dotée d'une yeshiva réputée et à quelques heures de route de Presbourg, Julius Dessauer reçut vraisemblablement une formation talmudique classique dans l'une ou l'autre de ces institutions — ou dans les deux. Le parcours typique des rabbins hongrois de sa génération comprenait plusieurs années d'études dans une yeshiva reconnue, couronnées par la semikha (ordination rabbinique) délivrée par un maître de renom. La yeshiva de Neutra sous Yéhézkel Banet, puis peut-être celle de Presbourg, représentaient les options naturelles pour un enfant né dans la ville même ; mais la scolarité précise de Dessauer n'est pas documentée.
Ce que l'on sait avec certitude, grâce à la notice de Kayserling, c'est que Julius Dessauer exerça la fonction rabbinique à Újpest. La formulation retenue — « for some years rabbi at Ujpest » — indique une période d'exercice d'une durée indéterminée mais non éphémère, sans que ni la date de prise de fonction ni celle de fin de mandat ne soient précisées. À quelle étape de sa carrière cette charge intervint-elle ? S'agissait-il de son unique poste ou d'une étape parmi d'autres ? Avait-il auparavant officié à Neutra ou dans une autre communauté de la région ? Ces questions demeurent, en l'état des sources accessibles, sans réponse documentée.
Le patronyme « Dessauer » mérite ici une observation onomastique. Nom toponymique dérivé de la ville de Dessau dans l'Anhalt (aujourd'hui en Saxe-Anhalt), il est largement répandu dans l'onomastique juive ashkénaze et porté par de nombreuses familles d'Europe centrale sans lien généalogique entre elles. Il évoque, par association d'idées, la lignée spirituelle de Moses Mendelssohn, surnommé « Moses de Dessau », et l'horizon culturel de la Haskala — les Lumières juives — issue de cette région. Cet écho symbolique ne doit cependant pas être surinterprété : rien dans les sources ne rattache Julius Dessauer à cette lignée ou à cette ville d'origine. Le père, Gabriel L. Dessauer, est mentionné par Kayserling comme la seule donnée familiale certaine ; le prénom hébreu de Julius était Juda — attesté dans les bases de données bibliographiques — et son nom hongrois Gyula.
La génération de Dessauer est précisément celle qui dut arbitrer entre la formation yeshivotique traditionnelle et les exigences nouvelles d'une modernité civile. Un nombre croissant de rabbins hongrois de l'époque complétaient leur semikha par des études séculières à l'université, suivant le modèle inauguré par le Séminaire rabbinique de Breslau ou anticipant la création du Séminaire rabbinique de Budapest, inauguré en 1877. Il est probable — sans qu'on puisse l'affirmer sur pièces — que Dessauer appartint à ce courant des rabbins cultivés qui surent articuler le savoir traditionnel et la culture universitaire, à en juger par la nature de ses publications.
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Chapitre 3 : Újpest, une communauté en croissance
La localité dans laquelle Julius Dessauer exerça son ministère rabbinique n'est pas un choix anodin : Újpest — littéralement « Nouvelle-Pest » — est une ville nouvelle, fondée en 1831 comme faubourg industriel et commercial au bord du Danube, immédiatement au nord de la ville de Pest. Son développement fut rapide et spectaculaire : en quelques décennies, ce bourg de tisserands et de tanneurs devint un centre industriel d'importance, attirant une importante population ouvrière et marchande, dont une communauté juive en forte expansion. Intégrée à Budapest lors de la grande fusion municipale de 1873 qui créa la capitale unifiée, Újpest conserva jusqu'à la fin du siècle une personnalité propre au sein de la métropole.
La communauté juive d'Újpest était, à l'époque où Dessauer y officia, une communauté neuve, sans le poids des traditions séculaires qui pesaient sur les vieilles kehilot de Presbourg ou d'Óbuda. Sa composition sociologique — artisans, petits commerçants, professions libérales en voie d'émergence — correspondait précisément au public que visaient les auteurs de la littérature juive populaire en allemand : des familles cherchant à concilier identité juive et intégration dans la société civile hongroise. Un rabbin qui, dans cette même communauté, publiait simultanément des traductions de la Torah, des manuels du Choulhan Aroukh et des recueils de sentences philosophiques servait un projet cohérent de médiation culturelle.
La succession à Újpest illustre bien le profil de cette communauté : après Dessauer, la kehila appela Ludwig Venetianer (Venetianer Lajos, 1867–1922), historien du judaïsme et auteur de nombreux travaux scientifiques, qui y officia à partir de 1896 jusqu'à sa mort. Cette continuité entre deux rabbins-écrivains dans la même communauté n'est sans doute pas fortuite : Újpest recrutait des hommes de plume autant que des pasteurs.
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Chapitre 4 : Une bibliographie précise — les six œuvres de Dessauer
La notice de Meyer Kayserling dans la Jewish Encyclopedia de 1903 constitue la source bibliographique la plus précise dont nous disposions sur Julius Dessauer [jewishencyclopedia.com, art. « Dessauer, Julius »]. Elle recense six ouvrages publiés, tous à Budapest, entre 1863 et 1880, auxquels s'ajoute une publication posthume datée de la même notice.
Le premier ouvrage, et le plus ambitieux, parut en 1863 : Die Fünf Bücher Moses. Nebst dem Raschi-Commentar, Punktirt, Leichtfasslich Uebersetzt und mit Anmerkungen Versehen — soit, en français, « Les Cinq Livres de Moïse, avec le commentaire de Rachi, vocalisés, traduits de façon accessible et annotés ». L'entreprise était considérable : il s'agissait de rendre le Pentateuque hébraïque accessible au lecteur germanophone en y adjoignant la traduction et le commentaire du grand exégète médiéval Rachi (Rabbi Salomon ben Itzhak de Troyes, 1040–1105), dont la densité rend la lecture directe difficile pour un non-spécialiste. Le succès de cet ouvrage fut tel qu'une deuxième édition en fut donnée en 1887, quatre ans après la mort de l'auteur — preuve de la durabilité de son utilité pédagogique. Ce livre est aujourd'hui accessible en version numérisée sur la plateforme Archive.org.
Cinq ans plus tard, en 1868, Dessauer publia une adaptation en allemand de la partie Orah Hayyim du Choulhan Aroukh : Schulchan Aruch, Orach Hayyim, Deutsch Bearbeitet, en deux volumes. Le Choulhan Aroukh (littéralement « la Table dressée »), codification de la loi juive composée par Joseph Karo au XVIe siècle, était le code normatif de la vie quotidienne juive. En le « retraitant » en allemand — c'est le sens du terme bearbeitet —, Dessauer offrait aux familles de langue allemande un accès direct à la halakha courante, dans un esprit pédagogique affirmé.
En 1876 parut le Spruch-Lexikon des Talmud und Midrash — « Lexique des sentences du Talmud et du Midrash » — un dictionnaire de maximes et d'aphorismes extraits des corpus rabbiniques classiques, classés sans doute par thèmes ou par ordre alphabétique. Ce type d'anthologie jouissait d'une grande faveur dans la bourgeoisie juive cultivée de l'époque : il permettait d'accéder à la sagesse rabbinique sans la maîtrise technique du texte original en araméen ou en hébreu.
Le Schlüssel zum Gebetbuche — « Clef du livre de prières » — publié en 1878, répondait à un besoin différent mais connexe : aider les fidèles à comprendre et à naviguer dans le siddour (livre de prières liturgiques), dont l'organisation complexe et la langue hébraïque constituaient un obstacle pour une fraction croissante de la communauté acculturée. L'ouvrage fonctionnait comme un guide commenté de la liturgie.
En 1880 parut le Perlenschatz : Philosophische Sentenzen in Alphabetischer Reihenfolge — « Trésor de perles : sentences philosophiques en ordre alphabétique » —, recueil de maximes à portée éthique et philosophique, organisé alphabétiquement pour faciliter la consultation. La dimension philosophique de ce titre s'inscrit dans une longue tradition de la littérature éthique juive (mussar), revisitée ici sous une forme moderne et bourgeoise.
Enfin, Der Jüdische Humorist — « L'humoriste juif » — parut, selon la notice, sous forme posthume. L'humour juif comme genre littéraire à part entière connaissait à cette époque un intérêt croissant ; ce recueil, sans doute d'anecdotes et de bons mots, témoigne d'une facette plus légère du talent de Dessauer, mais non moins révélatrice de sa volonté de toucher un large public.
Considérée dans son ensemble, cette bibliographie révèle une cohérence remarquable : Dessauer n'est pas un écrivain d'occasion, mais un pédagogue systématique. Ses six ouvrages couvrent l'ensemble du spectre de la culture juive accessible — la Torah et son commentaire médiéval, la loi pratique, les sentences rabbiniques, la liturgie, la philosophie morale et l'humour — comme autant de portes d'entrée offertes à un lecteur de langue allemande désireux de rester en contact avec son héritage.
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Chapitre 5 : Dessauer dans le judaïsme hongrois entre orthodoxie et néologie
L'événement majeur qui structure la maturité de Dessauer est le Congrès juif hongrois de 1868–1869, convoqué à l'initiative du ministre József Eötvös après l'émancipation de 1867. Ce congrès, censé organiser administrativement la communauté juive du royaume, provoqua au contraire sa scission durable en trois courants : la néologie (réformatrice modérée), l'orthodoxie (qui refusa les statuts congressistes et obtint en 1871 une reconnaissance séparée) et le statu quo ante (communautés refusant de se rallier à l'un ou l'autre camp). Cette tripartition, sans équivalent dans le reste de l'Europe juive, constitue la grande singularité du judaïsme hongrois et tout rabbin actif après 1869 dut s'y positionner.
La lecture de l'œuvre de Dessauer suggère une affiliation à la sensibilité néologue plutôt qu'au rigorisme orthodoxe presbourgeois — mais cette inférence demeure une hypothèse de lecture, fondée sur le caractère de son œuvre plus que sur une déclaration documentée. Plusieurs indices convergent en ce sens. L'usage exclusif de l'allemand comme langue de publication, à une époque où le courant orthodoxe privilégiait le yiddish ou l'hébreu pour la littérature religieuse, pointe vers une audience acculturée. Le choix de rendre accessible le Choulhan Aroukh en allemand — plutôt que de commenter les responsa d'un posek orthodoxe — relève d'une pédagogie de la transmission plus que d'un intégrisme normatif. La publication d'un recueil de sentences philosophiques évoque la culture de l'Aufklärung juive et ses prolongements néologues.
La ville d'Újpest elle-même, par son profil de communauté neuve et dynamique, à la périphérie immédiate de Budapest, penchait naturellement vers le courant néologue. La néologie hongroise, dont le rabbinisme était influencé par l'école historique positive de Zacharias Frankel (dont est également issu le mouvement conservateur américain), réclamait des rabbins capables de prêcher en langue vernaculaire, de répondre aux questions des fidèles acculturés et de représenter dignement la communauté dans l'espace public bourgeois. Dessauer correspondait à ce profil.
Il convient cependant de ne pas forcer le trait. La notice de Kayserling ne qualifie pas Dessauer de « néologue », et ses publications — notamment son adaptation du Choulhan Aroukh — s'adressaient aussi bien à des lecteurs observants qu'à des fidèles éloignés de la pratique régulière. L'essentiel est peut-être moins l'appartenance confessionnelle que la posture : celle d'un rabbin convaincu que la transmission culturelle passe par la langue du lecteur et que l'hébreu traditionnel ne doit pas devenir un obstacle à la fidélité juive.
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Chapitre 6 : Mort, transmission et postérité bibliographique
Julius Dessauer meurt en 1883, à l'âge d'environ cinquante et un ans. Cette disparition relativement précoce explique sans doute pour partie la minceur des traces biographiques : il n'eut pas le temps d'atteindre le statut de patriarche communautaire qui, chez d'autres rabbins, garantit notices nécrologiques détaillées et hommages durables. Sa postérité passa par ses livres davantage que par une école rabbinique ou une lignée de disciples.
L'indice le plus frappant de cette postérité par l'imprimé est la réédition posthume de son premier et plus ambitieux ouvrage : les Fünf Bücher Moses mit dem Raschi-Kommentar furent republiés à Budapest en 1887, quatre ans après la mort de leur auteur. Cette deuxième édition témoigne que l'œuvre continuait d'être lue, achetée et utilisée par les familles juives hongroises — et indirectement que le nom de Dessauer conservait une autorité suffisante pour garantir la mise en marché d'une nouvelle impression. La publication posthume du Jüdische Humorist, sans date précisée dans la notice de Kayserling mais postérieure à 1883, confirme que l'on continuait à considérer le fonds éditorial de Dessauer comme exploitable.
La mémoire savante de Dessauer fut assurée par Meyer Kayserling (1829–1905), lui-même rabbin et historien de grande envergure, qui rédigea la notice biographique le concernant pour la Jewish Encyclopedia de 1903 — entreprise encyclopédique colossale éditée à New York par Funk & Wagnalls entre 1901 et 1906, sous la direction d'Isidore Singer. Kayserling, auteur de nombreux travaux sur le judaïsme sépharade et sur les figures du judaïsme germanophone, était bien placé pour apprécier la valeur de l'œuvre de Dessauer dans l'ensemble de la production rabbinique de son époque. Sa notice, brève mais précise, a constitué pendant plus d'un siècle la principale — et souvent unique — source biographique sur Dessauer.
La mémoire de Dessauer s'est ainsi maintenue par deux canaux complémentaires. Le premier est bibliographique : les catalogues de bibliothèques et les répertoires d'auteurs juifs conservent la trace de ses ouvrages comme objets matériels. Le second est typologique : Dessauer survit comme représentant d'une catégorie, celle du rabbin-écrivain hongrois germanophone, plus que comme individualité pleinement reconstituée. C'est en ce point que tradition et archive se répondent et parfois se contredisent : la notice qui le qualifie simplement de « Hungarian rabbi (1832–1883) » transmet un noyau dur que l'archive bibliographique confirme par l'existence de livres signés de sa main, mais cette même archive révèle aussi les lacunes de la transmission — lieu exact d'exercice avant Újpest, maîtres et disciples, engagements communautaires, vie familiale — qui demeurent, en l'état des sources accessibles, non documentés.
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Les grandes figures
Julius Dessauer (1832–1883), hébreu : Juda ; hongrois : Gyula — Né à Neutra (Nyitra, aujourd'hui Nitra en Slovaquie), fils de Gabriel L. Dessauer, Julius Dessauer fut rabbin à Újpest, faubourg nord de Pest, et auteur de six ouvrages en allemand publiés à Budapest entre 1863 et 1880. Sa bibliographie couvre la traduction annotée du Pentateuque avec Rachi, l'adaptation du Choulhan Aroukh, un lexique des sentences talmudiques, un guide de la prière, un recueil de sentences philosophiques et un recueil d'humour juif. Sa mort à cinquante et un ans interrompit une carrière en plein essor ; une deuxième édition de son Pentateuque parut néanmoins en 1887.
Gabriel L. Dessauer (dates inconnues) — Père de Julius Dessauer, mentionné par Meyer Kayserling dans sa notice de la Jewish Encyclopedia (1903) comme seule donnée généalogique certaine. On ignore ses activités, sa formation et la date de sa mort. Résidant à Neutra au moment de la naissance de son fils en 1832, il appartient au milieu juif de cette ville du nord-ouest du royaume de Hongrie, sans que l'on puisse préciser davantage sa position dans la communauté.
Meyer Kayserling (1829–1905) — Rabbin et historien du judaïsme sépharade et germanophone, né à Hannovre et mort à Budapest, Kayserling est l'auteur de la notice biographique consacrée à Julius Dessauer dans la Jewish Encyclopedia de 1903 (vol. 4, p. 537). Grand connaisseur du judaïsme hispano-portugais — il est notamment l'auteur d'une Geschichte der Juden in Portugal —, Kayserling exerça à partir de 1870 comme prédicateur de la communauté néologue de Budapest, où il fut le témoin direct de la génération à laquelle appartenait Dessauer. Sa notice constitue encore aujourd'hui la source primaire de référence sur ce dernier.
Yéhézkel Banet (vers 1793–1854) — Rabbin de Neutra de 1836 à 1854, correspondant du Hatam Sofer et fondateur de la yeshiva locale qui fut l'un des foyers du savoir rabbinique du nord-ouest hongrois. Sans qu'un lien direct avec Julius Dessauer soit documenté, Banet était le rabbin dominant de la ville à l'époque de l'enfance et de la jeunesse de ce dernier. Sa yeshiva représentait le pôle orthodoxe du milieu dans lequel Dessauer grandit, et constitue le cadre intellectuel incontournable de sa formation, même si Dessauer semble avoir choisi une voie différente de celle du rigorisme presbourgeois.
Ludwig Venetianer (1867–1922), hongrois : Venetianer Lajos — Rabbin d'Újpest à partir de 1896, historien du judaïsme et auteur de nombreux travaux scientifiques, Venetianer fut le successeur direct de Dessauer dans la même communauté (avec un intervalle non documenté entre les deux mandats). Sa carrière à Újpest jusqu'à sa mort en 1922 prolonge la tradition du rabbin-écrivain dans cette kehila, ce qui souligne la cohérence du recrutement communautaire d'Újpest pour des ministres du culte capables de concilier pastorat et érudition.
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Conclusion
Julius Dessauer (1832–1883) incarne, à l'échelle d'une vie singulière, le destin collectif d'une génération de rabbins hongrois saisis par la modernité. Né à Neutra dans une famille dont le père se nommait Gabriel L. Dessauer, parvenu à la maturité au moment de l'émancipation et de la grande scission de 1868–1869, installé à Újpest comme rabbin d'une communauté nouvelle en pleine croissance, il appartient à cette catégorie d'hommes de plume qui choisirent de servir la continuité juive par la médiation culturelle — en écrivant, dans la langue de leur temps, la Torah et ses commentaires, la loi pratique, les sentences de la sagesse rabbinique et les prières, à l'usage d'un public en voie d'acculturation.
L'enrichissement apporté par la notice de Meyer Kayserling dans la Jewish Encyclopedia a permis de transformer ce qui demeurait une biographie entièrement en pointillé en un portrait partiellement charnu : nous savons désormais où il est né, qui était son père, où il a officié, et ce qu'il a publié — avec les dates précises. La bibliographie en six titres révèle un projet éditorial cohérent et ambitieux, celui d'un passeur méthodique qui couvrit l'ensemble du spectre de la culture juive accessible. La réédition posthume de son œuvre principale en 1887 témoigne que ce projet a trouvé son public.
Ce qui demeure dans l'ombre — la formation précise, les étapes antérieures au poste d'Újpest, les engagements dans les débats confessionnels de son temps, la vie familiale — appelle le travail futur des historiens qui consulteront les registres communautaires hongrois, les archives de la presse juive germanophone de Budapest et les fonds de la Bibliothèque nationale Széchényi. Telle est, en définitive, la vocation d'une encyclopédie honnête : marquer la limite exacte du savoir, pour mieux désigner le chemin qui reste à parcourir.
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מקורות ומשאבים
- Michael K. Silber, Jews in the Hungarian Economy 1760-1945 (1992)
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