SALOMON, TESTAMENT DE
Traité pseudépigraphique sur les formes et les activités des démons et les charmes efficaces contre eux. Des extraits de l'ouvrage sont donnés par Fabricius (« Codex Pseudepig. Vet. Test. » i. 1047) d'après les notes de Gilbertus Gaulminus sur le traité de Psellus « De Operatione Dæmonum », mais le texte complet a été publié en premier lieu (autant qu'on peut le dire) par F.F. Fleck dans son « Wissenschaftl. Reise » (ii. 3) ; il affirme (_ib._ i. 2) qu'il a trouvé le manuscrit grec à la Bibliothèque royale de Paris, et que, apparemment, il n'avait jamais été publié. Une traduction allemande annotée est donnée par Bornemann dans la « Zeitschrift für Hist. Theologie » d'Ilgen, 1844, et le texte grec est imprimé, avec traduction latine, dans la « Patrologia Græco-Latina » de Migne, vol. cxxii., en appendice au traité de Psellus. Le texte semble avoir souffert aux mains des scribes.
Le Testament prétend être le propre récit de Salomon de certaines expériences qu'il eut pendant la construction du Temple. Apprenant que son contremaître principal était tourmenté par un démon qui chaque soir lui prenait la moitié de son salaire et de sa nourriture, et qui lui extirpait la vie en lui suçant le pouce de la main droite, il implora l'aide de Dieu, et reçut par l'ange Michaël une bague-sceau d'une puissance magique. Avec celle-ci il maîtrisa le démon offensant, et le força à amener le chef des démons, Bélzébuth. Ce dernier fut alors contraint d'en amener un autre, et celui-ci un autre, jusqu'à ce qu'il fût apparu devant le roi un grand nombre d'entre eux, des deux sexes, et d'une variété et d'une horreur de forme que l'imagination de l'auteur pouvait concevoir. À chacun Salomon adresse une série de questions : le démon est contraint de donner son nom et son séjour (notamment de dire avec quelle étoile il est en rapport), son origine (de quel ange), de décrire ses fonctions maléfiques, de dire quel ange a pouvoir sur lui, et, dans certains cas, de rapporter la parole (ordinairement un nom divin) par laquelle il peut être chassé. Certains des noms des anges et des démons sont familiers ; d'autres sont étranges ou inintelligibles, peut-être des formes corrompues. Probablement qu'ils n'ont pas été inventés par l'auteur (bien que cela puisse être vrai pour certains d'entre eux), mais qu'ils ont été le produit de siècles de tradition magique. À la fin du Testament, la chute de Salomon dans l'idolâtrie et la perte consécutive de son pouvoir sur les démons sont attribuées à son engouement pour une femme jébusienne, qui acquit pouvoir sur lui par la magie.
Le livre est une formulation grossière de conceptions concernant la puissance démoniaque qui furent presque universelles dans le monde juif et le monde chrétien pendant de nombreux siècles ([voir Magie](/articles/10264-magic)). La croyance que Salomon avait pouvoir sur les démons se trouve déjà chez Josephus (« Ant. » viii. 2, §, 5) ; le Livre d'Énoch montre la disposition à multiplier les noms de démons ; et le caractère d'Asmodée dans le Testament est emprunté au Livre de Tobit. La littérature démonologique du premier millénaire de l'ère commune est énorme. L'auteur du Testament était un juif chrétien de langue grecque : les démons, dit-on, régneront sur le monde jusqu'à ce que le Fils de Dieu, dont on dit qu'il est né d'une vierge, soit pendu à la croix. La date de l'ouvrage ne peut être déterminée avec précision. Bornemann découvre une ressemblance étroite entre ses conceptions démonologiques et celles des « Institutiones » de Lactance (vers l'année 300), et il est probable qu'il remonte à peu près à cette époque.