PUITS, CHANSON DU
Un poème qui est cité en Num. xxi. 17, 18. Il est introduit dans une liste des campements établis par Israël lors de la traversée du désert. L'un de ces lieux de campement était Beer. Après cela, il est expliqué que Beer était le nom du puits auquel on faisait allusion quand Yhwh dit à Moïse, « Rassemble le peuple, et je leur donnerai de l'eau » (R. V.). Alors Israël chanta :
(_ib._ Hebr.).
« Jaillis, ô puits, Chantez-le : Toi puits, creusé par les princes, Enfoncé par les nobles du peuple, Avec le sceptre, avec leurs bâtons »
Budde (« New World, » iv. 144 _et seq._) relève que le mot « midbar » (désert), qui suit immédiatement, n'est jamais employé comme nom propre, et que dans le texte présent il figure maladroitement au milieu d'une liste de noms propres. On s'attendrait à « de Beer » (ils se mirent en route), et non « du désert ». Il relève aussi que dans un groupe important de manuscrits de la Septante, les paroles « et de Mattanah, » au verset 19, sont omises. Il croit en conséquence que « midbar » et « mattanah » n'étaient pas destinés à faire partie de l'itinéraire, mais qu'ils faisaient partie du poème, qui se lisait ainsi :
« Jaillis, ô puits, Chantez-le : Toi puits, creusé par les princes, Enfoncé par les nobles du peuple, Avec le sceptre, avec leurs bâtons, Du désert un don ! »
Cheyne partage ce jugement sur le texte (Cheyne and Black, « Encyc. Bibl. » _s.v._ « Beer »). La chanson appartient à une classe de poésie populaire ancienne dont, malheureusement, ne subsistent que des fragments. Cette poésie consistait en de brefs passages chantés en l'honneur de la vigne au moment des vendanges, et des puits et sources. Ewald pensait que c'étaient des chansons populaires accompagnant les coups alternés du travail pénible (« Hist. of Israel » [English ed.], ii. 203). Aucune chanson de vendanges complète ne subsiste, bien qu'un vers en soit probablement cité en Isa. lxv. 8, et dans les titres des Ps. lvii., lviii. et lix., et qu'il y ait des imitations de telles chansons en Isa. v. 1-7 et xxvii. 2-5.
La « chanson du puits » semble être une chanson populaire complète, adressée à un puits. Budde et Cheyne, comme il est naturel de leur texte amendé, en tracent l'origine au Néguev, où les puits étaient très estimés (comp. Gen. xxi. 25 _et seq._ et xxvi. 20 _et seq._), et où en effet ils étaient nécessaires à la vie (comp. Josh. xv. 19 et Judges i. 15). Budde croit que la chanson fait allusion à une coutume selon laquelle, quand on trouvait un puits ou une source, on le recouvrait légèrement, puis on l'ouvrait par les cheikhs en présence du clan et au son d'une chanson. De cette manière, par la fiction de l'avoir creusé, le puits était considéré comme la propriété du clan. Il pense qu'un passage de Nilus (Migne, « Patrologia Græca, » lxxix., col. 648), auquel Goldziher avait attiré l'attention, confirme ce jugement. Nilus dit que quand les Arabes nomades trouvaient un puits, ils dansaient autour et lui chantaient des chansons.
Selon W. R. Smith, l'usage de la chanson était différent : « Les femmes hébraïques, tandis qu'elles se tiennent autour de la fontaine attendant leur tour pour puiser, cajolent l'eau, qui remonte trop lentement pour leur impatience » (« Brit. Quar. Rev. » lxv. 45 _et seq._). Cela impliquerait une origine palestinienne pour la chanson, et suggère un usage qui soit plus en accord avec l'idée d'Ewald de l'accompagnement du travail. Quelque peu parallèle à cette conception du but de la chanson est l'affirmation de l'écrivain arabe Ḳazwini (i. 189), que quand l'eau des puits d'Ilabistan s'arrêtait, une fête était tenue à la source, avec de la musique et de la danse, pour l'inciter à couler de nouveau. L'auteur est porté à accepter le jugement de Budde.