PROGRAMME DE BÂLE
Par ce terme, on entend le programme du sionisme politique établi au premier [Congrès de Bâle](/articles/2610-basel-congress), comme objectif du mouvement sioniste politique. Le Programme de Bâle a été accepté à l'unanimité à la séance du matin du deuxième jour du premier Congrès, après un rapport de Max [Nordau](/articles/11585-nordau-max-simon), président du comité exécutif. Il est le suivant : « Le sionisme vise à établir pour le peuple juif une patrie publiquement et légalement assurée en Palestine. Pour l'accomplissement de ce but, le Congrès considère comme utiles les moyens suivants : (1) la promotion de l'établissement en Palestine d'agriculteurs, d'artisans et de commerçants juifs ; (2) la fédération de tous les juifs en groupes locaux ou généraux, selon les lois des différents pays ; (3) le renforcement du sentiment et de la conscience juifs ; (4) les mesures préparatoires pour l'obtention de ces concessions gouvernementales qui sont nécessaires à la réalisation du but sioniste. »
Au cours des débats, il s'avéra nécessaire d'expliquer, d'abord, que la lutte pour une patrie publiquement et légalement assurée s'entendait seulement pour ces juifs qui ne pouvaient ou ne voulaient s'assimiler dans leurs lieux de résidence respectifs ; deuxièmement, que le sionisme (politique) n'avait l'intention de prendre aucune mesure qui offenserait le sentiment religieux d'aucun juif, quelles que soient ses opinions.
La première déclaration a été faite parce que les adversaires du mouvement avaient utilisé tous les moyens possibles pour empêcher et discréditer le Congrès et ses objectifs. Ils avaient réussi à faire échouer l'intention initiale de tenir le Congrès à Munich, et ils en firent un argument majeur que les assertions des antisémites étaient confirmées par la tenue de ce Congrès. Ils soutenaient que toute l'idée était utopique ; qu'un transfert de tous les juifs en Palestine serait matériellement impossible ne serait-ce que parce que la Palestine ne pourrait tous les accueillir. De plus, que dans certains pays les juifs jouissent de tous les droits et privilèges politiques ; que l'émigration de ces juifs serait donc non seulement inutile, mais hautement ingrate envers ces pays dans lesquels ils jouissent de tels droits, etc.
D'autres crurent trouver dans le Programme de Bâle une menace dirigée contre l'indépendance de la Turquie. Il fut cependant répété maintes fois en termes précis par les chefs du mouvement que le sionisme politique n'avait rien en vue qui ressemblât de quelque manière à une menace territoriale envers l'empire ottoman. Il espérait réaliser son but en rendant service à la Turquie ; se procurant ainsi une charte turque, afin qu'il puisse assurer aux [Colonies agricoles juives en Palestine](/articles/907-agricultural-colonies-in-palestine) déjà existantes et à établir là, un gouvernement autonome sous la suzeraineté de la Turquie.
La deuxième déclaration était due à certaines craintes exprimées par le rabbin bâlois Dr. Cohn. Il exprima les sentiments des Orthodoxes, et dit « que le parti, duquel on sait qu'il ne souscrit pas aux opinions de l'Orthodoxie, pourrait opprimer les Orthodoxes. » À cela s'ajoute la déclaration, faite par le président du Congrès et renforcée à chaque occasion, que le sionisme politique vise exclusivement à l'_amélioration_ de la condition politique des juifs. Il pense que cette amélioration se trouve si ces juifs qui ne possèdent les privilèges politiques qu'en mesure limitée ou point du tout, ou qui de quelque autre manière occupent une position inférieure par rapport à leurs concitoyens d'autres religions, se voient pourvus de meilleures conditions politiques, et par là de meilleures conditions sociales. La satisfaction des besoins religieux est laissée à l'individu.
Médaille de bronze frappée au Deuxième Congrès sioniste de Bâle, 1897. (Grandeur naturelle.)
En raison d'une question adressée au président sur le sens du terme « établissement opportun de la Palestine » (Point 1 du Programme de Bâle), il s'avéra nécessaire de discuter la question de la colonisation au deuxième Congrès de Bâle. Cela fut fait par une résolution présentée par le comité exécutif sioniste et acceptée à la majorité des voix. La résolution se référait à un plan établi par le comité de colonisation, qui était le suivant :
« Ce Congrès, approuvant la colonisation déjà inaugurée en Palestine, et désirant favoriser les efforts futurs en ce sens, déclare par les présentes que
- 1\. Pour la colonisation appropriée de la Palestine, ce Congrès considère comme nécessaire d'obtenir la permission requise du gouvernement turc, et de réaliser cette colonisation selon le plan et sous la direction d'un comité, choisi par ce Congrès. - 2\. Ce comité est nommé pour superviser et diriger tous les matières de colonisation ; il sera composé de dix membres, et aura son siège à Londres. L'Angleterre enverra trois délégués à ce comité ; la Russie, deux ; la Galicie, un ; l'Allemagne, un ; la Roumanie, un ; et le comité exécutif en nommera deux. Au moins trois des membres doivent résider à Londres. Le comité exécutif couvrira les dépenses nécessaires de son administration. - 3\. La première action de ce comité sera prise en connexion avec les juifs résidant actuellement en Turquie. - 4\. La Banque coloniale coopérera pour obtenir la permission désirée de colonisation du gouvernement turc. - 5\. Le Congrès impose à tous les sionistes le devoir d'influencer toutes les sociétés de colonisation à travailler en harmonie avec le plan ci-dessus. - 6\. Le Congrès demande au comité exécutif d'entreprendre des investigations précises pour établir la position légale des juifs en Turquie, et particulièrement en Palestine.
Une autre résolution importante du second Congrès sioniste fut la fondation de la [Jewish Colonial Trust](/articles/8632-jewish-colonial-trust-the-judische-colonialbank), qui devait être l'instrument financier du sionisme politique. Le second Congrès sioniste accorda aussi aux déléguées le droit de vote et les rendit éligibles aux fonctions dans toutes les questions sionistes.
Le troisième Congrès sioniste rendit complète l'organisation sioniste, en acceptant un statut qui réglementait les organisations et les élections. Enfin, il établit un ordre du jour définitif. Le cinquième Congrès établit le Jewish National Fund.