OKLAH WE-OKLAH
(Redirigé de OCHLAH WE-OCHLAH.)
Ouvrage massorétique ancien dans lequel sont rassemblées les observations et les règles de la Masorah ; il se compose de groupes de mots rares ou de certaines particularités du texte arrangés soit alphabétiquement, soit dans l'ordre des livres de la Bible, soit selon un autre principe, et contient également des règles brèves et des notes sur divers phénomènes trouvés dans le texte original de la Bible. Cet ouvrage, dont l'auteur est inconnu, tire son titre des deux premiers mots du passage d'ouverture, qui est une liste alphabétique de mots n'apparaissant que deux fois dans la Bible, dans un passage sans le waw préfixé et dans l'autre avec lui, la première de ces paires de mots étant « oklah » (I Sam. i. 9) et « we-oklah » (Gen. xxvii. 19).
Le livre est mentionné pour la première fois par Abu al-Walid ibn Janaḥ, non seulement dans son lexique (article ) mais même dans son premier ouvrage (voir « Opuscules », éd. Derenbourg, p. 57). Ibn Janaḥ l'appelle là « Masoret Oklah we-Oklah », et le désigne comme le livre le plus correct sur la Masorah. Il est cité, toutefois, dès le dixième siècle par le lexicographe caraïte David b. Abraham sous le titre (arabe) de « La Grande Masorah » (voir « Journal Asiatique », 1862, p. 139), et il est mentionné comme la « Masoret ha-Gedolah » par Rashi et son petit-fils R. Jacob Tam (voir « Monatsschrift », 1887, pp. 23 _et seq._). Il est clair, en outre, d'après les références dans les manuscrits que R. Gershom b. Judah, la « Lumière de l'Exil » (m. 1040), fit une copie de cette « grande Masorah » (_i.e._, le « Sefer Oklah we-Oklah »), et une autre transcription fut réalisée au douzième siècle par R. Menahem de Joigny. Graetz a mal interprété la première référence en pensant que R. Gershom avait écrit l'ouvrage (_ib._ pp. 18 _et seq._, 299 _et seq._), mais à l'époque de Gershom ce travail était depuis longtemps connu et hautement estimé en Espagne, comme le montre la citation d'Ibn Janaḥ. Au treizième siècle David Ḳimḥi mentionna l'ouvrage (_ib._ p. 21), et au quatorzième siècle une copie fut transportée de Catalogne à Venise (_ib._ p. 301).
Quand Jacob b. Ḥayyim édita la Masorah pour l'édition Bomberg de la Bible (1524-25), il emprunta la plupart du matériel pour la « Masorah Finalis » du « Sefer Oklah we-Oklah ». Elijah Levita utilisa également l'ouvrage dans ses études massorétiques, le décrivant comme un livre petit par la taille mais grand par la valeur (« Masoret ha-Masoret », éd. Ginsburg, Introduction, p. 93). Pendant trois siècles on le crut perdu, jusqu'à ce qu'il fût publié par Sol. Frensdorff d'après un manuscrit de Paris (Bibliothèque Nationale, MS. No. 148), sous le titre « Das Buch Ochlah W'ochlah » (Hanovre, 1864). Cette édition conduisit à la découverte d'un second manuscrit de l'ouvrage dans la bibliothèque de l'Université de Halle, par H. Hupfeld, qui le décrivit dans la « Z. D. M. G. » (1867, xxi. 201 _et seq._). Graetz, comparant l'édition Frensdorff avec le manuscrit de Halle (« Monatsschrift », 1887, pp. 1 _et seq._), montra que la version non éditée de l'ouvrage contenait un texte antérieur et plus complet, et aussi que la version utilisée par Jacob b. Ḥayyim devait différer des deux recensions précédentes. Dans le manuscrit de Halle le matériel est arrangé logiquement selon deux ordres, bien que cette division ne soit pas observée dans l'édition. Le manuscrit, avec lequel s'accordent les passages cités de la copie de R. Gershom ainsi que les citations de Rashi, comprend plus de 500 numéros au lieu des 374 numéros de l'édition, d'où il résulte que au cours du temps l'« Oklah we-Oklah » reçut plusieurs révisions et amplifications, comme R. Jacob Tam l'avait déjà signalé quand il dit (« Hakra'ot », éd. Filipowski, p. 11) que diverses choses furent ajoutées au livre de la « grande Masorah » qui ne lui appartenaient pas à l'origine.