LES MILLE ET UNE NUITS
Nom populaire d'une collection de contes écrits en arabe sous le titre « Alf Lailat wa Lailah » (Les Mille et Une Nuits), et rendue familière à toute l'Europe par l'adaptation française de Galland de 1703-1717. Les éléments constitutifs de la collection varient selon les éditions ; l'édition de Burton, qui est la plus complète, contient plus de 230 histoires, dont beaucoup en contiennent d'autres, ce qui porte le total à près de 400. Joseph Jacobs, dans une introduction à une réimpression de l'édition de Lane (Londres, 1896), a suggéré que ces histoires peuvent être divisées en quatre strates successives : (1) un noyau perso-indien composé de contes indiens traduits en pehlevi en même temps que des collections similaires de contes—[Barlaam](/articles/2530-barlaam-and-josaphat), [Bidpai](/articles/3279-bidpai-fables-in-hebrew) et [Sindbad](/articles/13769-sindbad)—ont été adaptées sous le règne de Chosroès Ier (531-79) ; ceux-ci sont insérés dans un cadre d'origine perse locale ; (2) une adaptation arabe faite à la cour de Harun-al-Rashid au neuvième siècle, sous le patronage des Barmécides, par Abu Abdallah Mohammed al-Jahshiyari ; (3) des additions faites au Caire entre le douzième et le quinzième siècle, et rédaction finale là qui donna à toute la collection une tonalité égyptienne ; (4) des additions trouvées seulement dans la traduction de Galland, incluant « Ali Baba », « Aladin » et « Prince Aḧmad », qui ont été retracées jusqu'au récit d'un chrétien natif d'Alep, nommé Hanna, qui visita Paris en 1709. L'intérêt juif dans les « Mille et Une Nuits » se relie aux première et troisième de ces sections.
Basé sur le Livre d'Esther.
De Goeje a suggéré que l'histoire-cadre de toute la collection, dans laquelle la reine Shahrazad évite l'exécution en racontant des contes pendant mille et une nuits, est la même histoire que celle du livre biblique d'Esther. Shahrazad, dans la tradition perse, est la belle-mère d'Assuérus, qui dans l'histoire biblique également charme ses nuits en se faisant lire des contes ; ses femmes aussi n'occupent leur charge que pour une nuit, jusqu'à ce qu'Esther obtienne une tenure plus sûre. M. de Goeje pense que les « Mille et Une Nuits » préservent une forme plus originale de l'histoire, car l'auteur du récit biblique a modifié le sort des co-femmes d'Esther.
F. Perles, dans une série d'articles contribués à la « Monatsschrift » (xxii.), a montré que plusieurs des contes des « Mille et Une Nuits »—principalement ceux tirés des additions cairotes—traitent de sujets juifs ou sont dérivés de sources juives. V. Chauvin, dans un traité spécial sur la recension égyptienne des « Mille et Une Nuits » (Bruxelles, 1899), a suggéré que ces contes juifs et d'autres ont été introduits par l'un des derniers rédacteurs, un Juif converti, probablement l'auteur de l'« Histoire d'un Homme de Jérusalem », quelquefois attribué à Abraham, fils de Maïmonide. Les contes juifs eux-mêmes sont probablement extraits d'une œuvre d'un converti juif à l'islam, [Wahb ibn Munabbih](/articles/14748-wahb-ibn-munabbih-abu-abd-allah-al-sana-ani-al-dhimari) (638-738), intitulée « Sujets juifs ».
Contes d'origine juive.
Les contes suivants des « Mille et Une Nuits » apparaissent d'après plusieurs enquêtes comme provenant de sources juives. Les numéros sont ceux de la liste comparative de W. F. Kirby donnée dans toutes les formes de l'édition de Burton ; les lettres entre parenthèses renvoient aux identifications de Perles :
- 22. Ala Al-Din Abu Al-Shamat. - 41. Ali Shah et Zumurrud. - 52. L'Israélite dévot (F.). - 114. L'Ange de la Mort et le Roi Orgueilleux. - 115. L'Ange de la Mort et le Roi Riche. - 116. L'Ange de la Mort et le Roi des Enfants d'Israël. - 117. Izkander (Alexandre le Grand) et les Pauvres Gens. - 119. Le Cadi juif et sa Femme pieuse (A.) - 122. L'Ouvrier pieux en plateaux et sa Femme (J.). - 126. Le Champion musulman. - 127. La Fille du Roi chrétien. - 128. Prophète et Providence (C.). - 130. Le Roi de l'Île et l'Israélite pieux. - 132. La Reine des Serpents : (a) Aventures de Bulukuia ; (b) Histoire de Jamshah. - 133 gg. Le Septième Voyage de Sindbad. - 136. Judar et Ses Frères. - 137. Ajib et Gharib. - 155. Hassan de Bassorah. - 161 k. L'Aveugle et le Boiteux (G.). - 163. Abdallah le Pêcheur. - 168. Abdallah ibn Fazil et Ses Frères. - 183 a. Harun al-Rashid et Tuḧfat al-Ḳulub. - 196. Histoire d'Ali Cogia (K.—l'une des additions de Galland). - 203. Sultan du Yémen et Ses Trois Fils. - 256. Histoire d'Abdallah (E.).
Outre ces histoires, il y en a plusieurs autres manifestement insérées par la même main. Ainsi, toute la collection du 114 au 132 semble être de la main de Wahb ibn Munabbih, tandis que « L'Aveugle et le Boiteux » (161 k.) fait partie d'une section de dix-huit contes qui sont tous racontés ensemble sous le titre « Roi Jali'ad de Hind ». Au total quelque quarante-cinq contes—près d'un neuvième du tout—peuvent être retracés jusqu'à cet éditeur juif de l'édition cairote, et Chauvin suggère que quinze autres ont été insérés, bien que non écrits, par lui.
L'une des contes peut être retracée jusqu'à la rédaction cairote par une référence aux coutumes juives. Dans le « Prince ensorcelé » (2 b) la Peri transforme les poissons de couleurs différentes en anciens habitants de la ville, le poisson jaune étant transformé en Juifs parce que les Juifs d'Égypte portaient des insignes jaunes, en vertu du pacte d'Omar ([voir Badge](/articles/2317-badge)).