KALILAH WA-DIMNAH (connu aussi sous le nom de Fables de Bidpai)
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Recueil de fables indiennes qui a été traduit dans la plupart des langues de l'Ancien Monde. Il semble avoir été composé en Inde, vers 300 de l'ère chrétienne, comme rival brahminique aux recueils de fables bouddhistes, et comprend des variantes de plusieurs jatakas, ou histoires de naissances du Bouddha. Il a été traduit en pehlevi vers 570, et de là s'est propagé vers l'ouest par des sources arabes. Selon Abraham ibn Ezra, cité par Steinschneider (« Z. D. M. G. » xxiv. 327), il aurait été traduit directement du sanskrit en arabe par le Juif (Joseph ?) qui aurait apporté les chiffres indiens de l'Inde. Que cela soit vrai ou non, le passage de l'arabe vers les langues européennes s'est effectué, dans chacun des trois principaux canaux, par des savants juifs. La version grecque a été faite par Simeon Seth, médecin juif à la cour byzantine au onzième siècle (voir cependant Steinschneider, « Hebr. Uebers. » p. 873, No. 148), et c'est de celle-ci que dérivèrent les versions slave et croate. L'ancienne version espagnole a probablement été traduite vers 1250 par les traducteurs juifs d'Alphonse le Bon ; celle-ci a conduit à une version latine. Mais la principale source des versions européennes de Bidpai était une version hébraïque faite par un certain Rabbi Joël, dont un rendu latin a été fait par Jean de Capua, un Juif converti, sous le titre « Directorium Vite Humane » ; c'est de celle-ci que dérivèrent les versions espagnole, allemande, italienne, néerlandaise et anglaise. Outre celle du Rabbi Joël, il existe une autre version hébraïque—par Rabbi Eleazar b. Jacob (1283) ; ces deux versions ont été éditées par Joseph Derenbourg (Paris, 1881), qui a également publié une édition du « Directorium Vite Humane » (_ib._ 1887).
Il a été prétendu que près d'un dixième des contes populaires européens les plus populaires dérivaient de l'une ou l'autre de ces traductions de la « Kalilah wa-Dimnah », parmi lesquels l'histoire de Perrette et son pot au lait (« La Perrette » chez La Fontaine), d'où dérive le proverbe, « Ne comptez pas vos poussins avant qu'ils ne soient éclos. » Beaucoup des contes de bêtes populaires et certains des éléments de Renart le Goupil se rencontrent aussi dans ce recueil indien. Beaucoup d'érudition a été consacrée à l'investigation de la distribution de ces contes à travers la littérature folklorique européenne, particulièrement par des savants juifs : par T. Benfey, dans l'introduction de sa traduction du « Pantchatantra », une édition sanskriste plus tardive de la « Kalilah wa-Dimnah » ; par M. Landau, dans ses « Quellen des Decamerone » ; par Derenbourg, dans ses éditions des textes latin et hébreu ; et par Steinschneider. Les versions hébraïques sont citées par Zerahiah ha-Yewani, Kalonymus (dans l'« Eben Boḥan »), Abraham b. Solomon, Abraham Bibago, et Isaac ibn Zahula (qui écrivit son « Meshal ha-Ḳadmoni » pour détourner le public juif de la « Kalilah wa-Dimnah »).