JOËL, LIVRE DE
—Données bibliques:
Les prophéties du Livre de Joël sont divisées en deux parties, comprenant respectivement (1) ch. i. 2-ii. 17 et (2) ch. ii. 18-iv. 21. Le contenu de la première partie peut être résumé comme suit:
Au début, le prophète attire l'attention des anciens et de tous les habitants du pays sur un événement à venir dont on n'a jamais vu de pareil, une terrible visitation de sauterelles (i. 2-7), qui sera concomitante avec une famine, et qui ensemble réduiront le pays entier à la misère la plus amère (i. 10-12, 16-20). Le prophète exhorte le peuple à jeûner, à prier et à se lamenter (i. 13 _et seq._, ii. 1-12 _et seq._). Dans cette double visitation, le prophète perçoit l'approche du « jour de Yhwh » (i. 15), qui doit être introduit par une terrible affliction (ii. 2-11) à moins que le peuple ne devienne véritablement repentant (ii. 12-17).
Dans la deuxième partie, on raconte d'abord comment le peuple a effectivement amené un changement bienveillant dans les plans de Dieu en obéissant aux injonctions du prophète (ii. 18); ceci est suivi de la réponse de Yhwh à la prière du peuple (ii. 19 _et seq._); ensuite vient la promesse du soulagement de la famine par des pluies abondantes et par une fécondité merveilleuse, après quoi l'esprit de prophétie doit être répandu sur toute chair, et le jour de Yhwh se rapprochera, accompagné de signes terrifiants au ciel et sur la terre. Ces terreurs, cependant, ne sont pas pour les Juifs, qui seront sauvés au jour du jugement parce qu'ils ont appelé le Seigneur, mais pour leurs ennemis (iii. 1-5). Au moment du changement du sort de Juda et de Jérusalem, le Seigneur rassemblera toutes les nations dans la vallée de Josaphat ([voir Josaphat, Vallée de](/articles/8567-jehoshaphat-valley-of)), là pour être détruites par l'accomplissement du jugement divin de colère (iv. 11-13), parce qu'elles ont pillé les trésors du Seigneur et ont vendu les fils de Juda et de Jérusalem aux fils des Grecs (iv. 5-8). Dieu sera un refuge pour son peuple (iv. 16); les étrangers ne passeront plus par Jérusalem (iv. 17); le sol de Juda deviendra extrêmement fertile, et une fontaine arrosera même la vallée de Shittim (_c.-à-d._, la vallée du Jourdain stérile), tandis que l'Égypte et Édom seront changées en désert à cause du mal qu'elles ont fait à Juda (iv. 18-19).
§ 1. Caractère double. —Vue critique:
Que Joël se compose de deux parties ressort de ii. 18, qui, si les règles de la syntaxe hébraïque sont appliquées, doit être construit comme un récit rapportant le changement d'attitude de Dieu subséquent à l'exhortation à la repentance. Ce n'est que par une mésinterprétation de la méthode du récit hébraïque que sera soulevée l'exigence, en opposition à cette construction, qu'un tel récit devrait nécessairement inclure l'histoire de l'accomplissement effectif de la pénitence. La négligence stylistique est très habituelle dans le récit hébraïque; et l'acte de pénitence est laissé à être fourni par le lecteur à partir du contexte — _c.-à-d._, en l'occurrence de l'exhortation prophétique à la repentance (la pénitence accomplite doit être fournie entre les versets 17 et 18). D'autre part, ni l'interprétation des imparfaits du verset 17 comme jussifsni même la lecture des imparfaits consécutifs (, etc.) comme simples imparfaits historiques (, etc.) ne justifie la traduction suivante approuvée par De Wette, Baudissin et d'autres: « Alors Yhwh sera jaloux pour sa terre et protègera son peuple; et Yhwh parlera et dira à son peuple », etc. Dans ce rendu, qui est inadmissible sur le plan linguistique, les paroles suivant le verset 17 apparaissent comme une promesse attachée à la pétition précédente pour un retour à la faveur, et la prophétie de Joël formerait alors un tout consécutif. Mais même l'acceptation de cette théorie ne supprimerait pas les difficultés pour fixer le moment de la prophétie de Joël.
§ 2. Date du livre:
Théorie d'une période préexilienne: (_a_) Selon l'opinion autrefois généralement admise, Joël écrivit au début du règne du roi Joas (836-797 av. J.-C.), et était par conséquent le plus ancien prophète à laisser un livre de prophéties. Cette théorie d'une date ancienne de composition a été soutenue surtout fortement par le fait qu'aucune mention n'est faite des Assyriens.
Le début du règne de Joas a été avancé en raison du défaut du livre de faire référence ou de nommer les Syriens de Damas, qui, selon II Rois xii. 18 _et seq._, ont sérieusement menacé Jérusalem sous Joas ([comp. Hazaël](/articles/7410-hazael)).
Raisons du moment du règne de Joas.
À l'appui de cette théorie, l'accent a été mis sur l'absence de toute référence au roi, ce qui indiquerait la période de la minorité de Joas, tandis que la prédominance de l'influence sacerdotale a conduit à la conclusion que Joas, au début de son règne, était sous l'influence du grand prêtre Jehoïada. Un autre point en accord en faveur de cette date était l'hostilité manifestée envers les Israélites par les nations mentionnées dans iv. (A.V. iii.) 4, 19, qui a été faite pour se rapporter à la rébellion des Édomites sous le roi Joram de Juda (849-842 av. J.-C.), occasion pendant laquelle les Arabes et les Philistins ont pillé Jérusalem (II Chron. xxi. 8 _et seq._, 16 _et seq._; comp. § 3, ci-dessous).
Raisons du temps de Josiah
(_b_) König place la composition du livre à une date beaucoup plus tardive, mais encore dans la période pré-exilique ; à savoir, à l'époque du roi Josiah, ou dans la période immédiatement suivante. Ses raisons sont celles-ci : La forme des prophéties est trop achevée pour remonter au début du style prophétique d'écriture ; en vérité, le caractère linguistique est celui du septième siècle environ avant notre ère. De plus, le contenu reflète l'époque de Josiah, car c'est alors que survint la grande famine que Jérémie (Jer. xiv. 2-6) décrit de manière semblable à Joël. Enfin, la mention des Égyptiens renvoie aux dernières années de Josiah (ou bien à celles immédiatement suivantes), se référant à la campagne de Josiah contre les Égyptiens. Le fait que ni les Assyriens ni les Babyloniens ne sont alludés milite contre la datation de König, puisque tous les autres prophètes pré-exiliques, d'Amos à Jérémie, reconnaissent le jugement de Dieu, qui doit tomber sur son peuple précisément dans l'extension de l'empire assyrien et, plus tard, de l'empire babylonien.
Théorie d'une période post-exilique : Cette théorie a d'abord été avancée, et au commencement avec une certaine hésitation, par Vatke ; depuis lors elle a été adoptée par Merx (qui tient le livre pour un midrash écrit après 445 avant notre ère), par Stade, Kuenen, Wellhausen, Wildeboer, Nowack, Kautzsch, Duhm, Oort, Cornill, et d'autres. Le dernier nommé, tenant le livre pour un abrégé de l'eschatologie juive tardive, le place en l'année 400 avant notre ère, parce que Jérusalem à ce moment non seulement était habitée, mais avait un temple (i 14, ii 15), ainsi qu'une muraille (ii. 9), ce qui indiquerait une période après Néhémie. Mais il omet de considérer le fait que les murailles mentionnées dans le texte sont certainement celles des maisons dans la ville.
De tout ce qui a été avancé en faveur de la théorie post-exilique, seulement des passages comme iv. (A. V. iii.) 17 ont véritablement quelque poids. L'énoncé, « Alors Jérusalem sera sainte, et aucun étranger ne la traversera plus », indique une ville qui avait été détruite — un sort qui advint à Jérusalem seulement sous Nabuchodonosor (voir davantage § 3, ci-dessous). D'autre part, iv. (A. V. iii.) 1 ne peut être invoqué, puisque les paroles  ne signifient pas, comme on l'a autrefois cru, « ramener la captivité » — ce qui mènerait en effet à la présupposition qu'une déportation des habitants de Judée et de Jérusalem avait précédé — mais plus correctement « tourner le sort ».
Objections contre la datation post-exilique
Les autres raisons avancées pour la théorie post-exilique ne sont pas très plausibles. Ainsi le fait que le roi n'est pas mentionné n'est pas remarquable, puisque le roi n'est pareillement pas mentionné en Nahum et en Habacuc. Si le silence de cette sorte a du poids, il devrait être considéré tout aussi décisif contre une datation post-exilique si le gouverneur et le grand prêtre n'étaient pas mentionnés dans une œuvre. Il n'y a pas non plus quelque chose de remarquable dans l'absence de toute mention des hauts lieux et de leur culte auprès du Temple à Jérusalem, puisqu'Isaïe et, avant lui, Amos ne reconnaissent que le Temple à Jérusalem comme la demeure de Dieu ; et Isaïe, contrairement à Amos et Osée, polémise même contre d'autres lieux de culte. Quand, toutefois, Joël en i. 9 parle de la cessation des offrandes de viande et de boisson comme d'une calamité, et en i. 13 _et seq._ exhorte les prêtres à jeûner en conséquence, cela ne devrait pas être considéré comme preuve d'un grand respect quelconque pour le rituel, une attitude si totalement étrangère à la période pré-exilique. Isaïe aussi mentionne l'offrande de viande (Isa. i. 13), et Amos souligne l'observance du Sabbat (Amos viii. 5) ; et quand les prophètes pré-exiliques rejettent le culte externe de Dieu, ils le font seulement dans la mesure où il tend à représenter la totalité de la vie religieuse de l'homme et à déplacer entièrement la véritable relation intérieure à Dieu (obéissance).
En revanche, la proclamation d'un jeûne à l'occasion de maux exceptionnels se trouve dans les récits du Livre des Rois (I Kings xxi. 9 ; comp. II Chron. xx. 3). Il a justement été souligné que la manière dont Joël, en vertu de sa charge prophétique, donne, pour ainsi dire, des ordres plus élevés aux prêtres, ne s'accorde nullement avec la position qu'occupait le sacerdoce durant le temps des Perses et après. La composition post-exilique du livre ne peut le moins du monde être prouvée par la mention des « anciens » (voir spécialement i. 14, où toutefois  est accusatif, non vocatif), puisque Joël ne parle pas d'eux comme de personnes officielles, mais désigne par « vieillards » seulement les plus respectés du peuple.
La théorie post-exilienne, en outre, loin d'écarter les difficultés, en suscite diverses autres d'une nature grave. En premier lieu, l'acceptation de la théorie post-exilienne de la composition nécessite l'hypothèse tout à fait improbable que le prophète en i. 1 _et seq._ se place à la fin des temps et parle à la génération du dernier jour. Puisqu'il n'y a pas d'annonce du jour final, la conclusion est naturelle que le discours d'ouverture du livre était destiné aux contemporains du locuteur ; mais, s'il en est ainsi, l'interprétation apocalyptique des paroles d'ouverture devient impossible, et cela infirme l'un des arguments les plus importants en faveur de la date tardive de la composition. Il faut remarquer, en outre, qu'aucune mention d'un jugement futur n'est faite avant iii. 1 (A. V. ii. 28), pour laquelle raison les nations hostiles à Israël ne sont mentionnées qu'après (_p.ex._, en iv. \[A. V. iii.\] 2).
Le Fléau des Sauterelles.
Une autre difficulté surgit quand, pour les besoins de la théorie post-exilienne, les sauterelles sont prises pour signifier non pas réelles mais des « sauterelles apocalyptiques » ; c'est-à-dire telles que la fantaisie du prophète les a inventées pour illustrer le jugement final. Or, le fléau des sauterelles est représenté comme ayant réellement commencé ; le prophète le décrit sans indiquer qu'il doit être attendu dans l'avenir ; et il exhorte donc ses compatriotes, qui ont souffert cette affliction avec lui, à la lamentation et à la repentance. De plus, par « sauterelles » n'est pas entendu, comme certains l'ont soutenu, l'armée montée d'un ennemi humain, car il n'y a rien dans la description qui indique autre chose qu'un réel fléau de sauterelles. S'il était vrai que par elles le prophète avait l'intention de désigner des cavaliers de l'ennemi, il en résulterait l'incongruité de comparer une armée de chevaux et de cavaliers à des héros et des guerriers (ii. 4. _et seq._). Quand les essaims de sauterelles sont appelés « septentrionaux » () en ii. 20, il est en vérité tout à fait naturel de penser à une armée venant du nord, parce que les sauterelles en Palestine viennent toujours du sud. Tandis qu'il n'est pas déraisonnable d'affirmer que les sauterelles décrites ici auraient pu être entraînées en Palestine par un vent du nord-est venant du désert syrien (ainsi Volck), cette théorie, face à l'explication plus naturelle de , n'apparaît que comme un palliatif. Mais la difficulté disparaît avec l'hypothèse qui va être considérée ensuite.
§ 3. Théorie de l'Origine de Joël en Deux Parties Différentes Écrites à des Temps Différents : Différence de Contexte Historique.
La théorie que ch. iii.-iv. (A. V. ii. 28-iii.) doivent être séparés de i.-ii. a été d'abord avancée par Rothstein dans la traduction allemande de l'« Introduction to the Old Testament » de Driver, Berlin, 1896 (p. 333). Il part du fait que les présuppositions générales dans les deux parties sont entièrement différentes : en ch. i. _et seq._ le peuple et l'État (Judée) apparaissent dans leur intégrité intacte ; le mal du jour est un terrible fléau de sauterelles accompagné d'une sécheresse dévorante ; aux passages où la relation aux autres nations est caractérisée, il n'y a aucune trace d'une condition affligeante provoquée, dans un sens politique, par l'ennemi (ii. 17 ; comp. _ib._ 19b). En revanche, en iii. _et seq._ (A. V. ii. 28 _et seq._) tout le contexte historique est d'ordre politique ; une référence à l'époque de détresse indiquée en i. 1 _et seq._ ne peut être découverte (pas davantage en ii. 18) ; de plus, le peuple, ou du moins une très grande partie de lui, est en exil ; le jugement dont il doit être sauvé selon i. _et seq._ a depuis longtemps eu lieu ; et Jérusalem est déjà foulée aux pieds et profanée par les Gentils.
Enfin, il faut ajouter qu'un grand nombre de passages en iii. (ii. 28 _et seq._) sont entièrement dépourvus d'originalité (à l'exception de iv. \[iii.\] 9 _et seq._, où probablement des fragments d'un original vigoureux ont été conservés). Rothstein conclut de cela que ch. i. et ii. ont été écrits par Joël pendant la minorité du Roi Joas ; que, en revanche, ch. iii. (ii. 28 _et seq._) et iv. (iii.) datent d'une période post-exilienne, et ont été écrits par un auteur qui manquait d'originalité, de sorte qu'il a rattaché son élaboration à la plus ancienne prophétie en ch. i. et ii., comme c'est le cas reconnu avec Abdias, versets 10-21 (avec laquelle section de nombreux parallèles se trouvent en Joël iii. _et seq._ \[ii. 28 _et seq._\]) et 1-9. Cet auteur, cependant, qui de son côté regarde le fléau de sauterelles annoncé en ch. ii. comme une référence symbolique à l'irruption de hordes hostiles, a aussi écrit ii. 20, auquel endroit il a expressément choisi des expressions qui conduiraient à penser à l'armée « septentrionalen » (_c.-à-d._, l'armée des païens qui avait déjà pénétré dans le pays) ensemble avec les essaims de sauterelles qu'il interprète symboliquement. De la même manière ii. 10-11 (ou sinon seulement 11a) ont émané de la même main, puisque ces versets donnent l'impression que l'auteur entendait de puissantes armées plutôt que des sauterelles.
Raisons de la Division.
Lorsque, d'autre part, on objecte (par Baudissin, dans « Einleitung in die Bücher des Alten Testaments », 1901, p. 499) que de cette manière les difficultés attachées à la détermination du temps ne sont nullement supprimées, puisque les raisons pour et contre une date pré-exilique s'appliquent aux deux moitiés du livre, il faut néanmoins reconnaître (comme Baudissin lui-même l'admet) que les difficultés de la théorie pré-exilique sont plus grandes dans la seconde partie. De plus, on ne peut admettre que les raisons qui pourraient justifier l'acceptation de la théorie pré-exilique se trouvent presque entièrement dans la seconde partie seulement. La datation de la prophétie au début du règne du roi Joash, qui s'appuyait sur l'identification des hostilités mentionnées en iv. (iii.) 4 _et seq._ avec la révolte des Édomites sous Jehoram, devra cependant être abandonnée. La difficulté surgit que ces descriptions s'appliquent encore moins à une période post-exilique qu'au temps du roi Joash (voir ci-dessous). En tout cas le caractère prophétique du ch. i. et ii., en contraste avec le caractère apocalyptique, qui commence réellement avec iii. 1 (ii. 28), est seul suffisant (comme l'a également souligné Baudissin) pour justifier la détermination chronologique des deux parties. De plus, l'attitude oratoire, le langage vigoureux, et l'originalité de l'expression et des illustrations—dont l'image d'être étalée comme la lumière du matin sur la montagne ne se trouve que dans Joël (ii. 2)—parlent en faveur de la date plus ancienne de composition de la première partie.
Il est erroné de supposer que la perfection de la forme de cette prophétie indique qu'elle n'a pas été écrite dans la première période de la composition prophétique, car, en face du Cantique de Débora et des élégies sur Saül et Jonathan, la possibilité d'une perfection de forme à la période où Joël écrivait ne peut être niée; tout comme dans d'autres littératures aussi les premiers écrits poétiques ont toujours été précédés par une période plus longue de développement poétique. Que Joël ait réellement prophétisé sous Joash, ou qu'il ne soit à placer que peu de temps avant Amos, est hors de propos, si l'on sépare le ch. iii. et iv. et en même temps ii. 4, 11, qui sont fondés sur la théorie ancienne. En faveur de l'époque peu de temps avant Amos, Baudissin a suggéré, non sans justesse, que aussi dans Amos une plaie de sauterelles conjointement avec une sécheresse est mentionnée comme un châtiment divin (Amos iv. 6-9; comp. vii. 1-6), et que dans ce livre, tout comme dans Joël iv. (iii.) 4 _et seq._ (si ce passage tout aussi bien que iv. \[iii.\] 9 _et seq._ date également d'une prophétie plus ancienne), il y a une plainte concernant la livraison d'esclaves capturés (Amos i. 6, 9) qui, malgré quelques variations, rend facile de supposer que le même événement est ici visé, à savoir l'égorgeage des Judéens au moment de la révolte d'Édom contre Juda sous Jehoram (comp. Amos i. 11 et Joël iv. \[iii.\] 19). La mention des « fils des Grecs » (en iv. \[iii.\] 6, si cela appartient encore à la partie plus ancienne) peut difficilement être prise comme une preuve contre cette théorie (bien qu'elle ait été apportée pour prouver une date très tardive de composition), puisqu'il n'existe aucune raison pour que les Grecs n'aient pas été mentionnés dans une période pré-exilique ancienne.
Raisons pour une composition ultérieure.
D'autre part, le fait que la plupart des données pointant vers une composition post-exilique se trouvent dans la seconde moitié du livre, après le ch. iii. (ii. 28), parle en faveur de la composition ultérieure du ch. iii. et iv. (ii. 28-iii.). Ceci est supposé sur les fondements suivants : Seul Juda est expressément mentionné, tandis que l'idée semble être de connoter à la fois Juda et Israël (ainsi ch. iv. \[iii.\] 2; mais non en ii. 27); aussi parce que dans la description du jour du jugement approchant pour les nations et de la glorification du peuple de Dieu il n'existe aucune référence à Éphraïm; enfin, surtout, parce que en iv. (iii.) 17, comme il a déjà été remarqué, non seulement la destruction de Jérusalem est présupposée, mais aussi la dispersion du peuple de Dieu, Israël, parmi les nations, et la division de la terre d'Israël.
Quant à la question concernant les sources prophétiques des passages respectifs, il est probablement plus facile de dériver les passages iii. 5 (ii. 32) d'Abdias, verset 17; iv. (iii.) 18 d'Éz, xlvii. 1 _et seq._; et iv. (iii.) 16 d'Amos i. 2—tous dans une partie qui donne l'impression d'un style d'écriture terne et stérile—que de supposer que ces passages dans Joël ont été originaux. Pour ces raisons la supposition que iii. et iv. (ii. 28-iii.) ont été écrits dans une période post-exilique semble offrir la solution la plus aisée de la difficulté.
§ 4. Théorie de la révision d'un livre plus ancien dans une période ultérieure :
La division du livre en deux parties convainc Baudissin (_l.c._ p. 499) qu'une telle révision doit avoir eu lieu. Il considère la description du jugement des nations avec sa référence à la dispersion d'Israël, la division de la terre de Yhwh, et le passage d'étrangers à travers Jérusalem comme des additions du réviseur. Mais la théorie laisse ouverte la possibilité que certaines parties de la seconde moitié du livre aient appartenu à la composition originale et aient été incorporées dans la compilation de l'écrivain postérieur, directement ou bien avec certains changements pour s'adapter aux temps. En vue de cela, et de la supposition ultérieure, d'abord suggérée par Rothstein, que le second auteur fit des changements et des additions aussi dans la première partie, il y a peu de différence entre les deux théories. De plus, il est possible de s'accorder avec Baudissin sur le fait que l'écrit original n'a pas besoin d'avoir eu son origine dans la période perse. Il est en effet conseillable de placer sa composition aussi tard que l'époque des Ptolémées, puisqu'alors la mention de l'Égypte pourrait se référer à la guerre en Égypte.