HEKHALOT RABBATI ; HEKHALOT ZUṬARTI
Deux écrits mystiques attribués à Ismaël ben Élisha ; désignés indistinctement par divers noms : « Sefer Hekalot », « Pirḳe Hekalot », « Pirḳe Rabbi Yishmael », « Pirḳe Merkabah », « Ma'aseh Merkabah », « Hilkot Merkabah ». Ils sont également cités comme le « Livre d'Énoch » et contiennent du matériel trouvé dans ce vieil apocryphon. Ils sont fondés sur les vestiges des livres apocalyptiques des Esséniens mystiques ([voir Apocalyptic Literature;](/articles/1643-apocalyptic-literature-neo-hebraic) [Eschatology;](/articles/5849-eschatology) [Essenes](/articles/5867-essenes)) trouvés dans la Mishnah (Ḥag. ii. 1) et le Talmud. Ils ont pris naissance, selon Hai Gaon (« Teshubot », No. 1), parmi les mystiques de l'époque géonique connus sous le nom de « Yorede Merkabah » (cavaliers du char céleste), qui, par l'ascétisme et la prière, entraient dans un état d'extase au cours duquel les cieux s'ouvraient devant eux et révélaient leurs mystères. Ces mystères, et les moyens par lesquels le « voyage Merkabah » peut être réalisé, sont décrits dans le « Hekalot Rabbati », dont trente fragments ont survécu. Il n'est pas encore clair ce qui distingue le « Hekalot Zuṭarti » du « Hekalot Rabbati », car ce dernier n'est connu que par les citations de Hai Gaon et d'autres.
Contenu du « Hekalot ».
Le « Hekalot Rabbati » commence par des louanges de ceux jugés dignes de voir le « Trône-Chariot » (). Rien de ce qui se produit ou est sur le point de se produire dans le monde ne leur est caché. Comme l'orfèvre distingue entre les métaux précieux et les métaux viles, ainsi les cavaliers Merkabah peuvent-ils distinguer entre les pieux et les méchants. Tout tort qui leur est fait est sévèrement puni. Ils sont si exaltés qu'ils ne peuvent se tenir debout devant personne sauf un roi, un grand prêtre ou le Sanhédrin. Suit une description du Trône-Chariot et des terreurs que la vue en inspire, de sorte que même les myriades d'anges qui l'ont continuellement devant leurs yeux sont parfois saisis d'un tremblement extatique. Vient ensuite un chapitre sur les martyrs lors des persécutions du roi romain Lupinus (Hadrien ?), parmi lesquels figuraient les cavaliers Merkabah Akiba, Neḥunya ben ha-Ḳanah, et Ismaël ben Élisha, l'auteur supposé de l'ouvrage. S'ensuit une énumération des anges et des formules par lesquelles ils peuvent être invoqués. Une description des sept salles célestes (« hekalot ») suit. Chaque salle est gardée par huit anges, dont l'auteur dérive les noms d'activités associées au nom de Dieu ; par exemple, Mataḳel (« Dieu Gracieux »), Baradel (« Dieu de la Grêle »). La porte de la septième salle est gardée par de terribles guerriers avec des épées dégainées, dont les yeux émettent des étoiles de feu, et dont les bouches jettent du charbon enflammé ; il y a aussi des gardes qui chevauchent sur des chevaux terribles, des chevaux de sang et de grêle, qui consument des fleuves de feu.
Celui qui recherche le mystérieux Trône-Chariot franchit ces salles par des formules qui ont la vertu de contraindre les anges à lui accorder l'admission. [Meṭaṭron](/articles/10736-metatron) lui sert de guide. Pour entreprendre le périlleux voyage Merkabah, il faut posséder toute la connaissance religieuse, observer tous les commandements et les préceptes, et jeûner fréquemment. Pour entrer dans l'état d'extase dans lequel le voyage Merkabah est entrepris, il faut rester immobile, la tête entre les genoux, absorbé dans la contemplation, et marmonnant des prières et des hymnes. Les derniers chapitres contiennent des hymnes de louange (chacun se terminant par le refrain « Trois fois Saint ! ») ; une conversation entre Dieu, Israël, et les anges sur les mystères, dont l'initiation confère une sagesse instantanée ; et une explication des mystères de certaines prières et formules magiques.
Influence.
Le « Hekalot Rabbati », comme le [Shi'ur Ḳomah](/articles/13595-shi-ur-komah), le Livre d'Énoch, et autres écrits mystiques de l'époque géonique, avec lesquels il est étroitement lié, a contribué très peu au système spéculatif de la Cabale. Il a cependant exercé une grande influence sur le développement de la poésie liturgique, les hymnes Ḳedushah étant modelés sur les vues trouvées dans cet ouvrage. Eleazar Ḳalir est supposé l'avoir utilisé dans la composition des « Yoẓarot » pour « Shabbat Sheḳalim ». Le « Hekalot Rabbati » a été publié, avec des additions de Joseph Gikatilla, sous le titre « Pirḳe Hekalot » (Venise, 1601 ; réimprimé à Cracovie, 1648, dans la collection « Arze Lebanon »). Il a été réédité, sans les additions de Gikatilla, par Jellinek (« B. H. » ii. 41 _et seq._, iii. 91 _et seq._), et par Wertheimer dans une édition séparée, avec quelques variantes.