Amos Oz
עמוס עוז
Région : Israël
registre Histoire · dépositaire, non propriétaire
Publié le 12 août 2026
Romancier et essayiste israélien de renommée mondiale, auteur d'Une histoire d'amour et de ténèbres. Il fut une figure morale du camp de la paix.
Introduction
La lignée que ce livre entend suivre porte deux noms comme on porte deux vies. Le premier, Klausner, vient de l'Europe orientale, des maisons d'étude et des bibliothèques, du yiddish et du russe, de la Lituanie et d'Odessa. Le second, Oz — « force », « vigueur » en hébreu — fut choisi, non reçu : c'est le nom qu'un adolescent de quinze ans se donna en rejoignant le kibboutz Houlda, rompant symboliquement avec l'univers intellectuel et livresque de sa famille pour se refonder dans la terre et le travail collectif.
Ce Grand Livre suit une lignée où la vertu majeure d'Israël — l'amour du savoir, la fidélité à l'étude et à l'écrit — s'incarna avec une intensité singulière, jusqu'à produire tour à tour l'un des plus grands historiens de la renaissance hébraïque et l'un des plus grands romanciers de langue hébraïque du XXe siècle. De Valkininkai à Jérusalem, d'Odessa au désert du Néguev, ce parcours de famille traverse les grands déchirements du judaïsme moderne : la fuite devant l'antisémitisme russe, l'exil, la renaissance de l'hébreu, l'aventure sioniste, le deuil et la refondation. Il s'achève dans l'œuvre d'un écrivain qui, après avoir rejeté le nom de son père, consacra son œuvre la plus ambitieuse à ressusciter ceux dont il était issu.
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Chapitre 1 : Kerem Avraham, 1939 — l'enfant du Livre entre deux guerres
C'est dans une Jérusalem pauvre et fervente, sous le Mandat britannique, que naît celui qui portera le nom Oz au-delà de la famille. Amos Klausner naît le 4 mai 1939 à Kerem Avraham, quartier populaire du nord de Jérusalem où se sont concentrés des milliers d'immigrants juifs d'Europe orientale. Il est le fils unique de Yehuda Arieh Klausner, bibliothécaire, et de Fania Mussman, qui lui transmet une sensibilité littéraire exquise et une mélancolie tenace. Les deux parents sont des immigrants sionistes : le père a étudié l'histoire et la littérature à Vilnius, en Lituanie ; la mère est issue d'une famille dont la grand-mère possédait un moulin à Rivne, en Pologne orientale — l'actuelle Ukraine — avant de venir s'établir à Haïfa en 1934.
L'enfant grandit rue Amos, dans un appartement étroit où les livres s'entassent jusqu'au plafond. Autour de lui, Kerem Avraham bruisse de l'hébreu reconstruit, du yiddish des anciens, du russe des intellectuels et du polonais des nostalgiques. C'est l'époque de la fin du Mandat, de la montée des tensions entre la communauté juive et les autorités britanniques, de la violence qui annonce la guerre d'Indépendance. La maison familiale est à la fois un refuge livresque et un avant-poste de l'espérance sioniste : le père croit à la patrie des mots autant qu'à la patrie de la terre.
La rupture survient lorsque Amos a douze ans. Sa mère Fania, rongée par une dépression que personne dans la famille ne sait nommer ni soigner, met fin à ses jours. Ce deuil brutal et silencieux devient la blessure centrale de l'existence de l'écrivain. Il mettra près d'un demi-siècle à l'écrire, à le nommer, à le restituer dans toute sa violence dans Une histoire d'amour et de ténèbres. La mort de Fania fait basculer une enfance déjà habitée par les livres vers quelque chose de plus sombre et de plus urgent : la nécessité de partir, de se réinventer, de refuser que le monde de son père soit aussi le sien.
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Chapitre 2 : Le kibboutz Houlda — la révolte et la vocation
En 1954, à quinze ans, Amos Klausner quitte Jérusalem et la maison de son père pour rejoindre le kibboutz Houlda, dans la plaine de Judée. Il y prend le nom d'Oz — « force » en hébreu — et y accomplira l'essentiel de sa vie de jeune homme et d'homme mûr, jusqu'en 1986. Ce geste de rupture est aussi un geste de fondation : en abandonnant le patronyme Klausner, le jeune Amos ne renie pas seulement son père, il choisit une autre tradition de la vertu juive — non plus la bibliothèque et l'encyclopédie, mais le champ, la communauté, le travail partagé.
Contre l'univers droitier et nationaliste de son grand-oncle Yossef, le jeune Oz embrasse le socialisme du kibboutz. Il travaille la terre, participe à la vie collective, sert dans Tsahal à la fin des années 1950. Puis il étudie la philosophie et la littérature hébraïque à l'Université hébraïque de Jérusalem, conciliant ainsi, sans le vouloir d'abord, les deux héritages qu'il croyait irréconciliables : la terre et le livre. Il commence à écrire dans le journal des kibboutzim et dans le quotidien Davar, mais ne publie rien de conséquent avant 1965.
Pendant la guerre des Six Jours en 1967, il sert dans une unité de chars dans le Sinaï. Lors de la guerre du Kippour en 1973, il est affecté sur le plateau du Golan. Ces deux expériences du combat — et de l'horreur qui l'accompagne — forgent durablement sa conviction que la paix ne peut advenir que par la négociation et le compromis, jamais par la seule force. L'écrivain qui émergera de ces années sera à la fois un homme de kibboutz, un soldat qui a connu la guerre, et un fils qui porte en lui le poids d'une mère perdue.
C'est à Houlda, en 1960, qu'il épouse Nily Zuckerman, avec qui il aura trois enfants — Fania, Galia et Daniel. En 1986, la famille quitte le kibboutz pour s'installer à Arad, cité du désert du Néguev, en raison de l'asthme de leur fils Daniel. Ce second déplacement géographique est aussi un déplacement intérieur : de la communauté à la solitude du désert, du collectif à l'écriture plus introspective des dernières décennies.
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Chapitre 3 : Aux confins lituaniens — la kloyz et le nom Klausner
Pour comprendre ce qu'Amos Oz a fui et ce à quoi il est finalement revenu, il faut remonter aux origines lituaniennes de la lignée. Les traces les plus anciennes et sûres des Klausner conduisent à Valkininkai (Olkeniki), bourg de l'actuelle Lituanie, au cœur du monde litvak — ce judaïsme d'étude rigoureuse, méfiant envers l'effusion hassidique, tout entier tourné vers la raison, le Talmud et la maîtrise du texte. C'est là que naît en 1874 Yossef Gedaliah Klausner, qui deviendra la figure fondatrice et rayonnante de la famille.
Le nom porté par cette lignée renvoie à la kloyz, la petite maison d'étude ashkénaze où l'on se consacrait à l'étude ininterrompue du Talmud [Dictionnaires des patronymes juifs d'Europe de l'Est et judéo-allemands]. Le Klausner — du terme Klaus, lui-même issu du latin claustrum — était l'homme attaché à cette maison d'étude, le savant sédentaire. L'archive onomastique et la vocation réelle de la lignée se répondent ici de manière troublante : le monde litvak dont sont issus les Klausner était précisément celui où le lamdan, le savant, valait plus que le riche, et où l'étude de la Loi constituait la plus haute des dignités.
La montée de l'hostilité antijuive dans l'Empire russe — les lois discriminatoires de l'ère d'Alexandre III, l'atmosphère de violence diffuse qui suivit l'assassinat d'Alexandre II en 1881 — poussa cette famille, comme des centaines de milliers d'autres, à quitter la Lituanie pour chercher ailleurs un avenir. Leur choix ne fut ni l'Amérique ni l'assimilation, mais Odessa, grande ville portuaire de la mer Noire, qui était devenue la capitale intellectuelle du réveil juif moderne. Ce nom, Klausner, que le jeune Amos répudiera en 1954, avait donc traversé plusieurs siècles d'étude et d'exil avant de lui parvenir. Le rejeter n'était pas si simple — et l'œuvre entière d'Oz porte la trace de cet arrachement.
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Chapitre 4 : Odessa et Jérusalem — Yossef Klausner, le savant fondateur
Odessa, à la charnière des XIXe et XXe siècles, fut le laboratoire de la renaissance culturelle juive : y vivaient et y écrivaient les grands noms de la littérature hébraïque et yiddish naissante, les théoriciens du sionisme culturel, les éducateurs et les journalistes qui allaient réinventer l'hébreu comme langue vivante. C'est dans ce foyer que le jeune Yossef Klausner déploie ses premiers talents, avant de parachever sa formation dans les universités d'Europe centrale.
Son œuvre conjugue le savoir et l'engagement collectif. Il reprend la direction de la revue HaShiloah, l'organe intellectuel fondé par Ahad Ha'am, devenant ainsi l'un des gardiens de la haute culture hébraïque. Il participe à plusieurs congrès sionistes et s'impose comme une voix intellectuelle du mouvement. Il émigre en Palestine en 1919 et y déploie une carrière académique de premier plan : professeur d'histoire de la littérature hébraïque à l'Université hébraïque de Jérusalem, rédacteur en chef de l'Encyclopedia Hebraica, lauréat du Prix Bialik en 1941 et en 1949. En 1949, il est même candidat à l'élection du premier président d'Israël — signe que le savant était devenu figure nationale, au point de concourir avec Chaim Weizmann pour la plus haute magistrature du nouvel État.
C'est ici que se noue l'apport le plus singulier — et le plus courageux — de la lignée à la pensée juive. Historien du Second Temple, Klausner osa aborder de front une figure que la tradition juive avait longtemps laissée dans l'ombre polémique : celle de Jésus. Dans son ouvrage majeur, Yeshu HaNozri (Jésus de Nazareth : son temps, sa vie, sa doctrine), il entreprit de restituer Jésus à son milieu juif, avec une audace érudite qui fit scandale dans certains cercles orthodoxes tout en étant saluée par les historiens. Sa démarche — reconnaître dans une figure devenue symbole de l'altérité chrétienne un fils authentique du judaïsme — relevait du courage intellectuel plutôt que de la polémique. Cette liberté de jugement, cette volonté de comprendre l'autre sans le renier ni s'y perdre, est ce que la mémoire d'Israël a produit de plus exigeant.
Le père d'Amos, Yehuda Arieh Klausner, prolongea cet héritage dans un registre plus humble mais non moins révérencieux : bibliothécaire à Jérusalem, il était le neveu du grand savant. Le bibliothécaire et l'encyclopédiste : deux visages d'une même dévotion au Livre, deux manières différentes de garder vivante la mémoire d'un peuple.
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Chapitre 5 : L'œuvre — de *Mon Michaël* à *Une histoire d'amour et de ténèbres*
La carrière littéraire d'Amos Oz commence réellement en 1965, avec un recueil de nouvelles, Terres du chacal (Artsot hatan), qui plonge le lecteur dans la violence sourde et les paysages désolés de la plaine de Judée. Dès ce premier livre, l'écrivain installe ce qui sera sa marque : une prose tendue, des personnages intérieurs, la tension entre le rêve collectif du kibboutz ou du sionisme et la réalité intime des individus qui le vivent. Le désert, la chaleur, les marges — géographiques et psychologiques — sont déjà les territoires naturels de sa fiction.
Son premier roman, Mon Michaël (1968), le propulse sur la scène littéraire internationale. Narré à la première personne par une femme, Hannah Gonen, qui se réfugie dans un monde intérieur de plus en plus dissocié de la réalité conjugale et nationale, le livre est à la fois une étude psychologique d'une précision clinique et une allégorie de la société israélienne des années 1960, tiraillée entre ses rêves et ses contradictions. Traduit dans de nombreuses langues, il fait d'Oz l'écrivain israélien le plus lu à l'étranger de sa génération.
Suivront des romans, des recueils de nouvelles, des essais — une production d'une régularité et d'une cohérence exceptionnelles, publiée d'abord aux presses du parti travailliste Am Oved, puis chez Keter. Parmi les jalons majeurs : Toucher l'eau, toucher le vent (1973), La Boîte noire (1987) — qui vaudra à l'auteur le prix Femina étranger en France —, Connaître une femme (1989), La Vie d'un homme (2009), Judas (2014). Chaque roman explore une facette différente de la société israélienne, du conflit israélo-arabe, de la famille, de la trahison et de l'amour — sans jamais sacrifier la complexité des individus à la thèse politique.
En 2002 paraît le livre qui domine toute l'œuvre : Une histoire d'amour et de ténèbres (Sipur al ahava ve-hoshech). Ce récit autobiographique monumental — plus de huit cents pages dans l'édition hébraïque — reconstitue patiemment la saga de la famille Klausner, remontant d'Odessa et de Vilnius jusqu'à Jérusalem. Oz y retrace l'enfance sous le Mandat, la mort de sa mère, la figure du grand-oncle Yossef, le père bibliothécaire, les voisins et les fantômes d'un quartier où toute l'Europe orientale juive semblait avoir trouvé refuge avant de disparaître dans la Shoah ou l'exil. Ce livre est le lieu où la mémoire de la lignée et l'archive historique se répondent : le romancier y confirme, y nuance et y humanise les figures que les encyclopédies consignent sèchement. Le grand-oncle Yossef, professeur célèbre et candidat à la présidence, y apparaît en homme faillible et attachant ; le père bibliothécaire, en érudit modeste et blessé ; la mère, en âme brisée dont la disparition est le centre de gravité invisible de tout le livre.
Par cette œuvre, la lignée boucle sa boucle : le nom Klausner, qui désignait la maison d'étude, engendre à la fin un livre qui est lui-même une maison de mémoire, où toute une famille — et à travers elle tout un monde juif d'Europe orientale englouti par l'exil et la Shoah — trouve refuge. L'écriture devient ici acte de fidélité et de charité envers les morts : ne pas laisser disparaître, transmettre, faire vivre encore. C'est la plus juive des vertus littéraires, celle du zakhor, le commandement de se souvenir.
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Chapitre 6 : La paix et le fanatisme — l'écrivain comme conscience politique
On ne peut lire l'œuvre d'Amos Oz sans mesurer l'ampleur de son engagement public. Cofondateur du mouvement Shalom Achshav (« La Paix maintenant ») en 1978, il fut pendant quatre décennies l'un des défenseurs les plus constants et les plus audibles de la solution à deux États dans le conflit israélo-palestinien. Cet engagement n'était pas un supplément d'âme ajouté à une carrière littéraire : il en était le prolongement direct. Pour Oz, écrire un roman et plaider pour la paix relevaient du même geste — comprendre l'autre, le rendre lisible, refuser l'anathème commode au profit d'une vérité plus difficile et plus humaine.
Ses essais politiques — notamment La troisième sphère et Comment guérir un fanatique (2002) — prolongent cette conviction. Ce dernier texte, issu de deux conférences, est une méditation sur la nature du fanatisme : Oz y distingue le fanatique convaincu de convertir le monde à une vérité unique de celui qui, simplement, cherche à imposer sa vérité aux autres. Le remède qu'il propose n'est pas la tolérance vague, mais la capacité à imaginer la complexité de l'autre — ce que le roman permet et que la propagande interdit. Cette position le rendit parfois impopulaire dans les deux camps : trop « doux » pour les uns, trop critique pour les autres. Il assuma cette impopularité avec constance.
Amos Oz enseigna la littérature à l'Université Ben-Gourion du Néguev, à Beer-Sheva, poursuivant ainsi dans l'institution académique la vocation pédagogique et intellectuelle qui avait été celle de son grand-oncle Yossef à Jérusalem. Les prix s'accumulèrent au fil des décennies, témoignant de la reconnaissance internationale de cette double œuvre — littéraire et civique : Prix Bialik (1986), Friedenspreis des Deutschen Buchhandels (1992), Légion d'honneur (1997), Prix Israël de littérature (1998), Prix d'Asturias (2007), Prix Goethe (2005), Prix Heine (2008). Il mourut le 28 décembre 2018 à Petah Tikva, à l'âge de soixante-dix-neuf ans, laissant une œuvre de plus de trente ouvrages traduits dans le monde entier.
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Chapitre 7 : Arad, le désert et l'écriture — l'espace d'une voix
En 1986, Amos Oz quitte le kibboutz Houlda pour s'installer à Arad, petite ville de pierres claires perchée au bord du désert du Néguev. La raison immédiate est médicale — l'air sec du désert convient à l'asthme de son fils Daniel. Mais le déplacement a aussi une logique intérieure : celui qui avait fui la bibliothèque de son père pour le champ collectif du kibboutz se retrouve maintenant face à la solitude et au silence du désert. Ce troisième paysage — après Jérusalem et Houlda — est peut-être le plus ozien de tous.
Dans la fiction d'Oz, le désert n'est jamais un décor neutre : c'est l'espace où les solitudes deviennent visibles, où les personnages se retrouvent face à eux-mêmes sans les protections que la vie collective ou urbaine leur offre. Dès les premières nouvelles des Terres du chacal, le désert de Judée fonctionnait déjà comme une force narrative — aride, inquiétante, propice aux résurgences du passé et aux obsessions qui ne se disent pas en plein jour. À Arad, l'écrivain vit dans le paysage même qu'il avait décrit.
C'est depuis Arad qu'il observe, à distance, la société israélienne. Cette distance n'est pas indifférence : elle est la condition d'une lucidité que la proximité rend difficile. Les romans de la maturité — La vie d'un homme, Judas, Chers fanatiques — portent la marque de cet observatoire du désert : une voix plus économe, des personnages plus resserrés, une attention aiguisée aux silences et aux malentendus entre les êtres. Arad est aussi le lieu depuis lequel Oz écrit Une histoire d'amour et de ténèbres, ce retour paradoxal vers la Jérusalem de son enfance : le désert comme distance nécessaire pour voir enfin clairement ce que la proximité avait rendu opaque.
Sa fille aînée, Fania Oz-Salzberger, enseignante d'histoire à l'Université de Haïfa et écrivaine elle-même, a coécrit avec son père Les Juifs et les mots (2012), dialogue sur la transmission culturelle et la continuité juive à travers le langage. La lignée Klausner-Oz, fidèle à sa vocation la plus ancienne, continue de porter la parole écrite d'une génération à l'autre.
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Les grandes figures
Yossef Gedaliah Klausner (1874–1960) — Né à Valkininkai (Olkeniki), en Lituanie, et élevé à Odessa, Yossef Klausner est le grand-oncle d'Amos Oz et la figure intellectuelle tutélaire de la lignée. Historien du Second Temple, critique littéraire et ardent promoteur de la renaissance hébraïque, il reprit la direction de la revue HaShiloah, enseigna à l'Université hébraïque de Jérusalem, dirigea l'Encyclopedia Hebraica et publia, avec une audace que certains cercles orthodoxes jugèrent scandaleuse, Jésus de Nazareth : son temps, sa vie, sa doctrine — œuvre pionnière de l'historiographie juive du christianisme naissant. Lauréat du Prix Bialik en 1941 et 1949, candidat à la première présidence de l'État d'Israël en 1949, il incarne la synthèse du savoir litvak et de l'engagement sioniste.
Fania Mussman Klausner (vers 1912–1952) — Mère d'Amos Oz, née en Ukraine dans une famille dont les racines sont à Rivne, elle grandit dans une atmosphère empreinte de culture et de mélancolie. Venue en Palestine avec ses parents dans les années 1930, elle épouse Yehuda Arieh Klausner à Jérusalem. D'une sensibilité littéraire remarquable, elle transmet à son fils l'amour de la langue et une acuité émotionnelle qui traversera toute son œuvre. Elle met fin à ses jours lorsque Amos a douze ans. Cette mort, longtemps tue, est au cœur d'Une histoire d'amour et de ténèbres — le livre par lequel son fils lui rend, un demi-siècle plus tard, une existence et une voix.
Yehuda Arieh Klausner (vers 1910–vers 1970) — Père d'Amos Oz, né et formé à Vilnius, en Lituanie, où il étudia l'histoire et la littérature. Neveu de Yossef Klausner, il émigra en Palestine dans les années 1930, s'établit à Jérusalem et exerça comme bibliothécaire. Homme d'une érudition modeste et d'une sensibilité blessée, il incarne dans l'œuvre de son fils une figure d'affection et de distance mêlées — l'homme de livres dont l'enfant voulut se séparer et vers lequel l'écrivain ne cessa de revenir. Une histoire d'amour et de ténèbres lui restitue, avec tendresse et lucidité, une présence que les encyclopédies ignorent.
Amos Oz (1939–2018) — Né Amos Klausner le 4 mai 1939 à Jérusalem, mort le 28 décembre 2018 à Petah Tikva. Écrivain, romancier, nouvelliste et essayiste en hébreu, il est la figure centrale de ce livre. Après avoir adopté le nom Oz en rejoignant le kibboutz Houlda en 1954, il étudie à l'Université hébraïque de Jérusalem et publie son premier recueil en 1965. Auteur d'une trentaine d'ouvrages traduits dans le monde entier — dont Mon Michaël (1968) et Une histoire d'amour et de ténèbres (2002) —, cofondateur du mouvement Shalom Achshav et professeur à l'Université Ben-Gourion du Néguev, il est à la fois l'écrivain israélien le plus lu à l'étranger de sa génération et l'une des consciences morales les plus tenaces de son pays.
Nily Zuckerman Oz (née vers 1940) — Épouse d'Amos Oz, avec qui elle se marie en 1960 au kibboutz Houlda. Elle partage avec lui les décennies du kibboutz, puis le départ pour Arad en 1986. Peu documentée en dehors des mentions dans les biographies de son mari, elle apparaît dans plusieurs témoignages comme une présence silencieuse et essentielle dans la vie de l'écrivain, assurant la continuité d'une existence familiale que les engagements littéraires et politiques d'Oz auraient pu fragiliser.
Fania Oz-Salzberger (née en 1960) — Fille aînée d'Amos Oz, portant le prénom de sa grand-mère maternelle, dont le destin fut ainsi symboliquement réparé par la transmission du nom. Historienne et essayiste, professeure à l'Université de Haïfa, elle coécrit avec son père Les Juifs et les mots (2012), dialogue entre un père et sa fille sur la transmission culturelle juive à travers le langage écrit. Elle représente la continuité vivante de la lignée Klausner-Oz, portant dans la génération suivante la vocation de l'écriture et de la mémoire.
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Conclusion
De Valkininkai à Jérusalem, d'Odessa au désert du Néguev, la lignée Oz (Klausner) aura traversé les grands déchirements du judaïsme moderne : la fuite devant l'antisémitisme russe, l'exil répété, la renaissance de l'hébreu, l'aventure sioniste, le deuil et la refondation. Elle aura donné à Israël un de ses plus grands historiens, Yossef Klausner, et un de ses plus grands écrivains, Amos Oz — l'un tourné vers le passé du peuple juif, l'autre vers ses tourments présents et ses espérances futures.
S'il fallait nommer, entre toutes, la vertu que cette famille aura le mieux exprimée, ce serait la fidélité au Livre et à la parole écrite comme forme suprême de la transmission et de la mémoire. Le nom même de Klausner — l'homme de la maison d'étude — en était la promesse ; l'encyclopédie de l'un et les romans de l'autre en furent l'accomplissement. Même la révolte d'Amos, qui rejeta le nom pour choisir celui d'Oz, ne fit que déplacer cette fidélité sans jamais la trahir : car c'est encore par l'écriture qu'il honora, à la fin, ceux dont il était issu.
Le geste le plus révélateur de toute la lignée est peut-être celui de sa conclusion : Amos Oz donna à sa fille le prénom de sa mère disparue, Fania, et cette Fania-là devint à son tour une femme de lettres. Le zakhor — le commandement de se souvenir — ne se récite pas, il se transmet. En cela, cette lignée participe pleinement de la vocation la plus ancienne d'Israël : préserver la mémoire, transmettre le savoir, et tenir que les mots, mieux que la pierre, résistent à l'oubli et à la mort.
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Sources & ressources
Ouvrages de l'auteur
[Amos Oz in Literaturhaus] .[videorecording].
[1991]
A Perfect Peace
מנוחה נכונה1982
A Tale of Love and Darkness
סיפור על אהבה וחושך2002
Black Box
קופסה שחורה1987
Don't Call It Night
אל תגידי לילה1994
Elsewhere, Perhaps
מקום אחר1966
Fima (The Third Condition)
המצב השלישי1991
In the Land of Israel
פה ושם בארץ ישראל1983
Judas
הבשורה על פי יהודה2014
My Michael
מיכאל שלי1968
The Hill of Evil Counsel
הר העצה הרעה1976
The Same Sea
אותו הים1999
To Know a Woman
לדעת אישה1989
Touch the Water, Touch the Wind
לגעת במים לגעת ברוח1973
Unto Death
עד מוות1971
Where the Jackals Howl
ארצות התן1965
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