AMON, ROI DE JUDAH
Données bibliques :
Les récits bibliques concernant Amon se trouvent en II Rois, xxi. 18-26 et en II Chron. xxxiii. 20-25 ; il est mentionné en I Chron. iii. 14 parmi les descendants du Roi David. Ailleurs, on parle de lui simplement comme du père de Josiah. Il était le fils du Roi Manasseh et de Meshullemeth, fille de Haruz de Jotbah, et à l'âge de vingt-deux ans il succéda au trône à la mort de Manasseh. Son court règne de deux ans (environ 640-638 av. J.-C.) semble avoir été remarquable surtout par la répétition des pratiques idolâtres de son père. En fait, selon le récit des Chroniques, Amon était pire que son père ; car Manasseh se repentit de son idolâtrie (II Chron. xxxiii. 12), mais Amon « ne s'humilia pas devant le Seigneur, comme Manasseh, son père, s'était humilié » (II Chron. xxxiii. 23), mais sacrifia à toutes les images taillées que son père avait faites. Il fut assassiné dans son palais par une bande de conspirateurs composée de ses propres serviteurs ; mais le peuple vengea sa mort en tuant les conspirateurs et en mettant sur le trône le fils du roi, Josiah. Amon fut enterré dans le jardin d'Uzza, où son père avait été enterré avant lui (II Rois, xxi. 18).
Dans la littérature rabbinique :
Le fait qu'Amon fut le plus pécheur de tous les rois méchants de Judah (II Chron. xxxiii. 23) est mis en évidence dans le Talmud (Sanh. 103_b_) de la manière suivante :
(Sanh. 104_a_)
Ahaz suspendit le culte sacrificiel, Manasseh démolit l'autel, Amon en fit un lieu de désolation [le couvrit de toiles d'araignée] ; Ahaz scella les rouleaux de la Loi (Isa. viii. 16), Manasseh radia le nom sacré, Amon brûla complètement les rouleaux [comparer Seder Olam, R. xxiv. Ceci est tiré de l'histoire de la découverte du Livre de la Loi, II Rois, xxii. 8] ; Ahab permit l'inceste, Manasseh le commit lui-même, Amon agit comme on dit que Néron agit envers sa mère Agrippina. Et pourtant, par respect pour son fils Josiah, le nom d'Amon ne fut pas placé sur la liste des rois exclus du monde à venir.
Un fragment midrashique conservé dans les Constitutions apostoliques, ii. 23, qui semble suivre un récit du repentir de Manasseh selon un écrit apocryphe juif perdu, dit :
« Aucun péché n'est plus grave que l'idolâtrie, car c'est une trahison envers Dieu. Pourtant même cela a été pardonné sur la sincère repentance ; mais celui qui pèche par simple esprit de contradiction, pour voir si Dieu punira les méchants, ne trouvera pas de pardon, bien qu'il dise en son cœur, « J'aurai la paix à la fin (en me repentant), quoique je marche dans l'opiniâtreté de mon mauvais cœur » » (Deut. xxix. 19). Tel était Amon, fils de Manasseh, car l'(Écriture apocryphe) dit : « Et Amon délibéra un mauvais dessein de transgression et dit : « Mon père dès son enfance fut un grand transgresseur, et il se repentit dans sa vieillesse. Ainsi je marcherai maintenant selon la convoitise de mon âme et je me tournerai ensuite vers le Seigneur. » Et il fit le mal en la vue du Seigneur plus que tout ce qui avait été avant lui ; mais le Seigneur Dieu l'ôta rapidement de cette bonne terre. Et ses serviteurs conspirèrent contre lui et l'ont tué dans sa propre maison, et il régna seulement deux ans. »
Il est remarquable que ce même fragment midrashique jette une lumière sur l'enseignement emphatique de la Mishnah (Yoma, viii. 9) : « Quiconque dit, « Je pécherai et je me repentirai ensuite », ne lui sera pas accordé le temps de la repentance. »
Vue critique :
C'est assez malheureusement que si peu de choses sont connues du règne d'Amon, roi de Juda ; car il vécut évidemment dans une période critique. Les efforts des prophètes pour établir une forme pure du culte de YHWH avaient été triomphants pendant un court laps de temps sous le règne d'Ézéchias ; mais une réaction contre eux s'amorça après la mort de ce dernier, et tant Manassé que son fils Amon semblent avoir suivi la tendance populaire en rétablissant l'ancienne forme canéenne du culte, incluant le culte de l'Ashéra et de Moloch. Que Manassé ait « repenti », comme la chronique nous l'assure, c'est plus que douteux. Il n'existe aucun enregistrement de cela dans le livre des Rois, et absolument aucune indication d'un tel changement dans le cours ultérieur des événements. Le peuple clairement n'était pas encore préparé aux idées religieuses plus élevées ; et la crainte constante que Jérusalem ne rencontrât le même sort que Samarie—proclamé si hardiment par les prophètes—au lieu de rapprocher le peuple de YHWH, le fit sentir que la divinité nationale les avait abandonnés. C'était en temps d'agitation populaire qu'on se réfugiait dans les anciens rites, qui semblaient mieux capables de supporter l'épreuve des événements pénibles et de la calamité imminente. En tout cas, il est significatif que la mort d'Amon ait été causée par une intrigue de palais, et que le « peuple du pays », comme le rapporte directement le récit (II Rois, xxi. 23), se soit rassemblé pour venger sa mort. Il est tout à fait équitable de conclure de cela que le roi jouissait d'une grande faveur populaire, et que sa mort fut non seulement regrettée par ses sujets en général, mais fit une impression si profonde qu'elle mena à un mouvement populaire qui réussit à assurer la succession au fils d'Amon, Josias, sous lequel le parti de la réforme religieuse, guidé par les enseignements prophétiques, était destiné à remporter une victoire permanente. Pour une vue plus détaillée des conditions religieuses et politiques prévalant avant et après le règne d'Amon, [voir Manassé](/articles/10343-manasseh) et [Josias](/articles/8926-josiah).