Les Juifs de Salé (Maroc)
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Région : Afrique du Nord
registre Mémoire · dépositaire, non propriétaire
Sise sur le Bou Regreg face à Rabat, dont elle est la ville jumelle, Salé (סאלי, que les Juifs appelaient « Sla », סלא — mot qui, en araméen et en judéo-maghrébin, signifie prière ou synagogue, ce que la tradition tenait pour révélateur de sa vocation spirituelle) fut l'une des plus prestigieuses communautés juives du Maroc. La présence juive dans la région est très ancienne : la tradition rapporte des implantations dès l'époque romaine à Sala, Volubilis et Tanger, et évoque un décret que l'empereur Justinien aurait adressé à la ville de « Salmon » pour contraindre les Juifs à la conversion. La population se composait de deux souches : les toshavim, résidents anciens réputés descendre des exilés de la destruction du Second Temple, et les megorashim, expulsés d'Espagne arrivés lors du petit exil de 1391 et du grand exil de 1492. De cette rencontre naquit la fameuse controverse de la « nefiha » (l'insufflation du poumon pour vérifier la casherout), que les expulsés permettaient et les anciens interdisaient, et pour laquelle Rabbi Haïm Gagin rédigea le fascicule « Etz Haïm ». Bien que n'atteignant à son apogée qu'environ cinq mille âmes, la communauté produisit plus de cent œuvres tôrah et donna au monde juif l'Or HaHaïm HaKadosh, Rabbi Haïm ben Attar (Salé 1696 – Jérusalem 1743), auteur du célèbre commentaire de la Torah et fondateur à Jérusalem du beit midrash « Knesset Israël ». Autour de son grand-père, Rabbi Haïm ben Attar l'Ancien, avaient été posées les fondations de la yeshiva « Or HaHaïm ». Les sages y furent innombrables : les familles Ben Attar, d'Avila (Rabbi Eliezer d'Avila, le rav ADA), Toledano (le Maharḥat de Salé), Bibas, Ben Tzur, HaTzarfati, ainsi que Rabbi Yaakov Sasportas, grand adversaire du sabbataïsme, qui divisa la ville en quatre camps en 1667 avant que les forces rabbiniques ne l'emportent. Le sommet de cette lignée savante fut la dynastie Encaoua (Alnkava), issue de Tolède via Tlemcen où s'était réfugié Rabbi Ephraïm Alnkava en 1391 : elle culmina en Rabbi Raphaël Encaoua, « le Malakh Raphaël » (1848-1935), chef du Beit Din de Salé, premier Grand Rabbin du Maroc et président du Haut Tribunal rabbinique de Rabat, décoré par la France en 1930. Sa hilloula, célébrée à Lag baOmer sur sa tombe au cimetière de Salé, fut dans les années 1940-1960 l'un des plus grands jours de commémoration de tout le pays. La vie se concentrait dans le mellah — le vieux mellah, où vécut l'Ancien, puis le nouveau mellah établi il y a environ deux siècles dans les murs de la ville, sur l'emplacement de l'ancien port mérinide, à la suite du décret du sultan Moulay Slimane (1807) imposant aux Juifs de plusieurs villes de résider dans un quartier réservé. On y trouvait de nombreuses synagogues (Encaoua, Bibas, ben Attar, Amsellem, Toledano…), des yeshivot, un talmud torah, des soupes populaires et des confréries d'étude du Zohar, de Bikur Holim ou d'Eliyahou HaNavi. Le Beit Din de Salé jouissait d'une autorité que Rabat elle-même reconnut avant d'avoir le sien. Sous les sultans, la communauté connut décrets et persécutions — la secte almohade au temps de Maïmonide, les rapts d'enfants réduits en esclavage rapportés par les chroniques, la condamnation au bûcher évitée de justesse de Rabbi Moché ben Attar sous Moulay Ismaïl — mais aussi des figures de naguid actives auprès du pouvoir. L'économie reposait sur l'agriculture et le commerce, encadré par les décrets des dayanim. Ses coutumes témoignent d'une piété intense : Psaumes récités en chœur, Shirat HaBakashot chaque Shabbat, rigueur pascale sans kitniyot, Hanoukka proclamée « fête des femmes », cérémonie de la guéniza enterrée en cortège au lendemain de Shavuot, et culte fervent des saints. À l'ère moderne, ses rabbins, Rabbi Raphaël puis son fils Rabbi Mikhaël, s'opposèrent à l'implantation de l'Alliance israélite, tandis que beaucoup de fidèles émigrèrent très tôt vers la terre d'Israël, à Jaffa et Tibériade. La monographie de référence est « Salé et ses sages » (סאלי וחכמיה) d'Ori Hananya Elnekaveh, descendant des rabbins de la ville.
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Sources & ressources
- Encyclopedia of Jews in the Islamic World — Brill
- Jewish Virtual Library ↗
- Moreshet Morocco (monographie communautaire) ↗
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