Les Juifs de Demnate
Créer le Grand Livre avec notre IAדמנאת
Région : Afrique du Nord
registre Mémoire · dépositaire, non propriétaire
Nichée à environ 1000 mètres d'altitude au pied du Haut Atlas, à quelque 120 kilomètres à l'est de Marrakech en pays chleuh, Demnat — que la littérature rabbinique du XVIIe siècle mentionne sous le nom de « Ksour Moussa » — a abrité l'une des plus anciennes communautés juives du Maroc. La tradition locale fait remonter l'arrivée des juifs vers l'an 1100, une quarantaine d'années après la fondation de la ville, et les habitants aimaient à rappeler avec fierté que leur cité aurait précédé Marrakech de cent cinquante ans. Avant le XVIe siècle, la communauté conservait un caractère judéo-berbère marqué ; en 1782, Demnat figurait sur la liste dressée à Meknès des vingt-six localités du Maroc pourvues d'une communauté juive. Au XIXe siècle, les juifs formaient environ la moitié d'une population estimée à 4000 âmes. La communauté vivait de l'artisanat et du commerce au service des tribus berbères des villages alentour : tanneurs, orfèvres, forgerons, maçons, menuisiers, cordonniers et tailleurs, auxquels s'ajoutaient prêteurs sur gages, tandis que les femmes tissaient des tapis. Les juifs de Demnat produisaient une mahia (eau-de-vie de raisins secs) et un vin doux réputés parmi les meilleurs du Maroc, selon Nahum Slouschz. On y parlait un mélange de berbère et d'arabe teinté d'hébreu et d'espagnol, la langue d'écriture étant le judéo-arabe. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la communauté était placée sous la protection de Yehoshua Corcos, chef des juifs de Marrakech, qui lui obtint l'exemption de la jizya. Le mellah, ceint d'une muraille séparant le quartier juif de la médina musulmane, comptait sept synagogues selon Slouschz (1913), dont « Al-Jamaa al-Moriscos », fondée par les expulsés d'Espagne et fidèle au rite de prière espagnol. Après les émeutes de 1887, le sultan Hassan Ier fit édifier aux frais du trésor un mellah neuf, achevé en 1893 avec cinq synagogues et un mur de protection — que l'ethnographe Flamand, premier à étudier scientifiquement un mellah, décrivit peuplé de 1600 âmes réparties en 95 maisons. À la mort du sultan en 1894, ces synagogues furent incendiées et le mellah pillé, un sort qui se répéta lors des troubles de 1908. La coexistence judéo-musulmane, réelle, se lisait dans la vénération partagée de saints — ainsi au sanctuaire de Sidi Mhasser, à Imin'Ifri, où juives et musulmanes venaient implorer la fertilité — mais elle fut aussi entachée de violences, dont une tuerie que les historiens situent en 1854 et des conflits récurrents autour de l'eau. La tradition compte onze tsaddikim enterrés à Demnat, parmi les familles Nahmias, Cohen, Danino, Bohbot ou Elmaleh. La vie savante rayonna à travers Rabbi Mordekhaï Attia, auteur du Mar Deror (Izmir, 1730), Rabbi Levi Abitbol, la lignée des Nahmias, et, au XXe siècle, Rabbi Chimon ben Eliyahou Dayan, auteur du Zahav Cheva. La monographie d'Eliezer Bashan a mis en lumière l'« affaire de Demnat » (1864-1911) : après le dahir accordé par Mohammed IV à Moïse Montefiore le 5 février 1864, la communauté subit les cruautés du caïd Haj Jilali — impôts arbitraires, travail forcé, pillages, viols, meurtres et flagellation à mort du grand rabbin nonagénaire Yossef Elmaleh — provoquant la fuite de dizaines de familles et une vaste mobilisation internationale (Alliance israélite, Anglo-Jewish Association, consul américain Matthews, ambassadeurs Drummond Hay et Scovasso), qui aboutit en 1885 à la nomination de David Amar comme représentant protégé. L'Alliance israélite universelle ouvrit une école en 1932, l'une des deux seules de l'Atlas. Frappée par la famine de la Seconde Guerre mondiale puis par les violences de 1954-1955, la communauté émigra massivement vers Israël dès 1949-1950 ; dans les années 1960 il n'en subsistait presque plus rien, et un reportage de 2012 ne recensait plus qu'une seule personne juive à Demnat.
Grand Livre en cours de rédaction
Ce Grand Livre n'a pas encore de chapitres publiés. Les chapitres — chacun portant son registre, son statut épistémique et ses sources — seront ajoutés au fil de l'enrichissement éditorial et de la génération assistée.
Les jours de ce livre
Ce livre ne porte encore aucun jour de mémoire. Les sources qui documentent Les Juifs de Demnate donnent des années et des siècles, jamais un jour ; nous n'en fabriquons pas.
Une date vous est connue — un rappel, une hilloula, l'anniversaire d'un départ ? Donnez-lui son jour
Sources & ressources
Lieux de la communauté
🔗 Citer / lier cette page
Copiez l'un de ces formats pour citer cette fiche ou créer un lien vers elle.
Lien
https://zakhor.ai/grands-livres/communautes/les-juifs-de-demnateHTML
<a href="https://zakhor.ai/grands-livres/communautes/les-juifs-de-demnate">Les Juifs de Demnate — Zakhor</a>Citation
Les Juifs de Demnate — Zakhor, https://zakhor.ai/grands-livres/communautes/les-juifs-de-demnate