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Zakhor
MémoireCommunautéXVe siècle–XXe siècle

יהודי דבדו

Région : Afrique du Nord

registre Mémoire · dépositaire, non propriétaire

Située dans le Maroc oriental, au pied d'une montagne creusée de grottes-refuges — dont la « grotte de l'Éléphant » —, Debdou fut d'abord un habitat troglodyte avant que l'agglomération ne se développe dans la vallée, le long de la rivière Bourwad. La tradition, rapportée notamment par Rabbi David HaCohen Skali et par Rabbi Yehuda ben Attar, fait de ses fondateurs juifs des exilés de Séville (les « Sevillianos »), chassés d'Espagne à la suite des massacres de 1391 et d'abord absorbés à Tlemcen ; le souverain mérinide Mohammed III (v. 1485-1513), qui fortifia le quartier d'Alqasba, les aurait invités à s'établir à Debdou à la fin du XVe siècle. Ces familles gardèrent longtemps la mémoire de l'exil : les clés d'une maison d'Espagne et des pommes de rouleaux de Torah rapportées d'Espagne se transmettaient chez les Ben Sousan et les Marciano jusqu'au XIXe siècle. Vers 1600 « Debdou était pleine de Juifs » ; pour une raison restée obscure, la communauté se replia ensuite sur Dar Ben Mash'al et ne revint qu'en 1690, sur ordre du roi de Fès. Surnommée « Petite Jérusalem », Debdou doit sa singularité à son identité de « ville des Cohanim » : la très grande majorité de ses familles sont des Cohen qui, par mémoire généalogique, se rattachent à Aaron. Elles s'ordonnent en deux grands clans — les Cohen-Skali, que la tradition fait remonter à Tsadok le Grand Prêtre, et les Cohen-Tsabban (Oulad Aharon) — d'où dérivent de nombreuses sous-branches : Ben Dawd, Aryaych, Azaguri, Ben Zohor, Bousta, Lemoukhalt, Rubin (les « Rubanim »), Bermlil, entre autres. À leurs côtés vivaient de plus rares familles israélites, rattachées elles aussi par tradition à des tribus précises : les Marciano, venus de Murcie et se disant de la tribu de Juda ; les Ben Sousan, originaires de Tolède et faisant remonter leur nom à Suse (tribu de Benjamin) ; ainsi que les Ben Naïm, Ben Hamou, Ben Guigui et Tsoltan. La communauté se percevait ainsi comme l'héritière de trois tribus — Lévi, Juda et Benjamin. Debdou fut renommée dans le monde juif pour ses sages et surtout ses scribes (soferim STaM) : ses rouleaux de Torah, tracés dans l'écriture soignée dite « debdoubi » — parfois sur parchemin de biche —, étaient très recherchés. Elle donna quantité de rabbins, dayanim et poètes, parmi lesquels Rabbi David HaCohen Skali (Kiryat Chana David, Keren le-David), Rabbi Shlomo HaCohen Tsabban (Maalot li-Shlomo, auteur du Kuntres Yiḥes Debdou), Rabbi Shmuel Marciano (Vayaan Shmuel), Rabbi Shlomo HaCohen Azaguri (Vayaketz Shlomo), Rabbi Yossef Ben Naïm (Malkhei Rabbanan) et Rabbi Eliahou Ben Guigui. La tradition rattache aussi à la ville la jeunesse d'étude du tsadik Rabbi Yaakov Abou'hatséra. La vie communautaire s'organisait autour de synagogues — la centrale « Dougam », la synagogue des Cohanim, plusieurs sanctuaires familiaux — et de confréries (h'evra kadicha, Chevrat Rashbi, cercles d'étude du Zohar). On y observait des coutumes propres : endogamie destinée à préserver la pureté du lignage (yiḥus), montants de ketouba fixés par famille, ou encore prénom du père défunt donné à l'enfant posthume. L'économie paraît avoir été correcte, comme le suggère le don notable remis en 1708 à un émissaire de Hébron. Les rapports avec le pouvoir furent variables : la région connut jadis un « royaume de Debdou » autonome, tandis que la révolte de 1903 vit l'emprisonnement de notables juifs. Famines (1779, 1807) et troubles liés à la conquête française de l'Algérie (1830-1910) amorcèrent le déclin. Les familles, très nombreuses, essaimèrent vers Oujda, Fès, Melilla, Nador, Oran et l'Algérie, puis, au XXe siècle, vers Israël et la France. Plusieurs Debdoubis furent tués lors du pogrom de Jerada en 1948 ; la dernière famille juive, celle de Meir Marciano, quitta la ville pour la Terre d'Israël à l'été 1995.

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