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Zakhor
MémoireCommunautéMoyen Âge–XXe s.

Les Juifs d'Ouezzane (Wazzan)

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וזאן

Région : Afrique du Nord

registre Mémoire · dépositaire, non propriétaire

Blottie au nord-ouest du Maroc, au sud-est de Ksar el-Kebir et de Larache, Ouezzane (Wazzan) est l'une des villes saintes de l'islam, dominée par les Chorfa, ces chérifs descendants du Prophète, rivaux de la dynastie sultanienne mais tenus à l'écart du trône. Cette sainteté imprégnait le statut des juifs : il leur était interdit d'y enterrer leurs morts, qu'ils conduisaient au lieu-dit Ajin (Asjen), à quelque sept kilomètres. Là, près d'un arbre ancien, repose Rabbi Amram ben Diwan, émissaire de Terre sainte (chadar) venu au Maroc en 1763 et mort aux abords de la ville en Av 5542 (1782) ; son tombeau devint le grand lieu de pèlerinage de tout le judaïsme marocain, où la tradition rapporte d'innombrables miracles, avec deux hilloulot annuelles, à Lag BaOmer et au 15 Av, qui attiraient juifs comme musulmans et où les indigents venus de tout le pays étaient logés dans les synagogues et nourris à la synagogue « Em HaBanim ». La communauté, attestée pour la première fois par un Européen en 1846 (le journal de l'ambassadeur britannique John Drummond Hay, qui vit à la synagogue un ancien manuscrit biblique sur parchemin), s'était surtout formée d'apports de Tétouan, Larache, Ksar el-Kebir et Meknès. Ses toshavim (anciens habitants) n'adoptèrent pas les takkanot des expulsés d'Espagne et conservèrent leurs coutumes propres — jusqu'à refuser encore, en 1950, la takkana sur l'égalité successorale des filles. Les estimations démographiques varient fortement selon les voyageurs : environ 600 âmes en 1860, 536 pour onze synagogues d'après l'Alliance en 1880, jusqu'à un ou deux milliers de juifs vers 1902, puis 500 en 1909. On vivait surtout du commerce — les cuirs exportés vers Tanger, les échanges avec la France et l'Angleterre, sept boutiques sur dix aux mains des juifs vers 1902 — et de l'artisanat (tailleurs, boulangers et de nombreux orfèvres), quelques notables étant éleveurs ou agriculteurs. Fait notable, la ville n'imposait pas de mellah séparé. Le statut, relativement toléré sous le Chérif (chaussures autorisées dans le quartier musulman, bastonnade abolie), n'en fut pas moins ponctué de violences avérées : David Azoulay fouetté à mort sur ordre du gouverneur en 1869, cinq cents coups de fouet infligés en 1880 sur fausse accusation, huit juifs assassinés entre 1864 et 1880, l'obligation périodique de se déchausser en sortant du quartier juif — levée grâce à l'intervention de Sidi Mohammed et de l'ambassadeur de France Ordega — puis les persécutions de 1908 (synagogue détruite, chofar interdit, notables emprisonnés, travaux forcés) et les troubles de 1909, apaisés lorsque la communauté fit appel au grand-rabbin de Fès, R' Vidal Hatsarfati. Lors de l'attaque des tribus montagnardes en 1885, le Chérif accorda refuge aux juifs. Dépourvue de grande yeshiva, la ville adressait ses questions halakhiques aux sages de Meknès (famille Birdugo) et de Tétouan (R' Yitzchak ben Walid). Elle n'en compta pas moins des figures marquantes : R' Abraham Chalom Haï Hamwi, né à Alep, rabbin de 1880 à 1882 et auteur d'Aviah Hidot imprimé à Livourne aux frais de la communauté ; R' Abraham Abitbol, grand-rabbin dans les années 1920 ; les dayanim Yaakov Chitrit, Moché Bibas, Moché Elbaz, Yossef Elbo, David Gigi et Refael Pimienta ; R' Chaoul Nahmias, auteur de Givat Shaul ; ou encore la dynastie rabbinique Bibas, venue d'Espagne via Tétouan et Salé. Sa Hevra Kadisha, réputée dans tout le Maroc, fut choisie par R' Refael Ankawa, premier grand-rabbin du protectorat, pour son enterrement à Rabat. Les familles Elbo, Tsruya, Elhadad, Azoulay, Betan, Botbol, Chitrit, Nahmani, Sabag, Gozlan et Cohen figuraient parmi les plus notables. La Mimouna y était particulièrement élaborée, préparée durant des mois par les femmes autour d'une table sollicitant la vue, le goût et l'odorat, avec moufleta, procession de la Hevra Kadisha et ablutions à la source Aïn Agmir. L'instruction reposait sur l'unique école de l'Alliance, mixte, et sur un talmud torah religieux ; l'école Tajouri ouvrit trois classes en 1951. Dispersée vers 1970, la communauté fit pour l'essentiel son alya, d'autres gagnant la France et le Canada.

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