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Zakhor
MémoireCommunauté1492–1943

Juifs de Salonique (Saloniciens)

יהודי סלוניקי

Région : Grèce (Thessalonique)

registre Mémoire · dépositaire, non propriétaire

Publié le 16 août 2026

« Jérusalem des Balkans », plus grande communauté séfarade ladinophone, anéantie par la Shoah.

Introduction

Salonique — Thessalonique en grec, Selanik pour les Ottomans, Saloniko dans la bouche de ses habitants judéo-espagnols — occupe dans l'histoire juive une place à nulle autre pareille. Port majeur de la mer Égée, carrefour des Balkans et de la Méditerranée orientale, elle fut, durant près de quatre siècles, la seule grande ville de la diaspora où les Juifs constituèrent la majorité de la population et imprimèrent leur rythme à la cité tout entière. On la surnomma la « Jérusalem des Balkans », la Madre de Israel, tant elle apparut aux communautés séfarades dispersées comme un centre spirituel, économique et intellectuel de premier ordre. L'historienne Rena Molho a montré que cette communauté judéo-espagnole n'était pas un simple appendice d'une ville grecque, mais l'axe autour duquel s'organisa longtemps la vie urbaine.

Cette centralité juive naquit d'un événement tragique survenu à l'autre extrémité de la Méditerranée : l'expulsion des Juifs d'Espagne en 1492, suivie de celle du Portugal. Accueillis par le sultan ottoman, les exilés séfarades affluèrent vers Salonique et y reconstituèrent, transplanté et vivace, le monde ibérique qu'ils avaient perdu. Ils y apportèrent leur langue, le judéo-espagnol ou ladino, leurs traditions liturgiques, leur savoir-faire artisanal et commercial, ainsi qu'une organisation communautaire structurée en congrégations portant les noms des villes d'origine. Durant plus de quatre siècles, cette communauté produisit des rabbins réputés dans tout le monde séfarade, des imprimeurs, des marchands, des ouvriers du textile et des dockers, une bourgeoisie francisée par l'Alliance israélite universelle et un prolétariat qui donna naissance à l'un des premiers mouvements socialistes de l'Empire ottoman.

Puis vint l'anéantissement. En 1943, l'occupant allemand déporta la quasi-totalité de la communauté vers Auschwitz-Birkenau. Selon Frangiski Ambatzopoulou, la destruction de la communauté juive de Thessalonique constitue l'un des épisodes les plus complets et les plus rapides de la Shoah en Europe méridionale [Ambatzopoulou, 1998]. De la « Jérusalem des Balkans », il ne subsista qu'une poignée de survivants et une mémoire brisée.

Mais cette mémoire ne s'est pas éteinte avec la guerre. Des femmes et des hommes, dispersés à travers l'Europe et le Proche-Orient, portèrent pendant des décennies le témoignage de ce monde détruit. L'une d'elles, Renée — ou Louise (Renée) — Marcos, née Guelidi, issue d'une famille saloniciote établie à Marseille avant la Grande Guerre, mourut en juillet 2026 à l'âge de cent ans après avoir témoigné, pendant plus de quarante ans, devant des générations d'élèves. Ce Grand Livre entend restituer la trajectoire de cette communauté : ses origines, son âge d'or ottoman, ses tensions messianiques, sa modernisation, puis sa catastrophe, et enfin la longue vie des témoins qui refusèrent l'oubli. Il intègre également la trajectoire du rabbin Avraham Bekhor Nachmias, dont le fonds d'archives, versé aux Archives Yad Ben-Zvi en partenariat avec la Bibliothèque nationale d'Israël, a été rendu public en août 2026, ainsi que le rôle joué par les presses de Salonique dans la diffusion de la pensée rabbinique séfarade au-delà des frontières de la ville, illustré notamment par la publication du Peri ha-Adamah du rabbin Raphaël Meyuḥas.

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Versions (1)
  1. v1 · courante · 16 août 2026

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Sources & ressources

  • Gilles Veinstein (dir.), Salonique 1850-1918 : la « ville des Juifs » et le réveil des Balkans (1992)
  • Esther Benbassa & Aron Rodrigue, Sephardi Jewry: A History of the Judeo-Spanish Community, 14th–20th Centuries (2000)
  • Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal (1963)

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