בני אפרים
Região: Inde (Andhra Pradesh)
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Publicado em 19 de junho de 2026
Communauté émergente télougoue se déclarant juive depuis les années 1980 (ascendance non attestée).

Ele Bene Haneurim
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Ephraim Luzzatto song
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Au sein de la mosaïque des judaïsmes indiens — où les Juifs de Cochin, les Bene Israel de la côte de Konkan et les Bnei Menashe du Nord-Est dessinent des trajectoires anciennes et diverses —, les Bene Ephraim occupent une place singulière et récente. À la fin des années 1980, une nouvelle communauté émergea dans le district de Guntur, en Andhra Pradesh, conduite par un ancien pasteur chrétien, Shmuel Yacobi, et son frère Sadok, qui déclarèrent que leur groupe de Dalits madiga était de descendance hébraïque. Cette affirmation, formulée par un groupe issu des marges les plus basses de la hiérarchie sociale indienne, ouvrit un dossier que ni l'archive documentaire ni la recherche généalogique n'ont à ce jour confirmé.
Le présent ouvrage entend retracer l'histoire de cette communauté en distinguant rigoureusement ce qui relève de la mémoire transmise — récits d'origine, généalogies revendiquées — de ce qui relève de l'histoire établie par l'observation, l'archive et la recherche universitaire, notamment l'enquête de terrain de l'anthropologue Yulia Egorova. La notice de base le rappelle : il s'agit d'une communauté émergente télougoue, se déclarant juive depuis les années 1980, dont l'ascendance n'est pas attestée. Notre propos n'est ni de valider ni de réfuter ce récit, mais de le situer historiquement, socialement et politiquement, avec l'honnêteté épistémique qui sied à l'historien.
Pour comprendre l'émergence des Bene Ephraim, il faut d'abord situer leur ancrage social. La communauté se recrute parmi les Madiga, l'un des grands groupes dalits — anciennement qualifiés d'« intouchables » — du pays télougou. Les Bene Ephraim sont un groupe de Dalits madiga christianisés (intouchables) du district de Guntur, dans l'État indien de l'Andhra Pradesh, qui, à la fin des années 1980, annoncèrent leur descendance des Tribus perdues d'Israël et leur lien avec le judaïsme.
Cette double appartenance — caste dalit et passé chrétien — n'est pas accessoire ; elle est constitutive. Les Madiga, traditionnellement associés au travail du cuir et à des tâches considérées comme impures dans l'ordre des castes, ont connu au XIXe et au XXe siècle d'importantes conversions au christianisme, portées par les missions protestantes actives dans le delta de la Krishna et de la Godavari. Selon les frères Yacobi, leurs parents s'identifiaient en privé comme des descendants des Tribus perdues d'Israël et transmirent ce savoir à leurs enfants ; en public, cependant, ils pratiquaient le christianisme, comme le reste de leurs voisins madiga.
Le système des castes et les politiques publiques de discrimination positive (les reservations) constituent l'arrière-plan permanent de l'histoire de la communauté. La recherche savante a souligné que le phénomène de « judaïsation » ne peut être lu indépendamment de la hiérarchie sociale et des politiques étatiques de quotas, comme l'a analysé un essai consacré à la « communauté Bnei Ephraim : judaïsation, hiérarchie sociale et réservation de caste » [The Journal of Indo-Judaic Studies, 2017]. Ainsi, la quête d'une identité juive s'inscrit dans un horizon où l'émancipation religieuse et la mobilité sociale s'entrelacent.
L'acte fondateur de la communauté est attribuable à deux personnalités précises. Les Bene Ephraim furent, en 1991, fondés par deux frères madiga, Shmuel et Sadok Yacobi, qui établirent une synagogue dans le village de Kothareddypalem, dans le district de Guntur, en Andhra Pradesh. Shmuel Yacobi, figure intellectuelle du mouvement, avait été formé dans un milieu chrétien et fut un ancien ministre chrétien avant de promouvoir le retour de sa communauté à ce qu'il présentait comme ses racines hébraïques.
L'année 1991 marque la matérialisation institutionnelle du projet. En 1991, la communauté établit une synagogue dans le village de Kothareddypalem, sur la côte de l'Andhra, adopta un certain nombre de pratiques juives, et lança une campagne en vue de faire son aliyah vers l'État d'Israël. Le noyau initial demeura restreint : au début, ils furent rejoints par une trentaine de familles madiga.
L'observation anthropologique de terrain a documenté la vie cultuelle de cette synagogue. L'anthropologue Yulia Egorova a photographié la synagogue de Kothareddypalem et décrit une cérémonie d'introduction d'un rouleau de la Torah qui se tint dans la synagogue de la communauté Bene Ephraim. Ces scènes attestent une vie rituelle réelle, organisée et publique, indépendamment de la question de l'ascendance.
Le récit d'origine des Bene Ephraim appartient pleinement au registre de la mémoire transmise oralement, et c'est en tant que tel qu'il doit être consigné. Selon l'histoire orale rapportée par les dirigeants communautaires, la communauté revendique une antiquité considérable. Selon une histoire orale racontée par les frères et chefs de communauté Shmuel et Sadok Yacobi, les Bene Ephraim seraient d'une origine ancienne.
Ce récit s'inscrit dans la grande trame diasporique des Tribus perdues. Dans la tradition diasporique juive entamée il y a plus de deux millénaires et demi, un groupe de Juifs aurait migré de Perse vers l'Afghanistan, le Tibet et la Chine avant d'arriver, il y a plus de mille ans, dans la région la plus septentrionale de l'Inde — le Jammu-et-Cachemire — ainsi que dans le royaume de Magadha, aujourd'hui partie du Bengale-Occidental et des États montagneux du Nord-Est ; certains de ces Juifs se seraient établis dans les États du Nord-Est, au Manipur et au Mizoram, prenant plus tard le nom de Bnei Menashe, tandis que d'autres seraient descendus vers l'Orissa et le pays télougou. Une variante de ce récit relie explicitement la communauté à l'Asie centrale : ils revendiquent un héritage des Tribus perdues, faisant remonter leurs origines à l'Afghanistan.
Il importe de souligner le statut épistémique de ces traditions. Aucune source documentaire ni recherche génétique publiée n'établit cette filiation ; elle relève du témoignage familial et de l'élaboration narrative. La recherche universitaire a précisément étudié la mesure dans laquelle les récits d'origine des Bene Ephraim ont été et continuent d'être façonnés par les réponses d'autrui aux niveaux national et international, suggérant que cette manière de cadrer leurs problèmes socio-politiques était liée à leurs tentatives d'être reconnus comme groupe juif et acceptés dans l'État d'Israël.
Au-delà du récit, la communauté a construit, sur plusieurs décennies, un corpus vivant de pratiques. Depuis les années 1980, ils ont édifié un savoir et une pratique juifs, observant le Chabbat, la circoncision et les lois alimentaires, malgré les difficultés économiques. Cette persévérance, dans un contexte de pauvreté rurale, constitue l'un des traits les plus remarquables et les mieux documentés de leur existence.
La géographie du culte est intime et familiale. Leur synagogue est construite à côté de la maison du chef de communauté Sadok Yacobi, de son épouse Miryam et de leur fille Keziya. Cette imbrication du domestique et du cultuel rappelle combien la communauté, restée numériquement modeste, repose sur quelques familles nucléaires engagées plutôt que sur une vaste population.
Sur le plan linguistique et culturel, le projet des Yacobi a comporté une dimension intellectuelle ambitieuse, cherchant à relier la langue télougoue et la culture dravidienne à un substrat hébraïque supposé. Ces élaborations, propres au mouvement, n'ont pas reçu de validation académique et doivent être tenues pour des constructions identitaires contemporaines plutôt que pour des faits linguistiques établis. La continuité rituelle observée — Chabbat, circoncision, cacherout, étude — demeure néanmoins le socle empirique le plus solide de la réalité communautaire.
C'est dans la question de la reconnaissance que la mémoire communautaire et les réalités politiques se répondent et, souvent, se heurtent. La campagne d'aliyah lancée dès la fondation s'est inscrite dans un cadre où l'autorité rabbinique et l'État d'Israël n'ont pas reconnu la judéité héréditaire du groupe — contrairement, par exemple, aux Bnei Menashe du Nord-Est, qui ont bénéficié d'un processus de conversion formelle et d'immigration encadré. Pour les Bene Ephraim, l'absence d'ascendance attestée a constitué un obstacle décisif.
La recherche a mis en évidence l'intrication de cette quête religieuse avec les logiques de caste et d'attention internationale. Il a été suggéré que cette tactique fournit un nouvel exemple d'un groupe dalit tentant d'attirer l'attention de la communauté internationale. Loin de disqualifier la sincérité religieuse des fidèles, cette lecture éclaire la rationalité d'un mouvement né à l'intersection de l'aspiration spirituelle et de la recherche de dignité sociale.
La littérature savante de référence — en particulier l'ouvrage de Yulia Egorova, The Jews of Andhra Pradesh: Contesting Caste and Religion in South India — situe précisément le groupe dans ce double horizon. Les Bene Ephraim sont un groupe de Dalits madiga christianisés du district de Guntur qui, à la fin des années 1980, annoncèrent leur descendance des Tribus perdues d'Israël et leur lien avec le judaïsme. Le soutien d'organisations diasporiques favorables aux « communautés émergentes », telle Kulanu, a par ailleurs accompagné, sans la trancher, la trajectoire de reconnaissance.
L'historiographie des Bene Ephraim est aujourd'hui un objet d'étude à part entière. Les travaux universitaires posent une distinction féconde entre l'authenticité de la pratique vécue et l'attestation de l'ascendance revendiquée. La communauté des Bene Ephraim fut établie à la fin des années 1980 en Andhra Pradesh par un groupe de Madiga christianisés qui déclarèrent appartenir à l'une des Tribus perdues d'Israël.
La recherche anthropologique a également décrit la sociologie concrète des assemblées : familles du village, fidèles venus de l'extérieur, repas communautaires partagés après les offices. Après les discours et un mot de remerciement, la majeure partie de la congrégation regagna ses maisons, tandis que ceux venus de l'extérieur du village restèrent pour déjeuner. Ces observations menues sont précieuses : elles ancrent le phénomène dans une réalité vécue et non dans une simple revendication abstraite.
Le statut du témoignage des Yacobi demeure, lui, du domaine de la mémoire familiale non corroborée par l'archive. Selon les frères Yacobi, leurs parents s'identifiaient en privé comme descendants des Tribus perdues, tout en pratiquant publiquement le christianisme comme leurs voisins. L'historien consigne ce témoignage en tant que tel, sans l'ériger en preuve ni le rejeter, conformément à l'exigence d'honnêteté qui structure le présent ouvrage.
L'histoire des Bene Ephraim est celle d'une communauté contemporaine, née dans le dernier quart du XXe siècle, qui a su, à partir d'un noyau de quelques familles dalits du district de Guntur, édifier une vie juive observante et durable. Depuis 1991, autour de leur synagogue de Kothareddypalem, ils ont adopté de nombreuses pratiques juives et entrepris une campagne d'aliyah vers Israël. Le récit d'une descendance des Tribus perdues, transmis par les frères Yacobi, demeure une mémoire — vivante et structurante — mais non attestée par l'archive ni par la recherche.
Trois plans doivent donc rester distincts dans toute appréciation honnête : la pratique, bien réelle et documentée ; la mémoire, transmise et respectable mais invérifiable ; et la reconnaissance institutionnelle, qui leur a jusqu'ici été refusée. C'est dans la tension entre ces plans, et à la croisée de la dévotion religieuse et de la lutte dalit pour la dignité, que les Bene Ephraim trouvent leur place singulière dans l'histoire des judaïsmes de l'Inde.
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Bene Ephraim (Juifs télougous) — Zakhor, https://zakhor.ai/pt/grands-livres/communautes/bene-ephraim