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Il était Tune fois - livre par Tania Bellity

Autor: Tania Bellity
Fecha: Souvenirs de Tunisie, années 1960-1990 — Vérone éditions, 2022

Confiado por Gad Bellity · depositado el 22 de agosto de 2026 · registro Intersección · depositario, no propietario

Descripción

Il était Tune fois est un témoignage familial et culturel rédigé par Tania Bellity. L’ouvrage documente le langage judéo-tunisien, les traditions, la cuisine, les lieux de vie et les souvenirs de familles juives tunisiennes au XXe siècle. Il comprend également des éléments généalogiques sur les familles Bellity et Sitbon, ainsi que des récits personnels liés à Tunis, Béja, Kheireddine, La Goulette et La Marsa.

Texto fuente

IL ÉTAIT TUNE FOIS

Tania BELLITY

Il était Tune fois

Vérone éditions

**PRÉFACE**

Le livre, si attachant et évocateur de Tania Bellity, éveille en moi d'anciens et heureux souvenirs.

Une partie de mon cœur est en Tunisie. J'aime profondément ce pays, sa culture à la fois si vivante, si tolérante et ouverte, la beauté de ses paysages et de ses villes, et surtout les hommes et les femmes qui y habitent.

Mes premiers souvenirs datent des années soixante quand je m'occupais, pour le Ministère français des Finances, des relations entre nos deux pays.

La grande personnalité financière de la Tunisie à l'époque, Hedi Nouira, a marqué l'économie de son pays d'une empreinte qui demeure toujours présente. Il est resté douze ans gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie. Homme à l'autorité respectée de tous, d'une puissante intelligence et d'une grande sagesse, il a su créer à la Banque Centrale une tradition d'excellence et d'indépendance. Il a doté la politique monétaire de son pays des deux qualités essentielles que sont la confiance et la stabilité.

Il avait aussi formé une remarquable élite de hauts fonctionnaires que j'eus la chance de fréquenter. C'est ainsi qu'à l'Ena, j'eus comme condisciples Mansour Moalla (qui devint plus tard ministre des Finances), Baccar Touzani et Azouz Lasram avec lequel m'unissent des liens fraternels inaltérables.

Je connus aussi de nombreux Gouverneurs de la B.C.T., comme Ali Zouaoui, disparu trop tôt, et Mohammed Beji dont je n'oublierai jamais la chaleureuse hospitalité.

© Vérone éditions, 2022

Envois de manuscrits : Vérone éditions – 75 boulevard Haussmann – 75008 Paris

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J'eus également le bonheur, comme Directeur Général du Fonds Monétaire International, de rencontrer le Président Bourguiba, qui fut le héros de l'indépendance de la Tunisie et l'artisan de son essor comme État moderne. C'était à Washington en 1986 à l'ambassade de Tunisie. Le Président avait plus de 80 ans, mais il avait gardé son autorité et toute sa lucidité. Je revois encore son beau et noble visage ainsi que ses yeux bleus extraordinaires dont le regard vous transperçait. Notre conversation – tenue en présence de ses principaux ministres – fut intense, car les difficultés financières s'étaient accumulées et menaçaient l'économie tunisienne. Le Président, qui comprit la gravité de l'enjeu, décida de régler le problème budgétaire et de mettre en œuvre d'importantes mesures structurelles de libéralisation de l'économie. Cette rencontre fut décisive en ce sens qu'elle fut suivie de l'accord sur le Plan d'Ajustement Structurel et, en 1988, de l'accord de prêt élargi du F.M.I. qui joua un rôle important dans le redressement de la Tunisie. Le Président Bourguiba montra encore à cette occasion, sa capacité à redresser la barre d'une main sûre et vigoureuse.

Le livre de Tania Bellity me rappelle aussi les nombreuses occasions qui me furent données, au fil des ans, de partager avec mes amis les joies de la gastronomie tunisienne. Les couscous, les briks, les tajines, les pâtisseries admirables… resteront pour moi des souvenirs merveilleux, associés à ceux de mes visites à Tunis, à Carthage, à la Baie des Singes, à Sidi Bou Saïd…, dont je revois encore les sites enchanteurs.

Jacques de Larosière

Ex-Directeur du Trésor, Directeur général du Fonds Monétaire International, Gouverneur de la Banque de France et Président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement.

*À mes neveux, David, Benjamin, Tony et Adam, À mes nièces, Odélia et Elsa*

**AVANT-PROPOS**

Il était Tune fois est un projet très personnel que je voulais, à l'origine, dédier à mes neveux (David, Benjamin, Tony et Adam) et nièces (Odélia et Elsa) et les généralités que j'évoque dans les lignes que je vous propose de partager aujourd'hui, ne sont que « mon histoire » à Tunis et sa banlieue.

J'ai vécu jusqu'à l'âge de 18 ans en Tunisie, avant de venir en France en 1982 pour continuer mes études. Après deux années difficiles d'adaptation (dues à la mentalité différente et à l'éloignement de ma famille et de mes amis), j'ai commencé à exercer mon métier et j'ai graduellement occulté mon passé jusqu'à en faire un souvenir vague et lointain. Depuis, j'ai retrouvé des amis de ce passé tunisien et j'ai été toujours surprise de constater qu'eux, se souvenaient d'anecdotes et de moments de vie que de mon côté, j'avais oublié.

Bien que je sois retournée à plusieurs reprises en Tunisie – pays, peuple et paysages que je retrouvais à chaque fois avec plaisir –, je croyais vraiment n'en avoir gardé aucune nostalgie et je l'affirmais à qui voulait m'entendre.

En 2008, j'ai appris que j'étais atteinte d'une maladie chronique qui nécessitait un nombre inconnu d'années de soins… Après une période d'effondrement, puis une autre d'introspection, j'ai regardé la vie autrement et je me suis centrée sur ce qui me paraît essentiel : l'existence, ma famille et mes amis… Et les souvenirs du passé ont afflué, comme des vagues régulières…

C'est ainsi qu'en 2011 est née en moi l'idée de transmettre quelques rudiments de l'histoire et du langage juifs tunisiens à mes proches, mais au fil des souvenirs et des réminiscences, cette idée a pris une ampleur totalement inattendue.

Les encouragements, les suggestions, les corrections et le support de mes proches (famille, amis, collègues, voisins) m'ont poussée à étoffer et à compléter mes recherches.

J'adresse un grand merci à toutes et tous, en particulier à : • Mes parents et frères : Sylvette, Fradji, Dov, Gad et Gabriel Bellity, • Mes oncles et tante, ma cousine : Lucien Sitbon, Sara, Gilbert et Estelle Meïmoun, • Mes collègues et amis : Faïza Abdul Wahab, Albert Alezra, Fanny Bailly, Nadine Bai, Sarah Barde, Sami Ben Mrad, Sylvie Béranger, Marie-Claire Boccara, Claude Chicly, Audrey Cohen, Jacqueline D'Arcq, Sophie Hassid, Rose-Ellen Laffitte, Jacques de Larosière, Tarak Moussa, Karine Petroff, Liliane Salmon, Lydie Smadja, Carlo Uzan et Suzy Zerbib.

**SOMMAIRE**

**PRÉFACE**..............................................................................................5

**AVANT-PROPOS**................................................................................9

**INTRODUCTION**................................................................................17

**RAPPEL PHONÉTIQUE**....................................................................21

**CHAPITRE I –PATRIMOINE ET TRADITIONS**......................23

**ARTISANAT ET SOUKS** 25

**TRADITIONS VESTIMENTAIRES** 28

• Tenues féminines.......................................................................28 • Accessoires................................................................................30 • Tenues masculines.....................................................................31 • Chaussures unisexes..................................................................33

**MUSIQUE ET FOLKLORE TRADITIONNELS** 31

• Instruments................................................................................34 • Folklore......................................................................................35

**INTERPRÈTES ET CHANSONS** 36

**RELIGIONS ET FÊTES MARQUANTES** 38

• Les fêtes musulmanes.................................................................47 • Judaïsme, fêtes juives et coutumes culinaires...........................48 • Les principaux lieux de cultes...................................................49

**CROYANCES ET SUPERSTITIONS** 67

**CHAPITRE II. CULTURE ET SOCIÉTÉ**....................................76

**ATMOSPHÈRE POLITIQUE** 76

• Protectorat Français...................................................................77 • La deuxième guerre mondiale....................................................78 • Présidence de la République......................................................81

**MODE DE VIE** 83

• Ménage Tunisien.......................................................................83 • Valeurs.......................................................................................84 • Habitat........................................................................................85 • Quartier et Voisinage.................................................................90 • Vie en communauté...................................................................96 • Éducation – École......................................................................98 • Commerces et Métiers..............................................................116 • Transports.................................................................................139

**LOISIRS** 144

• Sports.......................................................................................146 • Danse.......................................................................................147 • Lectures enfantines et BD pour jeunes....................................147 • Jeux et autres activités récréatives..........................................148 • Sorties et lieux.........................................................................150 • Média.......................................................................................172 • Les inoubliables........................................................................80

**CHAPITRE III. ENVIRONNEMENT**..................................215

**CLIMAT** 215

**FAUNE** 216

**FLORE** 220

**CHAPITRE IV. PRODUITS NATURELS**..............................224

**ENTRETIEN ET HYGIÈNE DE LA MAISON** 224

**HYGIÈNE ET SOINS CORPORELS** 226

• Santé........................................................................................226 • Beauté......................................................................................229 • Soins du corps..........................................................................229 • Soins de la chevelure...............................................................230 • Soins de la peau.......................................................................231

**INTRODUCTION**

Avant d'entamer la lecture de cet ouvrage dédié à mes souvenirs de vie en Tunisie (Tunis et sa banlieue), je vous propose une définition personnelle et non exhaustive de ce qu'est le « Juif Tune » ou le « JT ».

Le juif tunisien a vécu en harmonie avec les différentes communautés ethniques ou religieuses du pays depuis des millénaires.

Wikipédia précise d'ailleurs que : « Comme nombre de populations juives, de Tripolitaine ou d'Espagne, les Juifs tunisiens revendiquent une implantation très ancienne sur leur territoire. Aucun document ne permet cependant d'attester formellement leur présence avant le IIe siècle. » Ce qui n'est déjà pas si mal…

Mais je ne reviendrai pas sur cette époque, trop lointaine et me bornerai à donner quelques détails en prenant comme point de départ la fin des années 1800. Le JT a connu le protectorat français de 1881 à 1956, l'arrivée de Maltais dès le début du XIXe, puis celle d'Italiens (juifs et non juifs) au cours des XIXe et XXe siècles, l'indépendance de la Tunisie le 20 mars 1956 et, plus près de nous, la révolution du Jasmin en janvier 2011.

Avec tout ce qu'il a pu connaître, le JT a des sentiments exacerbés et de ce fait, même s'il a vécu dans la modestie et la simplicité, il est souvent excessif, tant dans sa façon de parler que dans ses sentiments…

Notre univers était tout petit et pourtant si grand ! Grand de relations humaines, grand de chaleur mais aussi de pudeur, de simplicité et d'humilité !

En tant que juive tunisienne d'origine, il m'a semblé utile de transmettre quelques informations aux nouvelles générations et en particulier à mes neveux et nièces sur la jeunesse de leurs parents et la façon dont ils vivaient en pays arabe. J'espère aussi que les anciens, nés en Tunisie – et plus particulièrement à Tunis et sa banlieue – plongeront dans ce bain de jouvence et se remémoreront leur jeunesse, probablement semblable…

En préambule, il est nécessaire de savoir qu'avant l'indépendance de la Tunisie, les JT qui étaient, pour la grande majorité francophone (y compris les Italiens), avaient la possibilité de continuer leurs études dans des universités françaises (médecine, lettres, sciences…), mais à partir du début des années soixante (après l'indépendance en 1956), ces universités ont peu à peu laissé place à des institutions dont la majorité des cours étaient donnés en arabe.

De plus, bien que la Tunisie fût un pays « en voie de développement » et que les JT étaient encore accueillis par le gouvernement de l'époque et en particulier par son leader, Habib Bourguiba, ils se sont progressivement sentis brimés dans leur évolution. C'est ainsi que le besoin de découvrir l'Europe ou les États-Unis, d'étudier et de construire leurs familles dans des pays moins « arabisés » et plus avancés économiquement, socialement et intellectuellement, a germé en eux.

Et c'est à partir de cette période qu'ils ont commencé à émigrer vers la France, Israël ou l'Amérique (États-Unis et Canada). Ainsi, après avoir atteint près de 150 000 personnes avant l'indépendance, ils ne sont plus aujourd'hui qu'environ 1 500…

• Le JT a adoré sa Tunisie natale où il faisait bon vivre au sein d'une communauté multiculturelle et où l'accueil, la proximité et l'entraide étaient de mise. Il n'était pas nécessaire de se téléphoner pour se voir ; les distances étant assez courtes, il suffisait de passer directement chez quelqu'un pour quelques minutes ou quelques heures et, sauf absence, la porte était toujours grande ouverte…

• Il a vécu tant bien que mal au sein de sa famille juive (parents, frères, sœurs, grands-pères, grands-mères, oncles, tantes, cousins, cousines, neveux, nièces, pièces rapportées…), aimante et exclusive en respectant ses rites et ses coutumes en « presque » toute liberté…

• Il a côtoyé tous les jours des israélites, des musulmans et des chrétiens (catholiques et protestants) …

• Il a participé à la préparation des fêtes avec des mets délicieux concoctés par les mères, les tantes, les grands-mères, les filles… pendant des jours, dans la joie et la bonne humeur… Du fait qu'il était plus traditionaliste et superstitieux que religieux, les plats préparés à l'occasion de ces diverses festivités avaient souvent davantage d'importance que les prières, elles-mêmes.

• Il a aimé lézarder au soleil, en famille et/ou entre amis, en parlant très fort, en grignotant et en riant dans la lenteur et la joie de vivre méditerranéennes…

Voilà pourquoi, il a toujours considéré qu'il était dans SON pays et il l'a été longtemps, car ses ascendants y avaient jeté l'ancre depuis des siècles… Sous la pression de différents événements et évolutions politiques, il a préféré quitter sa Tunisie natale, ce pays arabe qu'il chérissait et qu'il n'oubliera jamais.

**RAPPEL PHONÉTIQUE**

En arabe, comme en hébreu, toutes les lettres se prononcent.

Le « A » se prononce « aè », entre le « a » et le « è »,

Le « âa », impossible à transcrire en lettre latine, est un « a » guttural,

Le « DH » se prononce comme le « th » anglais dans « the », Le « E » se prononce « è », Le « GH » se prononce comme un « r » français, Le « H » se prononce comme le « h » anglais, Le « KH » se prononce comme le « ch » allemand ou la « jota » espagnole ou encore le « het » hébreu,

Le « P » qui n'existe pas en arabe, est remplacé par un « B » lorsque l'on utilise un mot d'origine latine,

Le « Q » se prononce comme un « k » guttural ou « kâ », Le « R » est roulé, comme en italien, Le « S » se prononce « CH » et inversement (eh oui !), Le « Tâ » se prononce comme un « T » guttural, Le « TH » se prononce comme le « th » anglais dans « thanks », Le « V » n'existe pas en arabe ; il est remplacé par « F » ou « B », Le « Z » se prononce « J ».

Voici quelques éléments de cet univers que nous avons connu, puis oublié, puis reconnu… mais où, comme partout, le temps qui passe ne revient pas.

Je vous invite à vous laisser aller au souvenir ou à l'imagination et à prendre autant de plaisir à la lecture que j'en ai pris à l'écriture.

Kiffez ! Prenez du plaisir !

**CHAPITRE I PATRIMOINE ET TRADITIONS**

La Tunisie est marquée par un passé riche en cultures et civilisations.

Cependant, n'étant pas une spécialiste de l'histoire, je me limiterai à partager brièvement avec vous le nom des peuples qui en firent le pays qu'il est : berbères, phéniciens, carthaginois, romains, vandales, byzantins, arabes, mauresques musulmans et juifs (espagnols), ottomans, maltais, italiens, puis français qui instaurèrent un Protectorat (lire la partie « Atmosphère politique »)

On peut ainsi aujourd'hui retrouver divers vestiges laissés par ces époques lointaines : des villages en montagne avec des maisons troglodytes (creusées dans la roche), mais aussi des « Ksour » (où l'on stockait des aliments), qui restent visibles à Tataouine ; des nécropoles, tombes puniques (civilisation carthaginoise), vases, urnes funéraires, bijoux massifs, des amphithéâtres, ports puniques, vestiges de la citadelle de Carthage (érigée pour la reine Didon – appelée aussi Elyssa –) ; des sites romains tels que les thermes d'Antonin à Carthage, les temples romains de Dougga et Sbeitla, la nécropole punique d'Utique, les villas romaines de Bulla Regia, le Colisée de El Djem.

De ce mélange de cultures, mentalités et coutumes de différentes origines, est née une communauté de citadins sédentaires, aussi bien de confession musulmane que juive et chrétienne appelés

Beldi (ce mot tient son origine de « Bled » ou pays) ou tunisiens de souche.

Ces derniers ont élu domicile à Tunis, en s'installant d'abord dans la Médina, en y créant les souks pour y échanger et vendre leurs produits.

En ce qui concerne les juifs, ils étaient eux-mêmes, divisés en deux communautés qui se mêlaient rarement : il y avait les « Touensa » que l'on considérait comme des « Beldi » et les « Grana ».

**Grana (pluriel) / Gorni (singulier)** De l'hébreu, ce mot signifie « de Legorn », c'est-à-dire « de Livourne ». À l'origine, on appelait ainsi les juifs portugais établis dans la ville toscane de Livourne (ainsi que leurs descendants), suite à leur expulsion de la péninsule ibérique. Une première communauté de « grana » est venue s'installer à Tunis en 1685.

Il existe une autre définition selon laquelle le mot « gorni » (pluriel de « grana ») viendrait de l'arabe « haar gorni » ou « piment piquant », assimilant ainsi ces Italiens et ibériques à des personnes acerbes, avides de réussite et hautaines.

**Touensa (pluriel) / Tounsi (ya) (singulier)** Contrairement aux « grana », les « touensa » sont considérés comme les enfants du pays depuis toujours, des « locaux ». Les juifs « touensa » parlent aisément l'arabe tunisien et ont intégré à travers les siècles les mêmes traditions culinaires, vestimentaires, communautaires, mais aussi les mêmes superstitions (Voir Chapitre II « Croyances et Superstitions »).

**ARTISANAT ET SOUKS**

L'artisanat tunisien remonte au XIIIe siècle avec l'arrivée des Hafsides (une dynastie d'origine berbère) au pouvoir. C'est à l'initiative de leurs dirigeants que les souks de Tunis ont été fondés en plein cœur de la Medina, autour de la Mosquée Ez-Zitouna (elle-même construite au VIIe siècle, détruite au VIIIe, puis reconstruite au XIe siècle) constituant ainsi le noyau initial de l'économie tunisienne.

Selon la vision que j'en ai, les souks pourraient être assimilés à un grand centre commercial en plein air, occupant diverses rues et ruelles d'un quartier. Dans ce dédale où le marchandage est de mise, sont établies diverses boutiques regroupées par métier, dont les vendeurs vantent les mérites de leurs diverses productions artisanales.

On a toujours une bonne raison de se rendre dans ce lieu où les cinq sens sont mis à contribution, que l'on soit touriste ou autochtone : la promenade dans ces rues étroites plus ou moins éclairées avec la découverte de la riche architecture orientale (voûtes, arcades, colonnes, portes d'entrées) et celle d'objets et produits artisanaux typiquement tunisiens ou d'origine ottomane, l'ambiance bruyante et chaleureuse créée par les marchands et les acheteurs, les étals aux couleurs vives de vêtements, bijoux ou objets traditionnels pour divers événements religieux et/ou festifs, le bruissement des tissus, tapis, soieries, broderies et dentelles, le chant des verres et cristaux et le cliquetis des cuivres, les senteurs des parfums et eaux de toilette, de l'encens, le goût des épices, herbes, fruits et légumes… Mais je m'égare… Revenons aux souks et à ses artisans…

Chaque « section » des souks a un nom, selon ce que l'on y fabrique et/ou ce que l'on y vend, mais je ne les connais pas tous. Ainsi, au gré des ruelles, on peut trouver des artisans qui travaillent diverses matières, et en voici certaines :

• L'argile et la terre, pour en faire des pots, jarres, vases et autre vaisselle classique, mais aussi :

**Gargoulette** – ce mot vient probablement du provençal « garguleto » qui signifie « cruchon ». Il s'agit en effet d'une cruche en terre cuite poreuse qui permet, par évaporation, de rafraîchir l'eau qu'elle contient.

Cette eau est souvent servie dans un **Halleb** – Tasse à anses en terre cuite, afin de garder l'eau fraîche.

• Les broderies (fils de couleur, d'or ou d'argent, perles et pierres) • La céramique (vaisselle, vases, mosaïques) • Le cuir (babouches, porte-monnaie, sacs à main, portefeuilles), dans les : o Souk El **Belghagiya** : chausseurs. Ce mot vient de « belgha » o Souk Es'**Sakkajine** : brodeurs sur cuir o Souk Es'**Sarrajine** : selliers

• La laine, le coton et la soie (tissus, tapis, vêtements traditionnels) dans les : o Souk El **Bransyia** : ces artisans taillent et cousent les burnous, jebbas et foutas o Souk ech'**Chaouachine** : ces derniers fabriquent les chéchias o Souk El **Foutajyia** : confection des tissus de Foutas o Souk El **Houkajyia** : tisserands o Souk El **Qmach** : tissus, en particulier la soie ou le lin o Souk Es'**Sabbaghine** : teinturiers o Souk Et'**Trouq** ou souk turc, dans lequel œuvraient des tailleurs brodeurs, spécialisés dans la confection des éléments d'habits turcs (caftans et broderies, gilets, chemises, burnous et pantalons bouffants).

• Les métaux (fers forgés, portes cloutées, plats, cendriers et bibelots en cuivre lisse ou martelé – plats et plateaux en argent – bijoux en or et en argent). o Souk El **Birqa**, le souk des bijoux o Souk En'**Nhas** ou en '**Nhessiyia**, la section des souks où l'on fabrique des ustensiles et objets divers (plateaux, cendriers…) en cuivre martelé, très prisés par les Tunisiens, mais aussi et surtout par les touristes qui les rapportent chez eux pour en faire de jolis cadeaux typiques.

• L'osier (tapis, éventails ou « mrouhas », couffins, cabas) • Les parfums : o « **Souk El Attarine** » : littéralement, cela signifie « souk des épiciers » (ou, au singulier **Âattar** : voir définition ci-après) mais en fait, il s'agit de l'un des plus anciens des souks, celui des « parfumeurs » qui date de 1240 et qui se trouve à proximité immédiate de la mosquée Ez-Zitouna. Dans cette partie des souks, siège aussi la « Bibliothèque Nationale de Tunisie » depuis 1965 (fondée en 1885, sous le nom de « Bibliothèque Française » puis renommée en « Bibliothèque Publique de Tunis » au début du XXe siècle).

**El Âattar** Le (ou plutôt « el ») « âattar », c'était l'épicier, le commerçant que nous allions voir quasi quotidiennement pour se procurer des denrées alimentaires, certes, mais aussi des produits d'hygiène ou d'entretien. À Tunis et sa banlieue, la majorité des épiciers venaient, pour la plupart, de l'île de Djerba, si bien que lorsqu'on disait qu'on allait chez le djerbien, il était évident pour tous qu'on allait faire nos courses ménagères chez l'épicier du coin. Je profite de cette définition pour ajouter que les bouteilles en verre étant consignées à l'époque,

nous (les enfants) nous chargions de les rapporter chez l'épicier pour récupérer de la menue monnaie qui nous permettait de nous acheter quelques friandises.

• Les gourmandises o Souk El **Fekka** : on y trouve toutes sortes de fruits secs pour préparer les gâteaux à l'occasion d'événements religieux ou festifs.

• Et puis, il y a aussi le Souk El Kébabgia, celui des boulangers, ou encore le Souk El Blat où sont regroupés les herboristes, etc.

**TRADITIONS VESTIMENTAIRES**

Chaque région tunisienne a ses spécificités quant à la coupe, aux couleurs et aux broderies de ses vêtements traditionnels. Et, comme dans la plupart des pays, ces derniers ne sont aujourd'hui portés que de façon occasionnelle, en particulier pour les fêtes religieuses et les événements importants, tels que les circoncisions (**T'hour**), les mariages (**Âars**), les défilés et danses folkloriques à l'attention des touristes.

Voici quelques éléments de ces habits traditionnels féminins (et leurs accessoires) puis masculins que l'on peut encore trouver dans les souks tunisiens. Je terminerai avec deux types de chaussures unisexes.

**• Tenues féminines**

**• La Blousa** Oui, il s'agit bien d'un corsage similaire à la « blouse » européenne, mais qui se ferme, dans la majorité des cas, par des agrafes au dos. (Voir aussi « Fouta-Blousa »).

**• Le Caftan ou Qoftane** Le caftan est un vêtement long, large et droit avec un col rond ou une capuche et des manches longues ou trois quarts. Sa particularité, c'est qu'il est ouvert en son milieu, de haut en bas avec boutonnières ou pas. On pouvait le porter tous les jours ou pour diverses cérémonies ou mêmes pour des mariages lorsque l'on choisissait de belles matières, tant pour les tissus que pour les boutonnières et boutons et qu'on les agrémentait d'ornements riches et fastueux.

**• La Fouta** est une sorte de « paréo » en coton ou en soie à rayures verticales aux couleurs gaies. À l'origine, cette pièce de tissu était nouée autour de la taille par les Berbères, telle une jupe longue (allant jusqu'aux chevilles) au-dessus d'un autre vêtement qu'elle recouvrait. On la portait dans les champs, pour la cueillette des fruits ou pour aller chercher de l'eau à la fontaine. Au fil du temps, elle est devenue un produit « à la mode » et son utilisation s'est diversifiée : drap de hammam, foulard, châle, plaid, nappe, tapis de plage, rideau, … Aujourd'hui, les tissus et les couleurs des foutas sont de plus en plus variés et on peut les acheter par le biais de sites internet.

**• La Kesswa traditionnelle féminine** ou **Fouta-Blousa** C'est la tenue traditionnelle typiquement tunisienne encore portée dans certaines campagnes de façon quotidienne, avec un haut (la