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Zakhor
1489 · Kaifeng, Henan

La stèle

Après une inondation, une communauté chinoise rebâtit sa synagogue et grave sa propre histoire dans la pierre. C'est le plus ancien texte que ces Juifs aient écrit sur eux-mêmes.

ProbableKaifengChineÉpigraphieOrigines

Kaifeng fut la capitale de la Chine des Song. Une communauté juive s'y était établie, avec une synagogue bâtie selon la stèle en 1163.

Le fleuve Jaune inondait régulièrement la ville. Après une de ces crues, la communauté rebâtit son sanctuaire — et en 1489 fait graver une stèle pour le commémorer.

Trois autres suivront, en 1512, 1663 et 1679. Ce sont les plus anciens documents que cette communauté ait produits sur elle-même.

Ce que la pierre raconte

Selon la stèle de 1489, les premiers arrivants étaient des marchands, invités à demeurer à Kaifeng par l'empereur Song. Celui-ci leur aurait accordé son propre nom de famille et ceux de six de ses ministres.

Ils seraient venus avec soixante-treize noms de clan, et auraient adopté les sept patronymes chinois qu'ils portent depuis : Zhao, Li, Ai, Zhang, Gao, Jin, Shi.

Les historiens estiment aujourd'hui que ces Juifs venaient de Perse par les routes de la soie, à la fin du Xᵉ siècle. Le récit de la stèle est un récit d'origine, écrit cinq siècles après les faits — d'où le registre du probable.

Un texte écrit dans deux langues à la fois

La stèle est en chinois, et elle est remarquable par sa manière de dire le judaïsme.

Elle présente la Loi comme une doctrine morale, met en avant le respect des ancêtres, la loyauté au souverain, la rectitude — le vocabulaire du confucianisme. Abraham y devient un patriarche fondateur au sens que les lecteurs chinois donnaient au mot.

Ce n'est pas de la dissimulation : c'est ce qu'on fait quand on explique sa tradition dans la langue conceptuelle d'une autre. Toute la question est de savoir ce qui subsiste au bout de l'opération, et personne ne peut y répondre depuis l'extérieur.

L'un des plus grands complexes de synagogue jamais bâtis

Le complexe décrit par les sources — synagogue, salles d'étude, bain rituel, abattoir rituel — occupait plusieurs milliers de mètres carrés, sur le modèle architectural des temples chinois.

Il n'en reste rien. Les inondations du XIXᵉ siècle, la pauvreté de la communauté et la disparition de ses lettrés ont eu raison du bâtiment ; le dernier rabbin connu meurt dans les années 1810, et personne ne sait plus lire l'hébreu.

Les stèles, elles, subsistent, ainsi que des rouleaux de Torah dispersés dans des collections occidentales au XIXᵉ siècle.

Ce que ce cas pose

Kaifeng est le seul exemple documenté d'une communauté juive qui se soit éteinte, non par expulsion, ni par massacre, ni par conversion forcée, mais par isolement.

Coupée de tout autre foyer juif, sans renouvellement de ses maîtres, elle s'est fondue lentement — sans qu'aucune date ne marque la fin.

Des descendants des sept clans vivent toujours à Kaifeng et revendiquent cette ascendance. Comme à Iquitos et chez les Bene Ephraim, la question de leur reconnaissance se pose dans les mêmes termes, et sans réponse convenue.